SPORTS – Umberto Pelizzari, apnéiste légendaire, est à Tahiti

    vendredi 2 septembre 2016

    Umberto Pelizzari

    Umberto Pellizari, le “Kelly Slater des profondeurs”. (Photo : Christophe Cozette)


     

    “Je suis un être humain et je le reste”

     

    C’est votre premier séjour en Polynésie ?

    J’étais venu en 1995. J’avais passé trois mois ici, la majorité du temps à Moorea, mais nous avions beaucoup bougé, nous avions fait pas mal de chasse sous-marine.

    J’ai passé de bons moments, ici.

    Que pense un grand champion comme vous des eaux polynésiennes ?

    En Polynésie, les situations sont idéales pour plonger. On peut se mettre à l’eau tous les jours, les îles sont abritées, la température de l’eau est bien, il y a plein de poissons à voir ou chasser.

    Pour quelqu’un qui aime la plongée, qu’elle soit en bouteille ou en apnée, ici, c’est le top.

    Qu’allez-vous faire ici ?

    Lili (qui tient le club d’apnée et de yoga Kumbaka, NDLR) a organisé un stage d’apnée qui va se dérouler durant trois jours pour 16 personnes, et qui est plein. Je passerai ensuite trois jours à essayer de voir et de plonger avec les baleines et les requins, pour des photos.

    Vous avez arrêté la compétition en 2001. Vous continuez néanmoins à plonger…

    Oui, je suis dans l’eau presque tous les jours et quand je ne suis pas en mer, je m’entraîne en piscine. J’aime beaucoup la Sardaigne en été, j’y suis trois mois pour des stages d’apnée, je chasse, je m’entraîne.

    Une partie de mon travail aujourd’hui est de faire des stages, mais il est important que l’on reste en forme. Si on n’a pas la forme pour rester cinq heures à monter et à descendre sous l’eau, on ne peut pas travailler à un certain niveau.

    Votre corps s’est-il transformé, après ces années sous l’eau ?

    Transformé, non. Je suis un être humain et je le reste. Comme dans tous les sports, ton corps s’entraîne en situation de stress, qui le met en condition de pouvoir être mieux.

    Nous, les apnéistes, on doit habituer notre corps à résister à des niveaux d’oxygène plus bas et de CO2 plus haut. Ce n’est pas seulement physiologique, ni physique, c’est un aspect mental aussi, donc tout ce qui est respiration, relaxation, c’est très important aussi.

    On a dû vous poser 1 000 fois la question : êtes-vous mieux sous l’eau ou sur terre ?

    Il y a de belles choses sous l’eau, il y a de belles choses sur la terre, je ne suis pas intégriste. Quand je me mets à l’eau, je suis très bien, mais aussi quand je respire et je marche.

    À quoi pensez-vous sous l’eau ?

    Le cerveau, sous l’eau, c’est comme fermer la porte et laisser les problèmes, comme le stress. Ce que l’on découvre quand on se met à l’eau, c’est la sensibilité de son corps.

    L’apnéiste comprend son corps, ce qu’il lui dit, ses réactions. C’est cela, ce qu’il faut découvrir. L’apnée, ce n’est pas quelque chose d’instinctif. Pour faire cela, pour écouter son corps au mieux, il faut savoir éliminer ses problèmes quotidiens.

    Quelques-uns de vos beaux moments…

    Quand je suis dans le bleu et que je me dis que je suis l’homme le plus heureux du monde, quand je sors et que je bats un record, quand je chasse pour ramener du poisson et le manger avec mes copains, quand je suis dans l’eau avec une baleine ou un dauphin, tout cela sont des bons moments.

    Cela fait des décennies que vous passez votre temps dans la mer. Voyez-vous concrètement une dégradation de l’environnement ?

    Oui, la mer a changé, la pollution a augmenté. Il est clair qu’il faut faire quelque chose. Personnellement, je suis un chasseur mais je vois qu’en Italie, on n’arrête pas de faire des réserves marines mais, au final, c’est une privatisation de la mer.

    Il y a un président, un directeur, plein de personnes qui prennent des milliers d’euros par mois et qui s’en foutent de la mer. Ils sont là par piston d’hommes politiques.

    En Italie, on peut tout faire dans ces aires sauf de la chasse sous-marine et, pourtant, c’est le plus compatible avec l’environnement, de pêcher son poisson pour le manger le soir.

    On pourra avoir 1 000 réserves marines que cela ne changera rien si on ne change pas notre manière d’organiser le monde. Il faut repartir à un point 0, et non prendre un morceau de mer et deux personnes qui ne comprennent rien, pour changer la situation.

    Cela coûte de l’argent, sans aucun résultat.

    Le Grand Bleu a eu une incidence sur ce sport mais aussi sur votre vie ?

    J’ai vu le film, j’étais déjà apnéiste, pas encore confirmé à un haut niveau. Le Grand Bleu, pour nous, c’est un chef-d’œuvre, un peu comme Top Gun pour les pilotes d’avion.

    Il a permis de faire découvrir l’apnée à monsieur-tout-le-monde.

    Même la famille qui habite Chamonix en montagne connaît l’apnée grâce au Grand bleu. Ce film a popularisé ce sport et lui a donné un coup de main énorme.

    C’est vrai que vous avez été élève de Jacques Mayol dont le film s’inspire ?

    Oui, j’ai été son élève, avant et après le film.

    Qu’est-ce vous retenez de lui ?

    Ce que je retiens de lui, c’est que l’apnée n’est pas seulement physique mais surtout mental.

    Comprendre son corps est la chose la plus importante pour vivre l’apnée, d’une certaine manière. C’est ce que j’essaye d’expliquer à mes élèves, l’apnée selon Jacques Mayol.

    Faire de l’apnée, cela vous aide pour la vie sur terre ?

    À mon avis, oui. Ce n’est pas seulement quelque chose que l’on ressent sous l’eau. Réagir mieux, se contrôler, se relaxer, respirer différemment, tout cela est bien aussi, à l’air libre. K

    Propos recueillis par
    Christophe Cozette

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