Supa, 67 ans, électro-hypersensible

jeudi 25 septembre 2014

Charles Van Cam, dit Supa, a été diagnostiqué électro-hypersensible il y a quelques mois. Cet homme de 67 ans, résident à Faa’a, vit non loin d’une antenne-relais. Il a été contraint d’aménager sa maison pour se protéger des ondes qui rendent difficile son quotidien. L’intéressé s’inquiète pour les générations futures et cherche à « sensibiliser » un maximum de personnes sur le sujet.
 
Charles Van Cam, dit Supa, ne profite plus de la vue sur le lagon de Faa’a que surplombe sa maison dans le quartier Auae. L’homme âgé de 67 ans vit aujourd’hui cloîtré derrière des panneaux en aluminium qu’il a installés pour se protéger des ondes électromagnétiques émises par un pylône bâti fin 2013 à quelques dizaines de mètres de son domicile. Car, il y a quelques mois, Supa a été diagnostiqué électro-hypersensible.
Peu de temps après l’installation de ladite antenne, le sexagénaire a été victime d’étranges symptômes : insomnies, diarrhées, perte d’appétit, maux de tête et « picotements dans le corps comme des aiguilles électriques ». Des gênes qui ont disparu lorsque celui-ci a décidé de s’éloigner de son quartier et de résider quelques jours chez son fils à Papara. Mais dès son retour à Faa’a, les symptômes ont refait leur apparition.
Inquiet, Supa a consulté localement différents médecins qui l’ont pris « pour un taré » jusqu’à ce qu’il s’entretienne avec un jeune cardiologue plus attentif à son cas. Évasané en décembre dernier en métropole pour un problème d’artères, il en a profité pour passer une batterie d’examens dans une clinique à Paris.
 
« Détérioration cérébrale »
 
Et le constat est sans appel : Supa est « atteint d’un syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques ». Le professeur qui a rédigé le certificat médical conclut que le sexagénaire doit « impérativement » être « mis à l’abri d’un maximum de sources électromagnétiques, même de faible intensité, sous peine d’atteinte à sa santé sous la forme d’une détérioration cérébrale sévère ».
Supa est désormais contraint d’ingérer quotidiennement de multiples médicaments et vit calfeutré derrière ses panneaux en aluminium. « Aujourd’hui, ça va mieux, mais je ne peux pas déménager. Je ne suis pas non plus remboursé pour les médicaments qui me coûtent environ 30 000 Fcfp par mois car ce n’est pas une maladie reconnue. Je suis un peu entre le marteau et l’enclume », souffle-t-il. L’homme souligne qu’il n’est pas « contre le progrès » mais il s’inquiète de la prolifération des ondes et de leurs effets sur les générations futures.
Il avait contacté, il y a quelques temps, le ministre des Télécommunications pour lui faire part de sa situation. Des agents s’étaient déplacés chez lui afin de réaliser des mesures. Les résultats ne lui ont jamais été communiqués… « On ne sait même pas à quelle puissance ils émettent. Je suis sûr et certain que c’est une bombe à retardement. J’essaie de sensibiliser les gens, mais ce n’est pas facile. Le professeur que j’ai vu à Paris m’a expliqué que ces maladies sont nouvelles. Il faut aussi que les médecins se mettent à jour. »
 
« Principe de précaution »
 
L’un de ses voisins, dont la résidence est encore plus proche du pylône, est lui aussi peu rassuré. « On nous dit aujourd’hui qu’il ne faut pas utiliser un téléphone portable trop longtemps chaque jour. Mais là, on fait face 24 heures sur 24 à ces émissions d’ondes. Les dégâts risquent de se voir à long terme. C’est inquiétant. Que fait-on du principe de précaution ?»
Celui-ci affirme se réveiller la nuit sans motif et ne plus parvenir à trouver le sommeil. « Ma vue est pourrie et mon terrain est gâché. Je n’ai pas envie de construire une maison pour mes enfants sous ce pylône. Que ce soit les ondes ou le fait de l’avoir devant chez moi, cela me perturbe. »
Tous deux s’étaient opposés à la construction de l’antenne-relais et avaient saisi, aux côtés d’autres riverains, la justice. Mais un non-lieu avait été prononcé. Supa ne compte pourtant pas en rester là. « On va continuer le combat. Ce n’est pas parce qu’un juge a classé le dossier sans suite que l’on va arrêter. »
Le sexagénaire milite désormais au sein de l’association métropolitaine Robin des toits (l’association nationale pour la sécurité sanitaire dans les technologies sans fil) et envisage de faire venir en Polynésie certains de ses membres. « Ils ont des ingénieurs, des avocats. Je pense qu’ils nous aideront. » Il veut y croire.
 
 
Jean-Baptiste Calvas

Une pathologie qui n’est pas encore reconnue en France

Si certains pays reconnaissent l’électro-hypersensibilité comme un handicap à part entière, ce n’est pas encore le cas sur le sol métropolitain. Une vaste étude sur le sujet a été lancée par le ministère de la Santé en février 2012 mais ses conclusions n’ont pas encore été rendues. Avec l’essor du Wi-Fi et de la téléphonie mobile, les personnes affirmant en être victimes se sont pourtant multipliées. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’hypersensibilité électromagnétique « est caractérisée par divers symptômes non spécifiques qui diffèrent d’un individu à l’autre. Ces symptômes ont une réalité certaine et peuvent être de gravité très variable ».
« Quelle qu’en soit la cause », elle « peut être un problème handicapant pour l’individu touché. Il n’existe ni critères diagnostiques clairs pour ce problème sanitaire, ni base scientifique permettant de relier les symptômes de l’hypersensibilité électromagnétique à une exposition aux champs électromagnétiques ». Cependant, ajoute l’OMS, « l’hypersensibilité électromagnétique ne constitue pas un diagnostic médical. Il n’est pas non plus évident qu’elle corresponde à un problème médical unique ».
 

      Edition abonnés
      Le vote

      Le Kitesurf :

      Loading ... Loading ...
      www.my-meteo.fr
      Météo Tahiti Papeete