Société – L’illettrisme, un véritable handicap pour intégrer le monde professionnel et au quotidien

    mardi 26 juillet 2016

    illettrisme

    C’est avec joie et émotion que les douze stagiaires du PIASBM ont reçu leur attestation
    de formation vendredi dernier. (Photo : Élénore Pelletier)


    Une stagiaire : “C’est quelque chose que j’essayais de cacher à mon entourage”

     

    Des sourires mêlés à des larmes de joie. La remise des attestations à la préparation à l’insertion par l’apprentissage des savoirs de base et la mobilisation (PIASBM), organisée par le service de l’emploi, la formation et de l’insertion (Sefi) a suscité beaucoup d’émotions chez les douze stagiaires bénéficiaires, il y a une quinzaine de jours.

    “Je suis tellement heureuse d’avoir eu mon attestation. Je n’ai jamais eu de diplôme avant celui-là. Je suis fière de moi, car je me suis énormément améliorée en français et j’espère bien réussir à trouver du travail, maintenant”, s’exclame Miriama, 26 ans.

    PIASBM, derrière cet acronyme à rallonge se cache en réalité des formations pour permettre aux demandeurs d’emplois illettrés de revoir les savoirs de base et ainsi augmenter leur chance de trouver un emploi.

     

    Un taux d’illettrisme de 37 %

     

    En 2016, le taux d’illettrisme en Polynésie française est estimé à 37 % chez les jeunes de 16 à 25 ans. Ce chiffre se base sur les résultats aux tests de français, mathématiques et logiques proposés aux jeunes lors de la Journée défense et citoyenneté.

    Un niveau important, comparé à la métropole dont le taux avoisine les 11 %. En cause, un décrochage scolaire précoce qui échappe parfois aux autorités du fait des spécificités de la Polynésie, une mixité des langues française et tahitienne mal maîtrisée et des situations familiales et sociales parfois très difficiles.

    “J’ai toujours eu un blocage au niveau de l’écriture parce que, lorsque j’étais à l’école en primaire, les instituteurs nous tapaient sur les doigts. Et puis, j’ai arrêté l’école en CM2, à l’âge de 12 ans. Normalement, on ne peut pas arrêter l’école si jeune car elle est obligatoire jusqu’à 16 ans, mais ma situation familiale était difficile. Je venais des îles et on n’avait pas les moyens de se déplacer à Tahiti, pour me permettre de continuer les études”, raconte Mareta, 39 ans.

     

    Des stratégies pour ne pas être détecté

     

    Il y a encore quelques années, l’illettrisme n’était pas un frein à l’intégration professionnelle. Aujourd’hui, c’est bien différent… CV, lettre de motivation, entretien d’embauche…

    Ces éléments sont devenus indispensables et, pour cela, une bonne maîtrise du français est demandée.

    “Jusqu’à maintenant, certains avaient mis en place des stratégies de contournement, jusqu’à ce qu’ils perdent leur travail, comme cet homme de 50 ans qui travaillait dans une menuiserie aluminium mais qui ne savait pas lire. C’est finalement quand il a perdu son travail, qu’il s’est retrouvé confronté à son problème d’illettrisme. Je lui ai demandé comment il avait fait jusqu’à maintenant, il m’a dit : “J’avais toujours un petit jeune à côté de moi qui m’aidait à lire mes notices”. Son employeur n’a jamais détecté son problème”, raconte Vaiana, directrice de la formation au Sefi.

     

    Lutter contre la honte

     

    Tumutoa, 30 ans, a toujours eu beaucoup de mal avec l’écriture et la lecture.

    Après trois ans passés au centre de jeunes adultes (CJA), il a eu quelques missions en maçonnerie “parce qu’il n’y avait pas besoin d’écrire ou de lire” ; puis, tout s’est compliqué lorsqu’il a eu à rechercher du travail.

    “Je n’arrivais pas à faire de CV ou de lettre de motivation et lorsque j’étais convoqué pour un entretien d’embauche, j’avais du mal à m’exprimer en français et, à chaque fois, on me disait “Merci, on te rappelle bientôt”. Mais on ne me rappelait jamais. J’ai pris l’habitude de mélanger le tahitien et français, parce que c’est comme ça qu’on parle dans le quartier, en famille. Et du coup, j’ai fini par perdre les bases du français”, explique t-il.

    Dans la vie courante, l’illettrisme est aussi un handicap : “C’est quelque chose que, jusqu’à maintenant, j’essayais de cacher à mon entourage, mais c’est difficile. Tu as toujours des documents à remplir, pour chercher du travail, inscrire tes enfants à l’école et remplir les formulaires pour la CPS… T’es obligé de te faire aider, c’est honteux”, raconte Mareta.

    Depuis deux ans, le ministère de l’Éducation a fait de la lutte contre l’illettrisme sa priorité. De nombreux dispositifs sont en place pour aider jeunes et moins jeunes à s’insérer ou se réinsérer dans la vie professionnelle.

     

    É.P.

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