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Shirley,“first officer”sur un super-yacht

mardi 7 août 2018

En tant que “first officer”, Shirley se retrouve fréquem- ment aux commandes du Silentworld. (© Caroline Perdrix)

En tant que “first officer”, Shirley se retrouve fréquemment aux commandes du Silentworld. (© Caroline Perdrix)


À 26 ans, Shirley Puth est la première Polynésienne à être embauchée comme “first officer” (“second” dans le vocabulaire nautique français) sur un superyacht, le Silentworld que nous vous avons présenté dans notre édition du 2 août. Elle s’apprête, après un charter dans les eaux polynésiennes, à ramener le bateau à son port d’attache australien, seul maître à bord après le capitaine, Michael Gooding. Également professionnels sont Jenny, l’hôtesse, et André, qui travaille comme matelot sur plusieurs bateaux. Ils retracent leur parcours pour La Dépêche et expriment leurs ambitions.

Comment une jeune femme de Mahina est- elle devenue officier sur un yacht de luxe ?

Après un bac gestion, communication et ressources humaines, je ne savais pas ce que je voulais faire. Mon père, qui travaille au Chantier naval du Pacifique Sud, m’a dit : ‘Va à l’école maritime, tu pourras passer le permis bateau et aussi voir pour la marine marchande’.

J’ai eu mon premier diplôme, et pour le valider je cherchais un stage. J’ai fait une journée sur le Aremiti, mais je n’ai pas accroché. Ensuite, j’ai rencontré le capitaine de mon premier yacht, le Latitude, qui m’a prise en tant que matelot. Je suis restée un an. On a fait les îles en Polynésie, puis je suis partie six mois au Pana ma avec eux.

 

Ça ne t’a pas posé problème de partir loin et longtemps ?

Non, du tout. Ma famille me soutient, en particulier mon papa. J’aime tout ce qui est aventure. Je suis plutôt active, j’aime être en extérieur, j’aime bien que ça bouge. Sur un yacht, il y a toujours quelque chose à faire. Je suis ouverte, j’aime rencontrer des gens, que ce soit les clients ou les équipages des autres bateaux.

 

Et ensuite ?

Je suis revenue pour passer mon second diplôme, le brevet de capitaine 500, après quoi j’ai trouvé un autre bateau pour valider, le Constance, un yacht américain privé de 60 mètres. Là, j’étais “lead deck hand” (chef matelot) avec trois personnes sous ma supervision.

Pendant un an, nous avons fait les États-unis, les Bahamas, les Caraïbes, la Jamaïque… En revenant à Tahiti, c’est Tehani, de Tahiti Crew, qui m’a contactée pour me proposer un poste sur Silentworld.

 

Mais cette fois, les choses sont différentes…

Cette fois, j’ai la chance d’avoir une offre sur le long terme, mais je dois aussi retourner à l’école pour mon prochain diplôme, donc je pense rester sur Silentworld jusqu’à la reprise de mes cours, au deuxième semestre 2019. Ça va me prendre entre six mois et un an, ensuite je vais devoir valider ce diplôme-là.

Je veux être capitaine, pas nécessairement basée à Tahiti.

 

Une journée typique, c’est comment ?

En ce moment, je commence à 7 heures et je termine à 16 heures. Quand nous sommes à Tahiti j’en profite pour rentrer dormir chez moi, sinon je dors à bord.

Dans la journée, il y a de l’administratif : je rentre toute l’activité du bateau dans le journal de bord, je gère toutes les interventions des entreprises, je fais les commandes de fournitures pour ma partie, qui est la gestion du deck (le pont, c’est-à-dire les extérieurs du bateau).

Il faut regarder partout, voir s’il y a des travaux à faire. Je ne quitte pas mon carnet dans lequel je note tous les “projets” : le dernier, par exemple, c’était la grue de l’annexe ; elle était un peu rouillée, il fallait faire repeindre.

En navigation, il n’y a pas vraiment de travail sur le pont, ce sont simplement les quarts, on passe plus de temps à la passerelle (le poste de commandement du bateau, NDLR).

Pour moi, le gros du travail se fait à quai. (Le capitaine Gooding passe la tête pour dire qu’elle a ramené le bateau de Rangiroa et qu’elle a été excellente).

 

La passerelle est un endroit impressionnant pour quelqu’un qui ne connaît pas les yachts. C’est facile de s’y retrouver ?

Oui, et je suis sur Silentworld depuis deux mois, donc ça va. Après, c’est à peu près la même chose sur chaque bateau. Et puis j’ai Michael qui est un super capitaine, c’est un excellent professeur, vraiment très bon pédagogue.

 

Est-ce que les jeunes Polynésiens sont nombreux dans le yachting ?

