Sortie pédagogique dans le cadre de la Journée des océans

    mardi 9 juin 2015

    Un cours pas comme les autres. Dans la salle de classe, le sol tangue. Avant de se concentrer sur la leçon, mieux vaut d’abord trouver son équilibre. Pas facile, d’ailleurs, de porter attention à ce qui est dit, à la fenêtre, la houle scintillante défile, et soudain, une mouette déboule et vole à tire d’ailes, comme si elle voulait comprendre ce qui agite ce banc d’enfants réunis autour d’un adulte. 
    À la sortie de la passe de Moorea, Agnès Benet, la présidente de l’association Mata Tohora, n’a pas trouvé meilleur endroit pour expliquer la composition et l’histoire du récif ou faire comprendre la formation des passes. Le vent dans les cheveux, les élèves boivent ses paroles. 
    La leçon du jour a aujourd’hui une image réaliste et animée, et même une odeur, une sensation. La chance n’est pas entièrement au rendez-vous, car s’il faut encore attendre quelques semaines pour voir des baleines, les dauphins, eux, ne sont pas venus servir d’exemple pour le cours sur les mammifères marins.
    L’impact que peut avoir l’homme sur leur quotidien était pourtant le sujet de réflexion du jour. “Lors de l’observation, les bateaux qui s’en approchent ne respectent pas toujours la réglementation”, leur explique Agnès Benet, qui révèle aussitôt ce qui se cache derrière la loi. “Par exemple, si le baleineau est en train de téter, quand ils seront sur l’eau, ils sauront que ce n’est pas juste un spectacle.” 
    À l’abri du soleil, l’association Te Mana o te Moana donne un cours magistral armé de peluches et de jouets en plastique pour expliquer l’anatomie et le mode de vie des mammifères marins et des tortues, mais pas seulement. 
    “Nous leur montrons l’impact que peut avoir l’homme sur ces espèces et surtout les gestes à ne pas faire pour préserver l’environnement, comme ne pas jeter des sacs plastiques qui peuvent être ingérés par les tortues, ou leur parler du braconnage pour qu’ensuite, ils puissent influencer leurs parents ou leur entourage. Ils sont le relais d’un message pour la protection de l’environnement.”
    Les idées doivent être déclamées assez fortement pour que le message soit plus fort que le vrombissement des moteurs. 
    “Ils se sentent un peu en vacances, c’est plus dur de les canaliser, mais au moins, il y a l’océan tout autour”, ajoute Yasmina Moisset. 
    Stagiaire de l’association, et étudiante en master II de biologie marine, elle est une enfant de l’île sacrée. Elle constate avec surprise les effets de ce genre de sensibilisation. 
    “Les enfants de Moorea que nous recevons, je vois qu’ils sont au courant de beaucoup de choses sur le fonctionnement des récifs coralliens. Mon petit frère, à Raiatea, n’en sait pas autant. C’est utile, car le fait de savoir comment fonctionne le monde marin te rend plus sensibilisé.”

    “Sans océan, il n’y a pas de vie”

    Un peu plus loin, vers la poupe, la Polynésienne des Eaux explique où partent nos eaux usées et les efforts consentis pour la rejeter proprement dans notre océan.  “Sans océan, nous ne serions plus là, la majorité de l’oxygène que nous respirons vient de là. Sans océan, il n’y a pas de vie”, explique Ludovic Bardoux, le coordinateur de la “Brigade verte de Tahiti” à l’origine de l’organisation de cet événement au niveau local. “C’est une journée qui a lieu dans le monde entier, notre espoir, aujourd’hui, est qu’à travers ces actions, nous arrivons à faire évoluer les mentalités. Il y a des millions de mètres cubes de déchets qui flottent sur les océans, ils sont irrécupérables, parce qu’ils deviennent une soupe qui est mangée par les poissons. Nous sommes en train de manger des poissons contaminés. La boucle est bouclée.” La leçon du jour était donc de bien comprendre que chacun de nos gestes a une influence sur le monde qui nous entoure, que l’on respire et qui nous nourrit. 
    L’apprendre sur un bateau est un plus pas à la portée de tous les enfants du monde, même s’il n’est pas si facile d’y maintenir un auditoire concentré. “Nous essayons de trouver un savant dosage pour que ce soit un moment ludique et un moment de détente, mais en même temps, des fois, on tape un peu du poing sur la table pour faire entendre des messages.” Il a été entendu à en juger par les propos de Rafaël. 
    “Les gens qui font ça, je crois qu’ils ont la paresse de le jeter dans la poubelle, donc ils ne le jettent pas”, explique-t-il, lui qui sait que le vent ou l’eau finiront par renvoyer ce bout de plastique dans l’océan où il mettra des siècles avant de disparaître. 
    Il a même une idée pour stopper ce genre d’incivilités : “Il faudrait leur expliquer, et s’ils ne veulent pas nous écouter, les mettre en prison.” 

    Florent Collet

        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete