Habillage fond de site

Bannière sur-titre PI

Stéphanie Tau-Ansquer gérante de Tubuai bois œuvre pour l’avenir de la filière bois en Polynésie

lundi 24 octobre 2016

bois tubuai

Femme d’affaires engagée, Stéphanie est aussi une mère de famille comblée. Sa fille est médecin généraliste urgentiste et exerce au Centre hospitalier de Poitiers, et son fils qui vit à New York, a obtenu cette année son Bachelor’ Degree au New York Institute of Technology ainsi que son Master à l’Efap de Bordeaux. (© TTT/LDT)

 

Native de Tubuai, Stéphanie Tau-Ansquer, la gérante de Tubuai Bois, a fait toute sa carrière dans l’éducation. Elle a enseigné durant 30 ans au groupe scolaire Teina. En 2012, elle demande une retraite anticipée pour passer du temps avec sa famille. Mais quand elle apprend que le Service du développement rural recherche un porteur de projet pour exploiter le pin des Caraïbes à Tubuai, elle décide de relever le défi et crée en 2013 Tubuai bois.
Rencontre avec une femme de conviction, déterminée à développer l’économie de son île, via la filière bois en Polynésie pour créer des emplois et donner des perspectives d’avenir, notamment aux jeunes de Tubuai.

 

Racontez-nous comment est née l’aventure de “Tubuai bois” ?
Quelque temps après le début de ma retraite, j’ai appris que le Service du développement rural (SDR) recherchait un porteur de projet pour exploiter le pin des Caraïbes et gérer une scierie sur l’île de Tubuai. J’ai alors décidé de me lancer dans ce défi et c’est ainsi que l’E.U.R.L “Tubuai Bois” a vu le jour le 20 août 2013. Au départ, l’entreprise a embauché trois CED (Contrat d’emploi durable) et a formé trois stagiaires SIE (stage d’insertion en entreprise) personnes qui se sont formées sur le tas, aucune école n’offrant cette compétence sur le territoire.

Aujourd’hui, nous employons trois salariés et un ACT (Aide au contrat de travail), et nous formons un stagiaire SIE (Stage d’insertion en entreprise), et un STH (Stage travailleur handicapé). J’aurais moi-même aussi souhaité faire des études à un plus haut niveau mais les conditions familiales de l’époque ne me le permettaient pas. Je suis par conséquent aujourd’hui particulièrement sensible aux jeunes qui souhaitent avancer plus loin mais qui se retrouvent freinés par la précarité de leur situation personnelle ou familiale.

Quelle est l’activité de l’entreprise ?
Tubuai Bois (TB) contribue au développement de la filière bois en Polynésie française en se concentrant sur l’abattage et le sciage du bois provenant exclusivement des forêts de pins des Caraïbes présentes sur l’île, puis à son expédition via le transport maritime sur le navire “Tuhaa Pae”.

TB favorise la vente du bois de pin des Caraïbes non-traité pour des raisons écologiques et de santé publique. À la demande exceptionnelle des clients TB pourrait toutefois faire traiter le bois avec l’appui du SDR.

À terme, l’entreprise vise à accroître son impact social en :
Créant plus d’emplois pour des jeunes hommes et femmes en situation précaire en coordination et en partenariat avec les acteurs gouvernementaux et privés concernés et en appuyant. le démarrage de micro-entreprises locales sous forme matérielle technique et/ou financière.

Pourquoi avoir décidé de créer cette activité ?
J’ai été séduite par ce projet pour plusieurs raisons :

 – Le potentiel de développement économique et sociétal qu’il représente pour la population de Tubuai et le territoire.
Les centaines de milliers d’hectares de Pinus des Caraïbes maintenant à maturité et prêts à être exploités représentent aujourd’hui un nouveau potentiel considérable de développement durable pour toutes les îles concernées. Ce développement de la filière bois en Polynésie française pourrait en fait générer des résultats qui vont bien au-delà des aspects économiques mais aussi sociétaux et environnementaux. La question que je me suis posée est la suivante : Comment la population polynésienne pourrait mieux profiter de ce bien de propriété publique tout en protégeant ses écosystèmes et en portant une attention particulière aux personnes les plus vulnérables telles que par exemple, nos jeunes en situation précaire ?
Le territoire possède donc pour la première fois de son histoire un capital forestier considérable et donc la nécessité de coordonner intelligemment son exploitation. Une lourde tâche car tout est à bâtir.

– La possibilité pour l’entreprise de créer des emplois directs et indirects favorisant l’embauche de jeunes hommes et femmes en situation précaire.

Le jour même où je devais décider si j’allais prendre le projet ou non, j’ai croisé un jeune homme complètement désemparé -qui venait d’être victime de violence. Ma rage au cœur et mon envie de lui venir en aide m’ont porté à accepter la proposition qui m’était offerte et d’en faire un fer de lance.

La première pierre venait d’être fermement posée. Mon engagement a commencé ainsi et est fondé sur une promesse faite envers moi-même : “J’utiliserai ce chantier pour venir en aide aux jeunes qui veulent vraiment réussir mais qui se sentent blessés perdus et isolés, Au-delà d’un salaire, je leur offrirai l’opportunité de se rebâtir et de réussir”. C’est alors que j’ai commencé à réaliser que ces forêts représentaient en fait un potentiel considérable de création d’emplois pour les jeunes. Certains de mes employés actuels ont été mes élèves !  Voilà ma principale source de motivation. Ceci dit, mon rêve va plus loin que Tubuai car je suis certaine que d’autres porteurs de projet pourraient faire la même chose, sinon mieux, sur les autres îles couvertes de Pinus.
Des emplois indirects pourront aussi être créés par l’assistance que TB envisage d’offrir pour le démarrage de micro-entreprises à Tubuai, une fois le seuil de rentabilité dépassé.

– Faire en sorte que les ressources forestières de l’île profitent au maximum à la population insulaire (associations communes individus) et polynésienne et non principalement à des intérêts financiers étrangers.
Le bois non-traité produit localement est utilisé par la commune, la population et les entrepreneurs de diverses façons telles que la construction de baraques pour les festivités du Heiva, d’arrêts de bus scolaire, de bungalows, de pensions de famille, de bancs d’églises et autres. Les rejets des découpes de planches sont aussi utilisés pour les particuliers et la sciure par les agriculteurs intéressés.

– L’opportunité de favoriser la production et l’utilisation du bois non traité ainsi que d’influencer l’opinion publique sur l’utilisation de ce matériau d’avenir écologique.
Je trouve dommage que dans notre fenua, le pin des Caraïbes ne soit pas plus utilisé et d’avantage mis en valeur dans nos chantiers de construction et que la grande majorité du bois utilisé soit importée, alors que nos forêts sont prêtes à être exploitées. Nous avons abandonné le bois pour le béton qui est généralement peu esthétique. Heureusement, le bois revient progressivement en force ces dernières années.
Grossistes entrepreneurs et architectes s’intéressent de plus en plus au Pinus des Caraibes pour ses grandes qualités : dureté, résistance aux termites et son coût compétitif. Le bois a de nombreux avantages comme être jusqu’à 15 fois plus isolant que le béton. Il apporte une économie de temps et de main-d’œuvre sur un chantier de construction ainsi que chaleur , cachet et confort aux habitations de toutes gammes.

– L’appui annoncé de plusieurs partenaires clés tels que la Sofidep, la CCISM, le SDR la commune de Mataura. le Sefi et les financiers.
L’appui du SDR (Papeete et Tubuai), de Widric Gandouin de la CCISM, de la commune de Mataura et du Sefi s’est concrétisé dès le début du projet. Gaspard Toscan Du Plantier, directeur de la Sofidep a récemment effectué une visite très positive et prometteuse à la scierie de Tubuai Bois. Nous sommes encouragés pas l’intérêt porté à notre situation et la convergence de nos visions.
– La simple envie de relever ce grand défi que représentait pour moi ce changement de cap.  Quand j étais enseignante, je disais toujours à mes élèves que quand on veut on peut réussir “Là où il y a une volonté il y a un chemin”.
 

Qui sont vos clients ?
Nous expédions sur le territoire de la Polynésie avec un fret gratuit pour les entreprises et les particuliers. Nos principaux et futurs clients sont des grossistes tels que Polybois, Hervé Matériaux, Tahiti Tuiles, Polybéton, Tamanu Entreprise, HTT et les particuliers comme les entrepreneurs du temple de Moorea, ceux de Tahiti, Rurutu, Raivavae… Notre relation avec les trois premiers dépasse celle de client et prend la forme de partenariat au travers desquels nous échangeons aussi de précieux conseils, avis technique et ressources.
Les ventes de l’entreprise ont fait un bond en 2016 et notre carnet de commandes a plus que doublé.
Certains architectes s’intéressent aussi au Pins des Caraïbes ainsi qu’à notre scierie pour la qualité remarquable de bois et des planches produites, ainsi que par désir d’appuyer notre modèle de développement local.

Quels sont vos projets développement ?
À court terme  : Établir un cadre de partenariat avec la Sofidep. Le financement reçu permettrait l’achat de machines de précision telles qu’une déligneuse et une quatre-face capables de fournir un produit véritablement fini, d’accroître la productivité actuelle et la diversité des produits offerts par Tubuai Bois. Cette aide financière permettrait de tripler notre capacité de production actuelle et nous pourrions ainsi mieux satisfaire nos nombreuses commandes déjà en attente. Trois à cinq emplois seraient aussi alors créés. Aider au démarrage d une micro-entreprise en bûcheronnage.

À moyen et plus long terme :
Plaidoyer auprès du gouvernement afin de lancer un processus de planification participative incluant tous les acteurs de la filière bois (et les jeunes), résultant en un plan d’action commun pour le développement de la filière bois en terme de foncier.
L’objectif serait d’appuyer le démarrage de micro-entreprise et ses porteurs de projet : apiculture, menuiserie, artisanat etc.
Reboisement. En coordination avec le SDR, TB reboisera des zones coupées.
Au-delà de la découpe, appuyer la transformation du bois et sa valorisation auprès de la population polynésienne, en partenariat avec le SDR et les grossistes et les autres scieries. La transformation du bois (ex : meubles, parcs de jeux, objets d’art et artisanat, jouets) pourrait aussi générer un nombre considérable d’emplois.
Avec l’appui du SDR, produire un bilan carbone de l’exploitation du bois provenant de Tubuai et faire une étude comparative avec ceux importés de l’étranger. Ceci afin de pouvoir mieux informer les consommateurs polynésiens sensibles aux questions environnementales et de changements climatiques. Continuer le développement de marchés le long des axes suivants : Entrepreneurs répondant aux appels pour construction de maison MTR émis par le SDR. Conseil des architectes intéressés par l’utilisation du bois non-traité. Le développement personnel tout comme celui de notre territoire passe hors des sentiers battus. Jeunes femmes et hommes doivent oser prendre des risques intelligents, et chuter pour mieux se relever, avancer et réussir. Nos forêts de Pinus sont toujours vierges. Saisissons la chance d’y tracer ensemble un avenir meilleur pour ceux qui en ont le plus besoin.

Qu’est-ce qui freine le développement de la filière aujourd’hui ?
Les principaux freins actuels sont les suivants : Le manque de financement. Suite à la visite prometteuse du directeur de la Sofidep mi-septembre nous espérons une décision favorable à notre demande d’aide financière d’ici peu. Le manque de disponibilité de personnel qualifié (tel que chef de production et scieur) et formé pour le sciage des planches et de plus, acceptant de travailler aux Australes, un appui du Fonds Paritaire pourrait certainement aider afin de pouvoir former à l’étranger un certain nombre de jeunes futurs scieurs et chef de production. Une formule similaire à celle utilisée pour le projet Aquacole (formation tenue en Chine) pourrait être considérée.
Autre frein, une surcharge de travail et un manque de ressources attribuables à la croissance rapide de notre petite entreprise. La difficulté d’assumer de multiples fonctions en même temps à mon niveau freine parfois l’avancement des dossiers. Je suis actuellement obligée d’être avec le personnel sur le terrain pour gérer les activités, m’occuper des commandes, faire le management et être également avec ma jeune employée pour m’occuper de l’administration. Étant autodidacte, je compte compléter mes connaissances en gestion de projet en me formant en gestion et ventes commerciales. Le plus difficile parfois, c’est de programmer toute seule, de ne pas pouvoir échanger avec un connaisseur. Heureusement,  Daniel Teupootahiti, agent forestier du SDR, et François Ducharme, coordinateur à l’Unicef apportent à Tubuai Bois leurs expériences professionnelles et ce, bénévolement. Je souhaite à terme être secondée dans le chantier afin de me libérer pour mieux gérer les relations avec nos partenaires et faire la promotion. Il y a aussi la connexion à la ligne électrique EDT. Nous n’avons pas encore le courant électrique provenant du réseau EDT qui n’est pourtant situé qu’à 80 m de notre hangar mais les démarches sont en cours et l’accès ne saurait tarder.

Est-ce difficile d’être une femme à la tête d’une scierie ?
Bien que la filière bois soit reconnue comme étant essentiellement constituée d’hommes, la plupart du temps je dirais que “non”. Près de 80 % des hommes rencontrés dans le cadre de ce travail sont sensibles à notre défi et m’encouragent. Cet appui est suffisant pour trouver des solutions aux problèmes rencontrés et rester crédible, continuer d’avancer et laisser la question du genre de côté ainsi que de celle de ma provenance (Tubuai). Je les en remercie tous.

Avez-vous du temps pour vos loisirs ?
“J’aime la cuisine gastronomique, la lecture et les défis. Les randonnées, les activités nautiques. Hélas depuis le début de cette aventure je n’ai guère plus de temps de m’adonner à mes passions ni mes hobbies.

 

Propos recueillis par Cl. Chunlaud

460
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Faut-il le retour d'une maternité à Taravao ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete