Habillage fond de site

Steeve Liu : “Mon vrai kif, c’est de créer de l’emploi”

mardi 27 février 2018

“Le secret de la réussite, c’est une bonne organisation et savoir déléguer et valoriser les gens”, estime Steeve Liu. (Photo : Florent Collet)

“Le secret de la réussite, c’est une bonne organisation et savoir déléguer et valoriser les gens”, estime Steeve Liu. Le jeune homme aux multiples talents a un ouvert un nouveau restaurant. (Photo : Florent Collet)

Sa dernière création, le Malabar Bistronomia a ouvert ses portes, rue Gauguin, le 16 février, pour le Nouvel An chinois. Steeve Liu “aime les dates fétiches”. L’an dernier, il ouvrait le Shinetari le jour de la fête du travail, le 16 décembre 2016, il inaugurait Mahani, sa boutique de chemises, et en 2015, il avait lancé sa société d’événementiel, Tahitian Box. Tous ont connu le même succès. Le résultat d’un travail acharné, de l’audace de créer et du savoir-faire acquis avec sa famille.

 

“J’ai vu ma famille se coucher très tard, se lever très tôt. On a été livrés à nous-mêmes depuis tout petits. Quand je voyais tous ces désavantages, je me disais que je ne ferai jamais ce business.”

Le destin est facétieux, Steeve Liu, lui, croit que “le destin t’amène où tu es censé aller.”

Le jeune homme, aujourd’hui âgé de 30 ans, vient d’ouvrir sa deuxième enseigne de restauration. Il a pourtant toujours semblé vouloir aller dans la direction opposée d’un chemin tout tracé.

Petit-fils de Liou Fong, il est bercé par le travail, au restaurant, les célèbres bals et banquets, “les sept plats, le ballet des entrées et sorties des plats, des débarrassages, des soirées qui débutaient à 19 heures et finissaient à 2 heures du matin”, se remémore-t-il.

Pour autant, Steeve est passionné de danse et, à moins de devenir professeur d’anglais, il voudrait en faire son métier. Après avoir obtenu son bac économique à La Mennais, la maladie de son père le freine pourtant dans ses envies de partir étudier à l’étranger et, finalement, il intègre l’entreprise familiale avant de vouloir prendre ses distances.

“Je me suis disputé avec mon père, qui disait qu’avec mon seul bac, personne n’allait m’embaucher. J’étais destiné à travailler pour la famille.”

 

Les portes de l’étranger

 

Piqué au vif, Steeve va trouver dans ce défi un moteur capable de surpasser bien des obstacles.

À cette époque, Air Tahiti Nui recrute des PNC mais exige d’être âgé de 21 ans. Steeve vient tout juste d’atteindre sa majorité.

“J’ai passé un deal avec eux, et demandé d’avoir une chance si je terminais major de ma promotion.”

Il termine second au certificat sécurité sauvetage. Il travaille donc pour la compagnie au tiare durant deux ans et demi. C’est le deuxième grand virage de son existence.

“C’est là où tout a basculé car cela m’a ouvert les portes vers l’étranger. J’ai pu développer mon côté artistique en découvrant d’autres cultures.”

N’ayant pas l’âge nécessaire, il ne peut être gardé en CDI. Après le service, son passé lui a également livré un enseignement, un atout sur lequel s’appuyer.

“J’étais en pleine période de vouloir prouver à mon père ce dont j’étais capable. Je suis me suis dit : ‘Qu’est-ce que je sais faire d’autre ? Compter les sous. Pour moi, retourner à la caisse du magasin c’était dégradant.”

Aussi, malgré deux refus, il persiste à vouloir entrer à la Banque de Tahiti, et finit par persuader le recruteur. D’agent de traitement, il monte en grade assez rapidement. En même temps il suit des cours en formation continue, et obtient l’équivalent d’un bac + 2 en banque. “C’est une victoire pour moi.”

Ne pouvant poursuivre plus avant sa progression, il démission en 2015, “sur un coup de tête”.

Quelque temps auparavant, il ouvre une nouvelle niche avec la belle-mère de son conjoint. Il explique à cette couturière qu’il ne trouve pas de jolies chemises fleuries à sa petite taille.

“Nous avons dessiné nos propres chemises alors que la mode, je n’y connaissais rien. Mais j’ai un goût très prononcé pour la déco.”

En juin 2016, a lieu le premier défilé des chemises Steeve L. à l’immeuble Le Bihan. “On a tout vendu en une soirée.”

La chemise “le propulse sur le devant de la scène”, de son propre aveu, sans pouvoir expliquer le succès de ses créations.

“Je suis quelqu’un qui aime la vie, qui aime la joie. Mes chemises, on les voit de loin. Ce ne sont pas de chemises standard. Et puis, il y a les finitions. C’est fabriqué ici, même si l’emploi local est cher. Si on pense tous à externaliser, notre économie va chuter.”

 

Un honneur après avoir appris sur YouTube

 

L’an dernier, il remporte l’appel d’offres pour habiller les stewards d’Air Tahiti Nui à partir d’octobre 2018.

“C’est un honneur d’arriver là après avoir appris grâce à YouTube.”

En 2015, après son expérience en banque, il monte sa première entreprise, où son passé dans l’organisation des bals lui est bien utile.

“Je ne me voyais plus pour travailler pour quelqu’un. J’ai pris ma patente et j’ai créé ‘Tahitian Box’ pour organiser des événements, des soirées pour les particuliers.”

Le décalage entre sa vie d’entrepreneur et son compagnon employé de bureau commence à créer des tensions. “Nous avons eu une grosse dispute. On a fait simple pour que notre couple continue. Soit je le rejoignais comme employé, soit il me rejoignait. C’était l’un ou l’autre mais sinon, on se séparait.”

Comme avec son père, la dispute sert d’énergie, alimente la création.

“C’est souvent dans les disputes que l’on se livre à cœur ouvert. Ensuite, on a la capacité de prendre du recul ; cela lève des barrières,” analyse l’entrepreneur.

Steeve saisit donc l’opportunité de la mise en gestion de la roulotte Kava’i, avenue du commandant Chessé. Le couple se rend sur place.

“J’ai eu un coup de cœur. Lui hésitait. Je lui ai expliqué que les opportunités sont à saisir. C’est comme une vague, soit tu la prends, soit elle passe.”

Ils se lancent en tant qu’associés, mais son conjoint en est le gérant “pour qu’il puisse prendre les responsabilités d’un vrai entrepreneur”. Le Shinetari ouvre donc.

“J’ai ri, à ce moment-là, car je m’étais tellement dit que je ne ferais jamais de restauration. Il ne faut jamais dire jamais.”

Steeve apporte sa touche créative et imagine, pour développer le concept, “venir chez nous. C’est comme si tu étais à la maison. On y mange et boit ce que l’on a la maison.”

Une idée qu’il reprend pour créer le Malabar, le nouveau bar-bistrot, en face de la mairie. Une idée que Steeve avait toujours caressée jusque-là : créer un lieu correspondant à ses envies.

“J’aime faire la fête. Je suis un bon vivant. Je travaille beaucoup. Alors prendre un verre, m’amuser, rigoler, danser, c’est mon moyen à moi d’évacuer le stress, comme certains trouvent le moyen de pouvoir compenser dans le sport. J’aime le relationnel, j’aime faire le pitre.”

Mais le concept de son nouvel établissement correspond également à un vrai besoin de la clientèle.

“J’ai remarqué qu’à Papeete, soit il y a le petit snack du marché, soit des restaurants gastronomiques, mais il n’y a pas d’entre deux. Nous avons voulu répondre à une clientèle CSP employés en leur offrant un service entre 1 800 et 2 500 Francs et que le repas dure entre 30 et 60 minutes.”

 

Des idées pour 2019

 

À l’image du personnage multicartes, le Malabar évolue en fonction de l’heure de la journée. Il sert ainsi les petits déjeuners dès 7 heures pour tous les lève-tôt à la recherche d’une place de parking en ville. Le midi et le soir, le bistrot propose ses plats maison.

“Ce qu’il y a dans l’assiette, c’est ce que je cuisine chez moi.”

Enfin, le soir, le bar prend tout son sens jusqu’à tard dans la soirée. Mais Steeve n’y assouvit pas encore ses désirs de fêtard.

“J’essaie de faire les deux en même temps, mais j’avoue que c’est le début du bar. Je vais rester un minimum professionnel et me concentrer sur le bon déroulement jusqu’à ce que l’entreprise atteigne sa vitesse de croisière, comme on l’a fait pour le Shinetari qui, maintenant, tourne tout seul.”

Avec quatre entreprises à son actif, Steeve a d’ores et déjà fait ses preuves. L’entrepreneur n’entend pas pour autant baisser le rythme, et fourmille d’idées pour 2019.

“Les gens me demandent comment je fais, si je dors, si je ne m’éparpille pas, si je ne veux pas trop en faire. Mais le secret de la réussite, c’est une bonne organisation et savoir déléguer et valoriser les gens. Mon vrai kif, c’est de créer de l’emploi et voir les familles de mes employés s’épanouir et atteindre une partie de leur objectif. C’est le plus gratifiant. Tant que je vivrai, je continuerai à travailler. Il y a besoin de faire évoluer notre pays, de dynamiser Papeete, et il y a beaucoup de gens qui cherchent du travail,” ambitionne l’optimiste de nature.

“Il n’y a pas de crise. La crise est un état d’esprit. C’est ce que les gens se disent. Forcément, si tu n’investis pas, c’est la crise. Il ne faut pas se lamenter et rester sur un échec. Après, il faut bosser, se lever avant tout le monde. Mais je prends du plaisir à travailler. Mon travail, c’est qui me fait kiffer ma life.”

 

Florent Collet

 

 

 

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Retraites : Selon-vous, la réforme de la Protection sociale généralisée est-elle nécessaire, même si cela suppose des efforts de tous pour la survie du système ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete