Tahiti Art Maohi : la survie passe par Fidji

    mardi 30 août 2016

    tahiti

    Après avoir développé l’entreprise aux Fidji, Pierre et Tavi ont repris les manettes à Tahiti. (Photo : F.C)


    L’entreprise locale s’est en partie délocalisée pour faire face à la crise

     

    Sur la planche de bois gravée, le geste est immuable, presque d’un autre temps. Les motifs sont recouverts de différents coloris.
    D’un geste précis, répété des milliers de fois, le pareu est ensuite déposé, puis plaqué sur la peinture.
    Avec une précaution infime, il est ensuite enlevé laissant apparaître feuilles de ‘uru, fleur d’hibiscus et autres motifs venus des temps anciens.

    Une méthode traditionnelle qui contraste avec la stratégie choisie par l’entreprise, dans l’ère du temps celle de la mondialisation et de la concurrence planétaire.
    En 2010, l’entreprise Tahiti Art Maohi souffre.

    “L’économie ici se cassait la figure et la société aussi”, se rappelle Pierre Guyot, le gérant de l’entreprise.
    “Nous avons pris le taureau par les cornes et décidé de délocaliser, mais pas complètement, en gardant une petite unité de production locale.”

    L’entreprise, qui employait 25 personnes, a vu ses effectifs fondre comme neige au soleil et passer à 14 durant la crise.
    “Et même à 14, avec les charges, c’est difficile de s’en sortir.” Pierre prend donc la direction de Fidji, en compagnie de son frère Tavi et de deux travailleurs pour former le personnel fidjien.
    “Nous avons délocalisé pour diminuer le personnel ici et fournir depuis Fidji à des coûts de production beaucoup plus bas. Là-bas, ça change tout et notamment le coût de la main-d’œuvre, le Smig y est à 30 000 F.
    Je voulais développer l’export mais avec nos coûts ici c’est impossible. Nous sommes éloignés de tout et le fret est hyper cher alors que Fidji est au centre du Pacifique. Toutes les petites îles, comme Samoa ou Tonga, ne sont pas très avancées au niveau artistique et nos produits plaisent vraiment. Avec la fabrication aux Fidji, nous avons explosé nos ventes”, se réjouit-il.

    Passer par des sacrifices

     

    Aujourd’hui, l’atelier et les trois boutiques installées à Nandi, Lautoka et Suva emploient 82 personnes sous le nom Pacific Island Art.
    Elle exporte aussi aux Tonga, Samoa, Rarotonga, Hawaii, Wallis-et-Futuna et Vanuatu. “Les portes se sont vraiment ouvertes. Nous avons divisé les prix par quatre.”

    En revanche, à Tahiti, où Pierre Guyot vient de reprendre les manettes, la mission “retour à l’équilibre” va devoir passer par des sacrifices.
    La boutique du front de mer fermera ainsi ses portes d’ici la fin du mois.

    “Les croisiéristes n’achètent pas beaucoup. Notre clientèle est surtout locale et cet endroit souffre du manque de parking.”
    Sur les 14 emplois à Tahiti, dix vont faire l’objet d’un licenciement économique.

    “Il va falloir équilibrer les comptes, nous n’avons pas le choix”, constate le gérant, même si favoriser l’emploi fidjien au détriment du local n’est pas forcément fait de gaieté de cœur.
    “Si l’on restait là, on disparaissait complètement. Bouger à Fidji a développé la société grâce à l’export.

    Le marché à Tahiti est petit. Il y a des gens qui se lamentent sur l’économie qui ne va pas, mais qui ne font rien.
    Nous, nous sommes quand même partis dans un pays avec une autre langue, des démarches administratives qui ne sont pas faciles. Nous avons maintenant passé le cap.”

    Pierre Guyot a déjà été président du syndicat des imprimeurs, période durant laquelle il avait été à l’origine d’une taxe de développement local pour protéger les producteurs locaux de pareu de la concurrence venue d’Asie “qui représente au moins 80 %”.
    Ironiquement, cette taxe protectrice devrait maintenir la fabrique locale.
    “Cela ne vaudrait pas le coup d’importer les pareu fabriqués aux Fidji.”

    En revanche, robes, chemises et l’ensemble des produits confectionnés par la marque aux Fidji seront désormais distribués dans la boutique de Arue, derrière l’hypermarché Carrefour.
    “Là-bas, nous avons des couturières qualifiées. Ici, nous voulions développer du prêt-à-porter, mais nous ne trouvions pas de couturières, ou alors des patentées qui coûtaient hyper chers.”

    Les robes lancées voilà cinq ans aux Fidji sont désormais attendues avec impatience au fenua, à en croire les réseaux sociaux. Elles devraient être vendues avant mi-septembre.
    Des robes déjà vues à Tahiti, la nièce de Pierre Guyot n’est autre que Mehiata Riaria, Miss Tahiti 2013, ambassadrice de charme qui porte ces créations lors de chacune de ses sorties publiques.

    F.C.

        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete