Six femmes d’actions prennent la parole

vendredi 29 mai 2015

Hier, toute la journée au petit théâtre de la Maison de la culture, s’est tenu le 1er TEDxPapeete “spécial vahine”. Le principe est simple : à l’aide de “talks” (exposés) d’une quinzaine de minutes chacun, des idées novatrices et positives sont propagées à large échelle, via internet notamment. En matinée, six femmes de Polynésie ont partagé avec la petite centaine de personnes présentes, leurs expériences, leur savoir-faire dans différents domaines que vous retrouvez ci-dessous. La seconde partie de la journée a été retransmise en streaming, pour les plus courageux avec notamment un “talk” de l’ancien président américain et prix Nobel de la paix, Jimmy Carter, pour la journée internationale TEDx vahine, qui se déroulait au même moment, en Californie. Compte-rendu.
Christophe Cozette

> La femme positive
Première des six vahine à prendre la parole durant une quinzaine de minutes, Marie Caulliez, coach professionnel, médiateur et fan de yoga depuis peu, a tenté de convaincre le public, qu’un mieux-être au travail est possible. “C’est un fléau”, cette “grande fatigue” où seul “un sur 10 salariés seulement se dit heureux à son travail”, a aussi son coût sur la société et donc sur nous tous, dit en substance l’experte. “En Polynésie française, la souffrance, on n’en parle pas et chez les cadres où cette souffrance existe aussi, on la cache, elle fait partie du boulot”. Certes, “mais tout ceci est aussi contre-productif” et c’est prouvé, comme l’a expliqué Marie Caulliez, chiffres et exemples à l’appui. En effet, une entreprise où il fait bon travailler est 30 % plus productive, le chiffre d’affaires est
37 % plus important et la créativité est multipliée par trois. “C’est à nous de le vouloir”, en “transformant le mépris” et en osant s’ouvrir à l’autre, collègue comme supérieur. Positif, le coach, n’a pas manqué de préciser “que cet ancien monde se transforme en nouvelle ère” et que de “plus en plus d’entreprises innovent”. “Osez” est un peu le maître-mot de cette intervention et a été également la conclusion de Marie Caulliez. Osez travailler différemment, pour tenter de travailler mieux, et plus heureux, c’est possible.

> La femme poisson
Une véritable histoire d’amour d’eau. Céline Hervé-Bazin, auteure et chercheuse est tombée dans l’eau, toute petite comme Obélix dans la potion magique. Avec un physique opposé au héros de BD, Céline aime l’eau et c’est dans sa baignoire qu’elle aime écrire, après des mois et des années en bibliothèque, pour travailler aujourd’hui “en communication sur l’eau”. Car Céline est persuadée que “l’eau peut changer le monde”. Après tout, la planète mais aussi notre corps sont constitués à 70 % d’eau. Pour elle, après notamment une thèse de 900 pages sur le sujet, tout est question de clichés, à casser, “à balayer”.
Casser l’image de cette femme africaine qui passe cinq heures par jour au transport de l’eau alors que depuis “trente ans de campagne, il y a toujours 30 % de l’humanité sans robinet”, a-t-elle développé.
Elle a rencontré, sur différents continents, des “petits hommes et de petites femmes” autour de l’eau, pour qui — là aussi, image à casser — “payer pour l’eau, c’est devenir citoyen”.
Mais l’eau, c’est aussi, une source d’identité, au fenua. Papeete veut bien dire “corbeille d’eau” n’a pas manqué de rappeler Céline.
“Regardez l’eau, à travers elle, on regarde aussi la société, non pas en rose mais en bleu” a-t-elle conclu, poétiquement.

> La femme solidaire
Bien moins poétique, tendance tragique, Vainui Salmon, psycho-criminologue, a abordé la prévention des violences. Son métier la passionne et ses cinq ans d’expériences, elle les a partagés avec brio, face à un petit théâtre attentif, sujet grave oblige.
“Nous ne sommes pas tous égaux face aux violences”, qui peuvent être morales et/ou physiques, a-t-elle rappelé, en préambule. De surcroît, ce sont les petits problèmes, au quotidien — dénigrer, insulter, harceler… — qui sont à l’origine des faits divers qui font les gros titres de la presse, a expliqué en substance Vainui.
Dans son métier, elle doit faire face à de nombreuses “fausses idées”. Non, frapper n’est pas éduquer, non “porter plainte, n’est pas forcément la solution”, pour l’experte, qui agit aussi sur le front associatif.
Une solution a été de créer des groupes de paroles composés de victimes mais aussi auteurs. Communiquer, est la solution et que vous “soyez victime, acteur ou témoin, ne restez surtout pas dans le silence”, a conclu Vainui, quelques secondes avant des applaudissements mérités, stoppant net le silence d’une salle à très large majorité féminine.

> La femme chercheuse
La ciguatera est un fléau, en particulier dans le Pacifique où Tahiti reste, depuis les années 1970, dans le trio de tête (avec Fidji et les îles Cook), des pays les plus touchés par cette algue, qui provoque quelque 13 000 intoxications par an.
Mireille Chinain est chercheuse à l’institut Louis Malardé et nous a fait part de ses recherches. “600 cas ont été recensés en Polynésie en 2010, mais on peut multiplier par cinq ou dix ce chiffre pour avoir les vrais chiffres”, a-t-elle rappelé. Tahiti est la pointe de la recherche, non sans omettre de se rapprocher des techniques ancestrales, notamment avec la feuille du faux tabac, tahinu, qui permet de reconnaître un poisson infecté.
Mais là aussi, la communication, l’échange d’informations est nécessaire, tout autant que la participation de tout un chacun. Un site Internet participatif sur la ciguatera a d’ailleurs été créé dans ce but, qui recense en temps réel, les zones à risques (www.ciguatera-online.com).
“On doit se responsabiliser”, a clamé la scientifique. “C’est notre affaire à tous pas que des scientifiques” et pour cela, Mireille prône de simples conseils. Préserver les atolls sains, abandonner les comportements à risque (manger viscères et tête de poisson par exemple) et, en cas d’intoxication, la déclarer.

> La femme paritaire
On ne la présente plus mais on l’a connait moins sous cette étiquette. Armelle Merceron, économiste, représentante à l’assemblée et ancienne ministre, est venue vanter, hier, l’égalité homme-femme. Avec aisance, elle a expliqué que 12 enfants naissent par jour en Polynésie, “et la parité est respectée, ce sont six garçons et six filles”. “Mais il y a encore des résistances au changement” et notamment “des prédispositions”. En gros, les petites filles, c’est la poupée Barbie et le petit garçon, le costume de pompier. “Pourquoi ne pas changer et faire l’inverse”, s’est-elle interrogée, tout en combattant ces “clichés sociaux”. C’est la parité en politique, imposée, qui s’est imposée comme une évidence aux yeux d’Armelle Merceron, comme elle l’a rappelé. Vouloir cette parité, “c’est poursuivre le combat et lutter contre les discriminations”. Pour cela, elle milite pour la notion, anglo-saxonne de “genre”. “Il nous faut des statistiques sexuées systématiques”, afin de mieux cibler les actions à mener, a-t-elle expliqué. Mais à l’instar des interventions précédentes, Armelle Merceron a rappelé, en conclusion, l’importance “d’une action quotidienne dans son environnement en faveur de l’égalité et contre les discriminations.”

> La femme d’entreprise
Afin de finir sur une touche “toute en couleurs” comme le souhaitaient les organisateurs, c’est Sarah Roopinia, jeune Polynésienne qui a fait Sciences-Po et qui a travaillé pour le gouvernement polynésien à Paris et à Bruxelles, qui a clôturé ces interventions “spécial vahine”. Elle n’est point venue parler du monde gris de la politique, mais de son expérience en tant qu’entrepreneur, qui a permis la création de la Pacific Ocean Gallery du festival Ono’u, qui s’est achevé, en début de ce mois. Rien ne la prédisposait à cela, elle qui est née à Raiatea et qui “était vraiment nulle en dessin”.
Mais Sarah a décidé un jour, “d’être l’entrepreneur de sa vie” et au regard de ces deux éditions du festival international du graffiti, se dit fière “d’avoir ancré, dans le temps et l’espace, l’art au quotidien”. “On a réussi à placer Tahiti au centre de l’art contemporain, les œuvres réalisées à Papeete ont tourné dans le monde entier grâce aux réseaux sociaux”, se félicite celle qui a été inspirée par Paris et Berlin, deux capitales mondiales du graff.
“Papeete a pris, je trouve, un sacré coup de jeune, alors que moi, depuis trois ans, j’ai pris un petit coup de vieux”, n’a-t-elle pas manqué de conclure, non sans esprit. Mais cette réussite est due “au travail, à la rigueur, à la persévérance et à la fantaisie nécessaire”, quatre caractéristiques qui ne manquent pas à Sarah Roopinia.

 

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