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SOCIÉTÉ – La Polynésie, terrain d’études de la “capsule”

jeudi 5 juillet 2018

capsule

Ghislain Bardout, à bord de la capsule, en test, en Bretagne. La Polynésie sera sa première mission grandeur nature. (Photo : FG/Under The Pole)


La mission scientifique Under The Pole III vient d’arriver au fenua pour deux études, pendant 16 mois. La première concerne les coraux de profondeur, la seconde, la vie aquatique “à long terme”. Pour cette seconde mission, arrive dans un an, la “capsule”, une tente sous-marine, dernier cri.

Pas d’île flottante mais un îlot sous-marin. En novembre dernier, se terminait le premier volet de l’expédition Under The Pole III 2017/2020,  qui a permis d’étudier la fluorescence naturelle et la biodiversité sous-marine en Arctique.

Aujourd’hui, le Why et son équipage sont arrivés au fenua, via l’Alaska, où ce bateau d’assistance a été préparé, puis Hawaii, pour le deuxième volet de l’expédition Under The Pole III, à savoir 16 mois d’exploration sous-marine en Polynésie française afin d’étudier les récifs coralliens de profondeur et les super-prédateurs, “armé” d’une “capsule”, un habitat sous-marin de vie à saturation, actuellement en phase de test, en Bretagne. Une première pour l’expédition et le fenua.

La Dépêche de Tahiti a rencontré mardi Ghislain Bardout, ingénieur énergéticien de métier, tombé dans l’exploration “tout petit” et créateur d’Under The Pole.

Pourquoi la Polynésie ? “On a toujours fait du polaire mais il était prévu qu’on traverse le Pacifique et donc nous avons  souhaité nous y arrêter, et la Polynésie, parce que c’est français, très représentatif des récifs coralliens du Pacifique et nous avons accroché très rapidement avec l’équipe du Criobe (centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement, NDLR)”, explique le scientifique. En effet, la mission “essaye de mutualiser les compétences pour s’attaquer à des sujets difficiles” et s’appuie donc sur des scientifiques de haut vol. Et plonger à 120 mètres de profondeur tous les jours, pendant dix mois, est un “sujet difficile”.

 

 

Des plongées quotidiennes, pendant 10 mois, entre 60 et 120 m de profondeur

 

 

Cette mission et son organisation sont en train de se mettre en place, six membres de l’expédition arrivent cette semaine. À terme, le Why va accueillir douze personnes, quatre à cinq personnes les aident au sol sans compter les équipes de tournage ni tous les chercheurs du Criobe.

Durant tout le mois de juillet, l’équipe va s’entraîner entre Tahiti et Moorea, pour être fin prête le 1er août, pour la première partie de l’expédition scientifique, à savoir l’étude des coraux de profondeur, qui va démarrer à Moorea, Tahiti puis Bora Bora, avant de se poursuivre dans les cinq archipels, jusqu’à fin mai 2019.

“Les onze mois qui viennent, nous sommes sur les coraux profonds avec le Criobe et derrière, on a le programme Capsule”, détaille Ghislain Bardout, le chef de l’expédition, la troisième à son compte, aidé de sa femme (lire par ailleurs). Dès le 1er août, à Moorea, et ce pendant dix mois, “ce n’est que de la plongée profonde, principalement entre 60 et 120 mètres de profondeur”, uniquement consacrée à l’étude des coraux de profondeur.

“Nous aurons dix mois de terrain en continu, avec l’acquisition de données sur 48 sites, à travers l’ensemble des archipels polynésiens (seize îles, trois sites par île) soit cinq jours de travail par site”, indique-t-il.

L’équipe, à chaque étape de son périple scientifique, animera des séances scolaires, pour expliquer son travail aux plus jeunes, une des quatre missions d’Under The Pole (lire par ailleurs).

 

 

Deux films en préparation et des visites scolaires dans chaque île

 

Et ce n’est pas tout, Under The Pole va encore plus loin pour la seconde partie de son expédition, avec une première, sous forme de capsule. Cette dernière, de 350 kilos et de 4,50 m3 , faite d’aluminium et de plexiglas, offre un point de vue à 360 degrés et permet à trois plongeurs de retirer leur scaphandre et de se reposer entre deux observations sans pour autant remonter à la surface.

Au total, ils pourront rester immergés durant plusieurs jours et atteindre 30 mètres de profondeur. La capsule sera présentée officiellement et pour la première fois aux médias dans l’Hexagone, avant d’être envoyée en Polynésie française où elle sera déployée au printemps 2019.

Le programme de la capsule, même s’il n’est pas totalement défini géographiquement, s’intéressa aux espèces, aux comportements animaliers, principalement à l’extérieur du récif. “C’est assez excitant, surtout qu’on a fait que du polaire pendant dix ans, les conditions de travail sont bien plus confortables, short et savates sont plus légers que parkas, bottes et cagoules”, s’est amusé ce Jules Verne du XXIe siècle, à propos de cette nouvelle expédition.

Qui sait, il rencontrera peut-être, un calamar géant, durant ces 16 mois polynésiens…

 

Christophe Cozette

 

Ghislain Bardout, ingénieur énergéticien et créateur d’Under The Pole avec sa femme, Emmanuelle Périré-Bardout : “Cette étude fera date pour la Polynésie française”

Ghislain Bardout,Expliquez-nous votre parcours et est-ce difficile de monter une telle expédition ?

J’ai commencé très vite à bosser dans l’exploration, après avoir travaillé avec Jean-Louis Étienne, durant deux ans, sur un projet d’expédition polaire. Je me suis lancé dans la foulée, avec ma femme, dans Under The Pole, il y a onze ans maintenant. C’est à la fois un projet professionnel et un projet de vie. Ce sont des expéditions très longues, sur le terrain et de préparation. On a fait trois ans en Arctique, deux ans en Antarctique et là, c’est un tour du monde, sur trois ans, dont plus de 16 mois en continu en Polynésie française.

C’est assez difficile de financer des projets comme cela, à cause de la logistique, des besoins matériels, de la technicité assez importante. Et on travaille toujours dans des endroits compliqués. Faire livrer un container en Arctique ou en Polynésie, c’est aussi complexe et long. En gros, on a un budget de 800 000 à un million d’euros par an (entre 100 et 120 millions de francs), auxquels s’ajoutent des budgets de nos partenaires
scientifiques comme le Criobe.

 

 

En quoi va consister votre étude sur les coraux ?

Le programme sur les coraux en profondeur va rassembler douze chercheurs de quatre nationalités différentes. Ce que nous allons chercher, tout d’abord, c’est de caractériser le milieu, en termes de diversité d’espèces, de densité de population, à différentes profondeurs. En zone profonde, jamais une telle étude n’a été faite, ici et dans le monde, oui, mais c’est la première fois qu’un tel programme est si poussé. Nous allons également nous poser la grande question, à savoir les interactions. Un postulat dit que les espèces de faible profondeur, qui ont tendance
à disparaître à cause du réchauffement climatique, vont en profondeur pour se redévelopper, coloniser à nouveau le milieu, pour repeupler la surface.

C’est la notion de refuge, de nurserie, qu’on va quantifier de manière scientifique. Cette étude fera date pour la Polynésie française, pour les études futures avec une référence sur les eaux profondes sans précédent.

 

 

Ce sont des plongées compliquées ?

Ce n’est que de la plongée profonde, principalement entre 60 et 120 mètres de profondeur, mais il y a aussi toute la zone au-dessus, où nous sommes en décompression, ce qui va permettre également d’y mener des protocoles scientifiques pendant nos paliers et ce, tous les jours.

Nous aurons dix mois de terrain en continu, avec l’acquisition de données sur 48 sites, à travers l’ensemble des archipels polynésiens (seize îles, trois sites par île) soit cinq jours de travail par site. C’est de la plongée engagée, cela ne s’improvise pas, c’est très difficile. Ce sont trois équipes de deux plongeurs, nous serons huit en permanence sur le bateau, spécialisés en eau profonde.

 

Propos recueillis par C.C.

 

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