Semaine budgétaire noire pour la France

    lundi 29 septembre 2014

    La France a entamé lundi une semaine budgétaire noire, dont elle sortira, malgré tous ses efforts d’économies, avec une dette publique alourdie et une capacité de négociation amoindrie au niveau européen.
    Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) a été dévoilé lundi, il sera suivi mercredi du projet de loi de finances (PLF), autrement dit le budget de l’État, pour 2015.
    Les grandes lignes sont les mêmes pour les deux textes : plus de déficit que prévu et aucune concession sur les efforts de rigueur.
    Pour ce qui concerne la Sécu, après une année 2014 « blanche », qui a vu le déficit stagner au lieu de reculer comme prévu, 2015 devrait s’achever avec un « trou » de 13,4 milliards (régime général et fonds de solidarité vieillesse), alors qu’il aurait dû baisser à 8,9 milliards. 
    Le gouvernement admet désormais que son objectif de comptes quasiment équilibrés pour la Sécurité sociale, au lieu d’être atteint en 2017, restera hors de portée jusqu’en 2019 au moins.
    Le texte comporte des mesures d’économies de 700 millions d’euros pour la branche famille, avec notamment une division par trois de la prime à la naissance à compter du deuxième enfant, une réforme du congé parental et une diminution des aides à la garde d’enfants. 
    Du côté de l’assurance-maladie, ce sont 3,2 milliards d’euros d’économies qu’il faudra trouver l’an prochain.
    « Sécu », État, collectivités locales, l’addition totale a déjà été présentée par le ministre des Finances, Michel Sapin : le déficit public de la France atteindra environ 4,3% du produit intérieur brut (PIB) l’an prochain, loin des 3% promis aux Européens, après 4,4% cette année.
    Ces déficits qui s’amoncellent ont pour conséquence une dette qui s’accumule puisque la France doit emprunter pour boucler ses budgets.
     

    Une dette à 2 000 milliards ?

     
    Mardi, l’Insee pourrait annoncer que la France a franchi au printemps le cap symbolique des 2.000 milliards d’euros de dette, contre 1.985,9 milliards fin mars. 
    Rapportée à l’incontournable PIB, la dette publique dépasse déjà 93% et s’approche du seuil de 100%, qu’ont déjà franchi les États-Unis par exemple.
    « Bien sûr que la situation n’est pas bonne, qu’il nous faudrait moins de déficit et moins de dette », reconnaît Éric Heyer, économiste à l’OFCE, institut de recherches classé à gauche. Mais selon lui, « la dette n’est pas appréhendée avec les bons critères ». « Rapporter la dette au PIB, c’est comme évaluer la solvabilité d’une famille en ne regardant que son revenu d’une année et pas du tout son patrimoine », indique l’économiste.
    Or, selon l’Insee, l’État comptait fin 2012 des actifs (immobilier, parts dans des entreprises publiques, etc.) de quelque 2.700 milliards d’euros, supérieurs à sa dette.
    S’il reste élevé, le déficit public de la France n’en baisse pas moins depuis le sommet de plus de 7% du PIB atteint en 2010, une réduction obtenue à coups de hausses d’impôts notamment, mais sans que la dette ne reflue en pourcentage du PIB.
    En cause : la croissance toujours trop molle, et l’inflation trop basse, qui ne font pas augmenter comme prévu la richesse nationale (le PIB), l’autre variable de l’équation.
    « Le gouvernement a choisi de tout miser sur la réduction des déficits, en raisonnant ‘toutes choses égales par ailleurs’, en se disant que cela n’aurait aucune incidence sur l’activité », critique M. Heyer, pour qui sabrer sans discernement dans la dépense publique ralentit la croissance et ne contribue in fine guère au désendettement.
    Mais c’est au prix du maintien des objectifs d’économies que Paris compte préserver un peu sa marge de manœuvre au niveau européen. 
    La France doit convaincre ses partenaires de fermer les yeux après avoir reporté pour la troisième fois, à 2017 cette fois, son objectif d’un déficit public respectant la limite européenne de 3% du PIB.
    Selon le quotidien Les Échos, Paris va aussi rater ses objectifs relatifs au déficit « structurel », c’est-à-dire corrigé statistiquement des effets de la conjoncture. La France avait promis de réduire à presque rien ce déficit, conformément à la « règle d’or », en 2017, mais pourrait n’y arriver qu’en 2019.
    Dans ce contexte, le gouvernement français mise toute sa crédibilité sur la promesse d’économies de 50 milliards d’euros les trois prochaines années, dont 21 milliards rien qu’en 2015.

    AFP

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