Sénatoriales – Le président persiste et signe

mercredi 18 mars 2015

En visite à Mahina, le président du Pays a renouvelé son soutien à une candidature Laurey/Tetuanui. Du côté du Tahoera’a, on s’arc-boute sur le choix Dubois/Iriti, validé lors du Grand Conseil. Dans les rangs du parti qui se déchire, c’est silence radio.

La campagne commence… et comme toute campagne, elle se joue sur le terrain. Hier, après avoir officialisé la candidature orange, mais dissidente, Nuihau Laurey/Lana Tetuani, Édouard Fritch est parti à Mahina (lire en pages 24 et 25) dans l’un de ses exercices préférés de ces derniers mois : séduire les communes.
Car si les sénatoriales sont des élections au suffrage indirect, les grands électeurs se soignent comme les petits, à coup de serrages de mains et de promesses électorales.
Évidemment, après ses déclarations à TNTV et son interview dans la Dépêche d’hier, la balade de Mahina s’est transformée en exercice de style pour un président sûr de sa stratégie politique (lire son interview ci-dessous).
Mais paradoxalement, c’est, pour l’instant, une campagne où Fritch est le seul à parler. En dehors du président du Pays, le silence radio était assourdissant, hier. Ce fameux vice-président “sur qui nous pourrons compter pour défendre nos dossiers à Paris”, comme aime le répéter Édouard Fritch, s’est caché toute la journée, refusant obstinément de décrocher son téléphone.
Quant à sa partenaire, Lana Tetuanui, elle promet de rappeler… En vain. La candidature de la représentante semble d’ailleurs moins limpide que celle de Nuihau Laurey. C’est pourtant une pièce essentielle dans la stratégie du président avec, dans le package, son mari Cyril Tetuanui, patron du Syndicat pour la promotion des communes.
En face, côté Flosse, puisque désormais il y a deux camps dans le même camp, on en arrive à des situations insolites : dans la continuité d’un refus systématique de s’exprimer dans la presse, le parti orange s’est offert des emplacements payants dans notre journal pour publier le communiqué rappelant le choix “officiel” des candidats et dont nous nous faisions l’écho dès ce matin ! Là aussi, et malgré nos nombreuses sollicitations, il n’y aura ni interview ni déclarations. Et pourtant, “c’est la crédibilité de Flosse qui est en jeu”, assure un membre du parti, qui craint de voir dans les manœuvres d’Édouard Fritch une OPA prochaine sur le Tahoera’a.
Et dans cette campagne, qui ne dit pas encore son nom, quel sera le rôle de A ti’a Porinetia (ATP), dont on sent bien la tentation de son leader Teva Rohfritsch d’aller enquiquiner son meilleur ennemi Gaston Flosse ? Visera-t-il le poste de vice-président si Nuihau Laurey s’envole pour Paris ? De fait, A ti’a Porinetia présentera-t-il des candidats ?
Parmi les rares personnes joignables hier, Armelle Merceron ne veut pas s’avancer. “Cela fait quelques semaines que nous sommes en observation”, explique la représentante ATP, qui refuse de se prononcer à titre individuel. “La première chose, c’est de savoir qui sont officiellement les candidats”.

Bertrand Parent

Lire le compte-rendu de la visite d’Edouard Fritch à Mahina dans La Dépêche de Tahiti ou au feuilletage numérique

Édouard Fritch Président du Pays : “Pas besoin de bannière pour se présenter”

Le Tahoera’a a réaffirmé avoir déjà ses deux candidats. Vous confirmez, de votre côté, la candidature de Nuihau Laurey et de Lana Tetuanui…
Si Nuihau Laurey se présente, c’est normal que je soutienne mon vice-président.

Mais le Tahoera’a n’est pas d’accord !
C’est certain que le Tahoera’a ne peut pas être d’accord. J’avais proposé que l’on partage les candidats. Au moins que Nuihau puisse se présenter. J’estime que c’est quelqu’un sur qui l’on peut s’appuyer, sur qui l’on peut compter pour défendre nos dossiers à Paris, puisqu’il connaît bien la situation. Mais bon… malheureusement… nous n’avons aucune nouvelle du Tahoera’a. Nuihau va se présenter avec mon soutien.

Sous quelle bannière ?
Il n’y a pas besoin de bannière pour se présenter aux élections. On n’a pas besoin de ça. Je pense que la plus belle bannière que Nuihau peut afficher est celle du travail qu’il a réalisé depuis deux ans avec le redressement de la situation financière du Pays, sa bonne connaissance des dossiers… Enfin, ce garçon a fait beaucoup de choses. Il s’est battu pour la Polynésie auprès des bailleurs de fonds, auprès des agents de notations, auprès du gouvernement central… Aujourd’hui, il veut étendre son rayon d’action. Et lui-même le dit, il a besoin de cette représentation territoriale à Paris pour aller encore au-delà de ce qu’il a pu faire jusqu’à présent.

En divisant les candidatures, vous n’avez pas peur de diviser vos chances de victoire ?
Vous croyez que c’est de la division ?

Vous avez fait vos calculs ?
Tout le monde a fait ses calculs.

Le divorce est consommé avec Gaston Flosse ?
Mais non… pourquoi voulez-vous qu’il y ait divorce. Aujourd’hui, mon vice-président est candidat aux sénatoriales et je le soutiens. Car il nous a beaucoup soutenus dans le travail que nous avons fait au niveau du contrat de projets, du RSPF.

Ce n’est pas qu’un simple renvoi d’ascenseur ?
Si, c’est un renvoi d’ascenseur. Mais vous savez, le travail qui est fait aujourd’hui avec le gouvernement central est un travail important pour ce pays. Nous avons besoin d’avoir, à Paris, des gens qui rament dans le même sens que le gouvernement. Si le Tahoera’a est revenu, c’est parce que nous avons dit et exprimé haut et fort que notre premier boulot est de rétablir des relations de confiance avec l’État.

Ce que ne font pas Vincent Dubois et Teura Iriti ?
Je ne veux pas parler des autres. Je veux parler de ce que nous faisons aujourd’hui. Lorsque nous nous sommes battus pour le RSPF, ce n’était pas facile. L’État français n’a pas d’argent. Et au moment où nous allions conclure, nos sénateurs annoncent que nous n’aurons pas d’argent pour cela. Moi, j’ai besoin de personnes qui rament dans le même sens que nous. J’estime que Nuihau Laurey est un candidat sur qui je peux compter, sur qui nous pouvons compter, pour qu’avec le gouvernement central, nous puissions faire aboutir nos dossiers. C’est tout. Mon souci à moi, c’est de mettre des personnes, et je soutiendrai les personnes qui vont ramer dans le même sens que le gouvernement.

Propos recueillis par J-L.M.

La guerre des grands électeurs a commencé

C’est l’heure des comptes. De l’avis de beaucoup d’observateurs, si Édouard Fritch s’est permis d’annoncer la candidature du ticket Laurey/Tetuanui, c’est qu’il est sûr de la victoire de son vice-président. “Nuihau et Lana vont se présenter et vont gagner”, lâchait même, la semaine dernière, un ministre du gouvernement en privé.
L’élection sénatoriale a ceci de particulier que l’on connaîtra la liste des grands électeurs avant le scrutin du 3 mai. Ce qui permet aux états-majors des partis d’avoir une visibilité assez claire sur le résultat final avant le vote.
Au terme de la loi électorale, les grands électeurs sont les trois députés, les 38 représentants, les deux sénateurs et des “délégués” issus des conseils municipaux.
Pour les communes de plus de 9 000 habitants, tous les conseillers municipaux sont délégués de droit. En revanche, pour les autres communes, les délégués (entre 1 et 15 selon la taille des communes) seront élus au sein des différents conseils municipaux,
vendredi.
C’est aussi dans cette masse-là de délégués que les choses peuvent changer par rapport à l’élection de septembre dernier. En fonction des soutiens affichés à Gaston Flosse ou Édouard Fritch, nul doute que les listes seront composées avec soin et ont fait, ces dernières semaines, l’objet de tractations multiples. “Pourquoi croyez-vous qu’Édouard passe sa vie dans les communes, ces dernières semaines ?”, ironise un proche du Vieux Lion.
Dans l’entourage du président de la Polynésie, on rétorque que de nombreux élus des communes se sont rapprochés d’eux dès l’annulation de l’élection pour faire part de leur mécontentement du travail des deux néo-sénateurs, notamment sur le peu de conviction qu’ils ont mis pour faire revenir l’État au financement du RSPF. C’est pour cela qu’Édouard Fritch réclamait un peu de temps pour discuter avec Flosse des candidatures.
Au total, le nombre de grands électeurs était de 713 en septembre et devrait être semblable le 3 mai. Lors du scrutin qui a été annulé, Vincent Dubois et Teura Iriti avaient été logiquement (au vu de la prépondérance orange dans le collège des électeurs) élus dès le premier tour avec près de 58 % des voix pour chacun.
Mais cela ne sera évidemment pas la même affaire si des orange dissidents sont présents. Cela pourrait même être une opportunité pour l’opposition, qui pourrait alors rêver de récolter un siège sur l’autel des divisions du Tahoera’a.
B.Pa.

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