Syrie – Washington et Moscou au bord de la rupture

    vendredi 30 septembre 2016

    kerry

    Face au carnage à Alep, le secrétaire d’État américain John Kerry a haussé le ton contre Moscou : “Je crois que nous sommes au bord de la suspension de la discussion parce que c’est irrationnel dans le contexte de ce genre de bombardements”. (Photo : Tobias Kleinschmidt)

     

    Le secrétaire d’État américain John Kerry a une nouvelle fois hier menacé la Russie de rompre le dialogue censé arrêter le conflit en Syrie, mais Moscou a répliqué n’avoir aucune intention d’interrompre la guerre, malgré une catastrophe humanitaire à Alep.

     

    Le chef de la diplomatie américaine est probablement le dernier responsable à Washington à continuer de croire à une coopération américano-russe sur la Syrie, mais, face au carnage à Alep, il a haussé le ton contre Moscou depuis mercredi. “Je crois que nous sommes au bord de la suspension de la discussion parce que c’est irrationnel dans le contexte de ce genre de bombardements”, a-t-il averti hier, lors d’une conférence à Washington.

    La veille, par téléphone, il avait adressé une menace de même teneur à son homologue russe Sergueï Lavrov. “Nous sommes à l’un de ces moments où il va nous falloir considérer durant un certain temps des alternatives, à moins que les belligérants n’indiquent plus clairement qu’ils sont disposés à réfléchir à une approche plus efficace”, a souligné M. Kerry, mais sans rien dévoiler du contenu de ces éventuelles “alternatives”.

    Réplique immédiate à Moscou : la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Maria Zakharova a jugé que le meilleur “cadeau aux terroristes sera le refus de Washington de coopérer avec la Russie pour un règlement du conflit en Syrie”. Malgré les appels de toutes parts à arrêter le déluge de feu à Alep, la Russie a poursuivi ses raids en appui à son allié syrien, depuis que le cessez-le-feu, négocié à Genève par MM.

    Kerry et Lavrov le 9 septembre a pris “fin” dix jours plus tard. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a ainsi annoncé que l’aviation russe continuerait “son opération en soutien à la lutte antiterroriste des forces armées syriennes”. Il s’en est pris également aux critiques “non constructives” de l’administration américaine, à la veille du premier anniversaire de l’intervention militaire russe en Syrie le 30 septembre dernier.

     

    Les bombes tombent partout

     

    Mais Alep, ville martyre et divisée fait face à “la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie” en cinq ans et demi de guerre, s’est insurgé le chef des opérations humanitaires de l’ONU, Stephen O’Brien. Devant le Conseil de sécurité, il a dénoncé le fait que le système de santé dans la partie assiégée de la ville “était sur le point de s’écrouler totalement” et que les enfants “étaient les plus vulnérables”.

    Dans les quartiers rebelles d’Alep, des “centaines” de personnes ont besoin d’être évacuées pour des raisons médicales. Et les rations alimentaires disponibles ne couvrent les besoins que d’un quart de la population, s’alarme aussi l’ONU. Son envoyé pour la Syrie, Staffan de Mistura, a reconnu que les négociations de paix entre le régime et l’opposition qu’il tente de relancer sont “très difficiles” à organiser lorsque “les bombes tombent partout”.

    Tout en menaçant Moscou de rompre toute coopération sur la Syrie, notamment en renonçant à un centre de coordination militaire contre les jihadistes, John Kerry a assuré hier que les États-Unis ne s’impliqueraient pas davantage militairement dans “la guerre civile” syrienne. Avec les autres capitales occidentales, Washington a laissé entendre que les raids syriens et russes contre des infrastructures civiles à Alep étaient des “crimes de guerre” et Paris a proposé une nouvelle résolution à l’ONU en vue d’un énième cessez-le-feu, selon son ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault.

     

    AFP

     

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