Sur les traces du sacré Dettloff

    samedi 25 octobre 2014

    Jamais deux sans trois. Andreas Dettloff, artiste-plasticien de 51 ans, dont 26 en Polynésie, fou pour certains, drôle pour tous ceux qui l’ont rencontré, vient de publier aux éditions (polynésiennes) ‘Ura, le troisième livre sur son œuvre, avec la collaboration de Riccardo Pineri, professeur émérite des universités et spécialiste d’esthétique.
    Andreas Dettloff dédicace aujourd’hui, dans la matinée, à Papeete, Signes et traces du sacré. Il sera aussi sur Arte la semaine prochaine mais présentera surtout une nouvelle exposition à la galerie Winkler, autour des crânes, une de ses trois pistes artistiques (sans compter Mickey).
    Après avoir publié son doctorat d’État sur les rapports de la philosophie et de la poésie, Riccardo Pineri a écrit de nombreux livres sur les rapports des écrivains et des peintres occidentaux avec la Polynésie, notamment L’île, matière de Polynésie, aux éditions Balland en 1997, réédité depuis. Il a également écrit un livre éponyme sur Jean-Charles Bouloc, aux éditions ‘Ura de Tahiti, quelques années plus tard.
    Commissaire de l’exposition Après Gauguin au Musée de Tahiti et des îles en 2014, Riccardo Pineri prépare actuellement le catalogue. Ce nouveau livre se base comme le précédent sur un de ses textes qui analyse l’ensemble de l’œuvre de l’artiste.
    “C’est l’éditeur qui a décidé de faire ce livre”, explique Andreas Dettloff, sans doute l’artiste le plus exporté du fenua. “Le texte de Riccardo est vraiment superbe. Quand tu as un travail d’écrivain très profond comme c’est le cas pour celui-ci, cela t’apprend des choses sur toi. Qu’on ne connaît pas, en général (rires). Il re-dévoile aussi parfois des choses que j’ai pu oublier, des choses qui sont sûrement allées dans mon travail”, explique Andreas.

    De l’acier au bois, de Mickey aux crânes

    “Quand j’ai fait les Mickey par exemple, je n’ai pas pensé du tout à la société de consommation, je l’ai fait de façon intuitive. Il l’interprète comme symbole de la consommation à outrance qui fait irruption dans un endroit traditionnel. Je trouve cela beau”, explique l’artiste, qui n’a pas exposé en Polynésie française depuis 2006, hormis quelques expositions collectives comme l’année dernière, au jardin botanique de Papeari.
    L’idée au départ est un projet de l’éditeur, et également de Riccardo Pineri, qui voulait écrire sur l’artiste et son œuvre. “Il s’en est créé un très beau dialogue”, explique l’artiste franco-allemand, qui nous revient avec 20 nouveaux crânes, la semaine prochaine.
    “Riccardo a en fait écrit son texte et j’ai fait une prémaquette du livre pour y placer les œuvres afin qu’elles répondent au mieux au texte et cela a été parfaitement respecté et amélioré par la maquettiste”, avoue l’artiste, content du résultat. On retrouve donc l’ensemble du travail d’Andreas Dettloff, diplômé de l’école des Beaux-Arts de Düsseldorff, en Allemagne, là où il a grandi. Ses premières œuvres sont gigantesques, souvent en acier galvanisé.
    “Avant, je faisais de grandes sculptures en acier”, confie-t-il. “Ici, c’est impossible de faire ces structures en acier galvanisé. Tant mieux, c’est une technique hyper polluante”, s’en amuse Andreas Dettloff. On découvre aussi sa transformation qui, au fil des ans et des expositions, a fait de lui un artiste majeur de la région.
    “Je me suis posé beaucoup de questions sur le support de mon travail et je trouvais absurde d’utiliser le support européen, avec la feuille, blanche, tendue, carrée, cela appartient à la culture européenne”, explique l’artiste, que nous retrouverons dans nos colonnes la semaine prochaine pour parler de son exposition.
    “J’ai fait le choix de travailler sur le bois et pourquoi pas le crâne”, deux des pistes de travail, avec les “radiographies tatouées”, également présentes dans ce livre.
    On y retrouve donc l’ensemble de ses œuvres, toujours drôles et parfois émouvantes, exposées de Paris à Bangkok, en Thaïlande. “Je ne sais pas si j’exporte l’art polynésien ailleurs, je fais quelque chose qui est compris ici et ailleurs. Je suis d’ailleurs souvent étonné, la perception est parfois très différente selon les pays”, s’étonne l’artiste.
    Et rien de tel que l’association d’un magicien des mots et d’un artiste enchanteur pour nous en mettre plein la vue (et l’esprit).

    C.C.

     

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