Steeve Kiipuhia, chasseur de sangliers en Isère

    jeudi 11 février 2016

    De la vallée de Aakapa à Nuku Hiva jusqu’à Grenoble, 15 000 kilomètres que Steeve Kiipuhia, 26 ans, a franchis depuis bientôt quatre ans. C’est par amour qu’il s’est transplanté là, au pied des Alpes enneigées : sa femme Jasmina y finissait ses études d’informatique. Ils y sont toujours, avec la petite Kapua’ani, leur fille de cinq ans. Le retour au fenua, ils n’y pensent pas. Sa femme travaille et Steeve est soudeur chez Alstom, « je fais les rails pour les trams et les TGV. » Et puis, il s’est découvert une passion en métropole : la chasse, et surtout la chasse au grand gibier.
     
    En bon Marquisien, Steeve était déjà chasseur avant d’aller en France. Dès son arrivée à Grenoble, raconte-t-il, « je me suis dit : je vais passer mon permis, juste pour pouvoir avoir une carabine pour chasser aux Marquises. J’ai passé mon permis ici, et j’ai rencontré des présidents d’associations de chasse qui voulaient des chasseurs.» En France, en plus d’obtenir son permis de chasse, il faut appartenir à une association communale de chasse agréée (ACCA) qui délivre une carte permettant de pratiquer sur un territoire donné. Des plans de chasse sont mis au point pour réguler les populations de gibier et réduire leurs dégâts dans les cultures et les forêts.
     
    Préserver la ressource

    C’est là que Steeve a fait connaissance avec les sangliers. Entre 4 000 et 5 000 individus sont prélevés chaque année dans le département. La différence avec le cochon de Nuku Hiva ? « Ah, ça n’a vraiment rien à voir ! Les sangliers, ils sont énormes ! » Il découvre aussi d’autres proies comme le cerf ou le chevreuil. Encore plus « exotique » pour Steeve : le chamois, traqué dans la neige en haute montagne, le gibier préféré de Steeve au plan du goût. « Ça me plaît ! Parce qu’aux Marquises, il n’y a que le cochon sauvage à chasser, tandis qu’ici il y a plusieurs espèces. La façon de chasser est également très différente. Ici, tu n’as pas le droit de chasser au couteau, ni avec des chiens qui attaquent. Il faut avoir une grosse carabine. »
    Son arme préférée : « C’est le 300 Winchester.» Le gibier est partagé entre les chasseurs, « et au début de l’hiver, on fait du saucisson, et on se partage les saucissons aussi, dit Steeve. J’en ai beaucoup dans mon congélateur.»
     
    Steeve ne s’ennuie pas quand la chasse est fermée, de mars à septembre. « Je passe autant de temps dans la forêt. On entretient la forêt et on fait de l’agrainage (laisser des céréales, ndlr) pour que le gibier continue de trouver à manger et reste dans le secteur. » C’est là que Steeve s’est rendu compte de la plus grande différence avec les Marquises : « Aux Marquises aujourd’hui t’as presque plus rien à chasser ! C’est ce que me disent mes frères. Parce que là-bas la chasse ne ferme jamais. » Steeve a donc acquis une nouvelle perspective : il faut réguler la chasse de façon à préserver la ressource.  « Ici il faut passer le permis (de chasse, ndlr), et c’est vraiment pas facile, tandis que chez nous en Polynésie les gens font juste une demande pour avoir des armes, alors qu’ils ne savent même pas s’en servir. Ça serait super de faire comme en France, et aussi de fermer la chasse. Pour qu’il y ait encore du gibier pour nos enfants, plus tard. »

    C.P.

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