Tahanui Tetuanui, une hôtesse de l’air pas comme les autres

    lundi 8 août 2016

    hôtesse

    Tahanui Tetuanui va entamer une formation militaire de base en métropole. (Photo : Florent Collet)


    Elle a signé son affectation la semaine dernière

     

    Tous les lundis, nous vous proposons de découvrir un homme ou une femme qui, à sa manière, illustre l’actualité.

    Aujourd’hui, voici le portrait de Tahanui Tetuanui. Cette jeune femme, qui a grandi à Papeari, s’est envolée pour la métropole samedi dernier pour rejoindre son affectation dans l’armée de l’air à Creil, en Picardie, où elle sera agent de sécurité cabine.

    Une hôtesse dans l’armée de l’air qui pourrait être appelée à servir la crème des armées, ou même le chef de l’État ou ses ministres. C’est la première Polynésienne à décrocher ce poste pour lequel les places sont très rares.

    Elle a raconté à La Dépêche son parcours pour arriver jusque-là.

     

     

    Avec une maman agent administratif à la clinique Cardella et un père au foyer également agriculteur, rien ne prédestinait Tahanui Tetuanui à devenir un jour hôtesse de l’air dans l’armée, ou plus exactement “agent de sécurité cabine”.

    À l’image de la cousine de Tahanui, la championne de va’a Hinatea Bernadino, la famille ne manque pas de femmes fortes, qui n’ont pas froid aux yeux. “C’est un choix personnel, mais mes parents m’ont toujours laissée faire ce que je voulais de ma vie.

    Si, comme sa cousine, elle a déjà pratiqué le va’a et a été sélectionnée dans l’équipe de Tahiti, Tahanui Tetuanui, comme beaucoup d’autres jeunes filles, rêve d’être hôtesse de l’air dès le plus jeune âge “pour l’uniforme, pour voyager. Quand on voit une hôtesse de l’air, on est toujours en admiration devant elle, c’est un peu comme une idole. Mais elles peuvent avoir péjorativement l’image d’une serveuse, c’est ce qui m’a un peu fait changer d’avis, je voulais un peu plus me valoriser”, explique-t-elle.

    Aussi, après une scolarité à Papeari puis au lycée de Taravao, où elle a obtenu un baccalauréat scientifique, elle tente, sans y parvenir, d’intégrer une licence de sciences et techniques des activités physiques et sportives pour devenir professeur de sport.

    Par défaut, elle entre à l’université en licence éco-gestion. “J’ai trouvé que c’était un peu une perte de temps. Les études, c’est important, mais si à l’issue, il n’y a pas débouché, ce n’est pas avantageux.” 

    Elle met donc un terme à ce cursus lorsqu’elle entend parler d’une formation plus courte pour devenir personnel naviguant commercial (PNC) ne demandant que le baccalauréat. “J’avais envie de travailler. J’étais lassée des études, alors je me suis lancée.

     

    Quitter la routine de Tahiti

     

    En novembre dernier, elle part donc pour Montpellier et quitte le fenua. “Je suis partie toute seule, je me suis débrouillée pour m’installer. Cela ne m’a pas dérangée.”

    Après trois semaines de formation théorique, elle réussit le premier examen qui lui donne accès à la formation pratique. Tahanui Tetuanui pense alors à postuler dans les compagnies présentes en métropole, où elle souhaite s’installer.

    J’avais envie de changer d’air. Tahiti, c’est bien, mais à la longue, c’est toujours la routine. En France, j’aime tout, c’est grand, il y a beaucoup de choses à découvrir, il y a toujours quelque chose à faire.”

    Durant sa formation, elle apprend qu’il est possible également d’intégrer l’armée. Les résultats de sa formation en métropole ne sont pas encore connus, mais elle fonce au centre de recrutement de l’armée à Arue pour entreprendre les démarches administratives, tenter sa chance et faire les tests de base pour intégrer l’armée.

    Je me disais qu’au moins, j’aurais essayé”.

    La jeune femme a déposé ses CV dans de nombreuses compagnies lorsqu’au mois de mars, elle apprend qu’elle a réussi sa formation de PNC. Si elle obtient un retour positif de Ryanair, elle espère intégrer l’armée.

    En fait, j’ai toujours voulu venir dans l’armée, je trouve qu’être militaire est une fierté. C’est protéger son pays, représenter la protection de l’État. C’est beaucoup d’adrénaline. Il y a toujours de l’action, ce n’est pas ennuyeux. Il y a des missions.

    Atterrir en Syrie ou en Afghanistan et la possibilité d’être attaquée durant son travail n’effraie pas plus que cela la jeune Polynésienne. “C’est vrai que c’est dangereux, mais j’aime bien quand même. C’est un peu une aventure, c’est à vivre au moins une fois dans sa vie.

    Un travail qui pourrait bien effrayer des parents, mais ceux de Tahanui Tetuanui ne sont pas du genre à se montrer trop protecteurs.

    Ils sont contents, ils voient que je m’épanouis, que je suis motivée et que je suis prête à partir. Tout ce que j’attends, c’est de commencer.

    Partie samedi dernier pour la métropole, elle va d’abord suivre deux mois de formation militaire. “L’armée, cela permet de rester en forme, d’avoir une bonne hygiène de vie, de faire du sport”, se réjouit-elle

     

    Peu de places pour beaucoup de prétendants

     

    Cette année, seules sept places étaient mises à concours. Certaines années, aucun poste n’est proposé. Ce n’est donc pas un mince exploit qu’a réussi la jeune femme de Papeari.

    Si elle s’occupera d’abord du transport des troupes et des élites de l’armée, ce corps de métier pourrait aussi l’amener à côtoyer les autorités de l’État.

    C’est surtout pour cela que j’avais envie de le faire, car c’est encore plus une fierté de pouvoir servir le président de la République ou les ministres. Mais lors des épreuves complémentaires, j’ai appris que ce sera surtout pour le transport des militaires.

    Une porte qui ne lui est pas encore fermée et qu’elle pourrait envisager à la fin de son premier contrat de quatre ans. “Ce serait quand même bien le président de la République et le service est encore plus poussé.

    Si le contrat est renouvelable, son expérience dans l’armée sera un atout si elle souhaite entamer une carrière dans le civil, dans une compagnie aérienne commerciale.

    Mais pour l’instant, Tahanui Tetuanui pense avant tout à servir le drapeau, dans un contexte particulièrement tendu. “Nous sommes avant tout des militaires. Il faudra donc faire des missions Vigipirate, des missions avec notre sac à dos et notre arme.

    Là encore, les attentats qui ont endeuillé la métropole sont pour elle une source de motivation supplémentaire.

    Je me dis que je vais être encore plus utile. Au moins, je peux participer à la protection du pays, je ne reste pas là, les bras croisés. Je préfère ne pas être négative. S’il doit se passer quelque chose, c’est comme cela. Les attentats ne me donnent pas du tout envie de changer.” 

    Un état d’esprit exemplaire, qui pourrait servir de modèle à de nombreux jeunes désorientés et démotivés face à un marché de l’emploi morose. Tahanui Tetuanui leur délivre ce message d’espoir : “Qui ne tente rien n’a rien, il ne faut pas se démotiver.

     

    F.C.

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