On n’est pas beaucoup. La plupart des Tahitiens que je vois travailler sur les yachts sont des travailleurs à la journée, qui ne comptent pas partir.

Il y en a beaucoup qui veulent travailler sur les bateaux, mais très peu à qui on peut vraiment faire confiance, qui sont bons dans ce qu’ils font et surtout qui sont sérieux.

Après, il y en a d’autres, comme Jenny, qui voudraient bien partir mais qui cherchent le bon bateau. Il y a aussi Rauarii, qui est ingénieur et qui a fait le dernier charter avec nous. Pour le prochain, nous avons un autre Tahitien qui nous rejoint. Silentworld est une exception, ils aiment bien prendre des locaux partout où ils vont ; si ça ne tenait qu’à eux ils auraient gardé Jenny aussi. Les locaux connaissent les bons endroits !

 

Est-ce que tu aides les clients de Silentworld à découvrir la culture polynésienne ?

J’essaie de faire mon maximum. Ma spécialité ce sont les démonstrations autour de la noix de coco, comment les ouvrir, montrer les différences entre les cocos à boire et à manger, leur montrer le ‘uto parce qu’en général, ils ne connaissent pas. J’aurais aimé savoir jouer du ukulele, mais on y travaille !

 

Qu’est-ce que tu peux dire aux jeunes qui sont attirés par ces métiers du yachting ?

Ne bloquez pas sur l’anglais, lancez-vous et parlez ! C’est vraiment important, peut-être la première chose que les capitaines et les propriétaires regardent, la capacité à communiquer en anglais. Il ne faut pas avoir peur, et quand ils voient que tu fais un effort, les autres vont t’aider aussi. Il faut savoir respecter l’intimité des gens, être discret. Et travailler en équipe, ça c’est vraiment important, sur un bateau il faut s’entraider. Team work always works ! (le travail d’équipe paye toujours).

Il faut aussi de la rigueur pour assurer les tâches administratives, et une certaine aisance dans les relations avec les autres, mais en général dans le yachting, on trouve des personnes positives, qui aiment la vie. Je pense que ça correspondait juste parfaitement à ma personnalité !

 

Propos recueillis par Caroline Perdrix

 

André : “Sur Silentworld, il y a un bon mana”

(© Caroline Perdrix)

(© Caroline Perdrix)

J’ai 34 ans. J’ai un bac professionnel, je faisais de la menuiserie et de l’électricité. J’ai commencé sur les bateaux en 2008, en simple travailleur en journée. Je n’avais aucune expérience, et je ne parlais même pas anglais à part bonjour et au revoir ! Et puis je me suis familiarisé avec les bateaux, j’ai appris le travail, appris la langue.

Au fur et à mesure, les gens que j’avais rencontrés revenaient, m’appelaient pour travailler avec eux. Je pense qu’il y a de l’avenir dans ces métiers- là. En dix ans, j’ai vu le nombre de bateaux augmenter. Quand j’ai commencé, la saison se terminait vers septembre, après il n’y avait plus aucun bateau.

Mais depuis six ou sept ans, ça s’étale sur toute l’année. J’aime beaucoup travailler sur Silentworld, il y a un bon mana avec ce capitaine !

 

Jenny : “J’apprends tous les jours, c’est vraiment très gratifiant”

(© Caroline Perdrix)

(© Caroline Perdrix)

Je suis de Paea, j’ai 24 ans. J’avais déjà eu une première expérience sur les bateaux grâce à Tehani qui m’avait prise en stage. Ça m’a plu, et j’ai eu la chance de faire une formation hôtesse-marin de six mois avec le Sefi. Cette formation n’est pas disponible tout le temps, sinon il faut aller passer le certificat en Nouvelle-Zélande et c’est très coûteux.

J’ai eu mon permis côtier comme ça, et j’ai été formée aux premiers secours. Il faut être motivée, c’est sur dossier, pour moi ce n’était pas évident parce que j’ai un BTS et normalement c’est niveau bac.

Mais l’anglais, quand tu as vraiment envie, ça vient tout seul ! La formation est plutôt axée sur les charters de voiliers, mais moi, mon objectif c’était vraiment de travailler sur les yachts.

Depuis que je suis sur ce bateau, j’apprends tous les jours ; c’est vraiment très gratifiant. J’ai fait les Tuamotu, la Société, les Gambier, et l’année dernière, je suis allée à Pitcairn ! J’aimerais bien avoir la possibilité de partir comme Shirley, avoir l’expérience de la vie à bord pendant une année, voyager à l’étranger mais tu ne sais pas si tu es prête ou pas… Le meilleur moyen de savoir c’est d’y aller!

 

 

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