Tahiti accueille un monument du cinéma français, Pierre Richard

    mercredi 12 octobre 2016

    pierre richard tahiti

    “Tant que l’on garde la curiosité sur les autres gens, sur les autres choses, que l’on garde un œil ébloui, surpris, on garde son âme d’enfant.” (© Christophe Cozette)

     

    Quatre-vingt-deux ans et toujours une âme d’enfant. On ne présente plus Pierre-Richard Defays, dit Pierre Richard, acteur, réalisateur, scénariste et chanteur français, né le 16 août 1934, à Valenciennes. Il fut d’abord proche d’Alexandre le bienheureux, avant d’être Distrait, Grand blond, Jouet, Chèvre, Compère, Fugitif (entre autres) au cinéma, mais c’est le théâtre qui nous l’amène, pour la première fois. “Un rêve d’enfant” pour celui qui l’est toujours resté malgré les 60 films qu’il a joués (et/ou réalisés), une longue carrière qui lui sert de fil conducteur, sur scène, dans Pierre Richard III, au grand théâtre de la Maison de la culture les 15 et 21 octobre. Interview d’un pas si grand, plus très blond avec, hier, une chaussure marron.

     

    Nous vous observons depuis quelques minutes, nous voyons un extrait de votre spectacle Pierre Richard III. Vous semblez garder votre âme d’enfant. Quelle est votre recette ?
    C’est de nature, je n’ai pas travaillé la question. J’ai su garder – et je le souhaite à tout le monde – une curiosité pour tout ce que je regarde, tout ce que je vois, tout ce qui m’entoure. Tant que l’on garde la curiosité sur les autres gens, sur les autres choses, que l’on garde un œil ébloui, surpris, on garde son âme d’enfant. Je suis très curieux d’ailleurs de découvrir la Polynésie. Jacques Brel disait : “La curiosité est ce qu’il faut de talent pour ne pas mourir adulte.” J’ai trouvé cela très beau.

    Parlez-nous de votre spectacle Pierre Richard III…
    J’ai eu la chance de jouer avec des acteurs extraordinairement drôles, ingérables aussi. (Jean) Carmet est encore plus ingérable que (Gérard) Depardieu. Carmet n’a pas besoin d’avoir bu pour être ingérable, Depardieu, il faut qu’il boive avant, ensuite il devient ingérable. J’ai eu la chance de tourner avec des actrices merveilleuses, des metteurs en scène de talent. Toutes ces personnes étaient drôles avant la scène, pendant la scène et après. J’ai passé ma vie en vacances. Je raconte donc ces vacances qui ont duré 40 ans, avec plaisir, humour et parfois avec de l’émotion car beaucoup ne sont plus là et ils me manquent. Ils m’ont tellement fait rire que je n’ai qu’à parler d’eux pour faire rire les gens. Et mon partenaire est l’écran. Quand je raconte ce qui pourrait être invraisemblable de telle scène ou d’une autre, le témoin est l’écran. Je parle de mon parcours, mais il est truffé de toutes ces rencontres. Un parcours seul, c’est triste. Je parle aussi du temps qui passe, de mon métier. J’ai joué 200 fois ce spectacle environ, à Paris, mais aussi à San Francisco, à Moscou et maintenant, à Tahiti. Et là, c’est ce que j’attendais depuis si longtemps, venir ici, pour jouer. C’est un rêve d’enfance. Quand on en a, il est bien de les réaliser, même si c’est un peu tard. Mais cela ne fait rien, j’y suis.

    À l’époque d’Alexandre le bienheureux, pensiez-vous réaliser une pièce de théâtre sur votre carrière ?
    C’est amusant, je suis tombé sur ce film, il y a trois jours. J’ai passé mon temps à me dire : est-ce qu’à l’époque, je me doutais de tout ce qui allait venir ? Je n’en avais pas la moindre idée. Pendant ce film, je me suis promené avec Yves Robert (le réalisateur, NDLR), en attendant une prise et il m’a dit : tu n’as absolument aucune place dans le cinéma français. Fais ton cinéma toi-même. C’est le plus beau compliment qu’on ait pu me faire, ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Si je n’avais pas entendu cela, je n’aurais peut-être pas eu le culot de poursuivre. C’est vrai, je ne me doutais de rien du tout, j’essayais de survivre, comme un jeune comédien.

    La référence à Shakespeare, est-ce voulu ? (Richard III est une pièce de Shakespeare, NDLR)
    J’ai fait trois spectacles, c’est le troisième et sans doute le dernier et c’est sans doute mon préféré. J’ai peur d’en faire un quatrième qui soit moins bien. J’ai déjà joué Shakespeare et à chaque fois, c’était apocalyptique et pas forcément de mon ressort. La première fois, si. Dans Macbeth, je me suis endormi sur scène, je plaide coupable.

    C’est votre spectacle préféré. Et quel est votre film préféré ?
    Le spectacle préféré, c’est facile, j’en ai fait que trois, mais pour un film, j’en ai fait 60, donc c’est plus compliqué. Cela dépend des moments. Le distrait parce que c’est mon premier, mais ce n’est pas vrai, Le grand blond, j’adore, mais ce n’est pas vrai, car La chèvre, avec Depardieu, qu’est-ce que je l’ai aimé, mais ce n’est pas vrai, parce que Le jouet, j’ai adoré le faire. C’est sans doute lui, mon préféré, c’est sans doute celui-là que j’emmènerais sur une île déserte, sauf en Polynésie, où je prendrais plutôt ma canne à pêche.

    Si on vous proposait Le retour du retour du grand blond, vous accepteriez ?
    Ils ne le feront jamais, il paraît que des gens essayent de l’écrire, mais il n’y a plus personne, il n’y a plus que moi. Et je n’ai plus les mêmes disponibilités physiques puisque c’était un de mes atouts, à savoir mon art du déséquilibre. Si vous venez au spectacle, vous verrez, je bouge encore. Je tombe aussi bien, mais je me relève moins bien, maintenant.

    La première fois en Polynésie, c’est un rêve d’enfant…
    C’est même dangereux pour moi de venir. Je suis foutu de rester, vous ne pouvez pas vous imaginer. Parfois, je vois Antoine à la télé et je me dis : “Quel salopard, il a tout compris.” Quand Brando a acheté Tetiaroa, je me suis dit la même chose. Je connais tous les noms de toutes les îles, Raiatea, Bora Bora, Tetiaroa… J’ai passé ma vie à fantasmer sur Tahiti, aujourd’hui, j’y suis. Je trouve que le tahitien est une très belle langue. Dommage que je perde du temps à faire deux spectacles, mais bon…

    Dans ce cas, qu’attendez-vous à trouver ici et que seriez-vous prêt à lâcher sans souci, là-bas ?
    C’est un choix énorme. Déjà, j’emmènerais ma femme. Certes, j’ai beaucoup de choses à m’occuper à Paris, mais quand c’est chiant, que vous avez des problèmes, je me dis : que fait Antoine, en ce moment ?

    Parmi trois de vos vies, laquelle gardez-vous entre le cinéma, le théâtre et la vigne (Pierre Richard est propriétaire du château Bel Évêque, NDLR) ?
    Comme je suis encore obligé de gagner ma vie, je continue de travailler. On n’imagine pas ce que je peux être paresseux, même si on me voit comme un excité. Je suis un vrai paresseux qui a beaucoup travaillé. Je suis un contemplatif. Mon meilleur ami vit à l’Île-d’Yeu, nous pouvons rester quatre heures à regarder la mer, sans s’ennuyer.

    Gardez-vous en mémoire une scène du Grand blond en particulier ?
    Je les raconte dans mon spectacle alors je vais vous en raconter une autre. J’étais dans le lit, dans Le grand blond, et Mireille Darc avançait nue devant moi, la caméra dans son dos. Elle avait fait sortir quasiment tout le monde et elle m’avait dit : tu me regardes dans les yeux, si je les vois se baisser, je te fous une baffe à la fin de la scène. J’ai imaginé toutes les excuses possibles pour essayer, comme d’éternuer. Je n’ai pas baissé les yeux au final et elle m’a dit qu’elle était vexée.

    Le grand blond avec une chaussure noire et La chèvre sont les deux films que les gens ont demandé de voir vendredi. Que vous inspire ce choix ?
    Le grand blond a été mon premier grand succès commercial. La chèvre avec Gérard (Depardieu, NDLR), on l’a tourné au Mexique, c’est toujours agréable de tourner autre part que chez soi. Le cinéma m’a fait beaucoup voyager. Avec La chèvre, j’étais invité dans la famille des techniciens mexicains à faire la bringue. C’est une façon plus profonde de connaître un pays que de faire le touriste. Gérard et moi, on était très complices comme deux jeunes adolescents.

    Que diriez-vous à ceux qui ne vous connaissent pas, pour venir vous voir sur scène ?
    Qu’ils aient la même curiosité à mon égard que celle que j’ai pour eux. J’adore la danse, elle exprime tant d’autres choses ici, que simplement des gens qui bougent. C’est cela que je voudrais percer. K

    Propos recueillis par Christophe Cozette

     

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