Pourquoi Tahiti ne peut être représentée aux Jeux olympiques

    vendredi 5 août 2016

    tahiti

    Tauhiti Nena reste confiant et espère que le comité olympique de Polynésie française soit affilié au comité international olympique pour permettre à Tahiti d’être représentée un jour aux Jeux olympiques. (Photo : Charles Taataroa)


    “Il faut qu’on soit un pays indépendant et membre de l’ONU”

     

    Tauhiti Nena, président du comité olympique de Polynésie française (COPF), que La Dépêche a rencontré hier, au congrès des maires, à Taravao, où il participait en tant qu’élu de Faa’a, travaille actuellement sur la participation du fenua aux Jeux olympiques.

    Mais pour cela, il faudrait que le pays soit indépendant et membre de l’ONU, selon lui. Il est conscient que le travail est long et nécessite beaucoup de patience, mais il garde l’espoir que le dossier atteigne un jour son but.

     

     

    Qu’est-ce qu’il aurait fallu faire pour que Tahiti puisse participer aux Jeux olympiques de Rio ?

    Jusqu’en 1986, le comité international olympique (CIO) acceptait les pays qui disposaient d’un statut pas tout à fait comme le nôtre. C’est le cas pour les îles Cook qui est un État associé.

    C’est le cas également de Guam et des Samoa américaines qui ne sont ni des pays indépendants, ni des membres de l’Organisation des Nations unies (ONU).

    Avant 1986, c’était possible. C’est ce que Napoléon Spitz avait fait à son époque. Il était à l’origine de l’affiliation de la fédération tahitienne de football à la Fifa. Ce qui lui permet aujourd’hui de bénéficier d’une subvention de plus de 100 millions de francs par an.

    Malheureusement, en 1995, Napoléon Spitz est mort. Il n’a malheureusement pas pu finaliser ce dossier.

     

    Et après ?

    En 2001, j’ai eu l’occasion de rencontrer Kevan Gosper, président du comité olympique de l’Océanie et vice-président du CIO, pour lui demander de nous aider dans cette démarche. Malheureusement, il y a eu un frein.

    En 2006, j’ai pu rencontrer Jacques Rogge, président du CIO, toujours pour la même cause et avec le soutien de tous les mouvements sportifs qui étaient favorables à notre affiliation.

    Mais il y a eu un blocage car le CIO demandait à ce qu’on soit indépendant et membre de l’ONU pour concrétiser cette affiliation. Il y a trop de pays de l’Est qui ont souhaité la même chose. Aujourd’hui, il y a plus de 200 pays affiliés au CIO.

     

    Ce qui n’est malheureusement pas le cas pour Tahiti ?

    Effectivement. Si demain, on veut s’affilier au CIO, la première solution, c’est qu’on soit indépendant et membre de l’ONU. La deuxième solution, c’est le travail que nous faisons depuis presque dix ans pour faire du lobbying auprès du comité olympique d’Océanie, notamment auprès des instances internationales d’Asie et du président du comité national olympique et sportif français (CNOSF).

    J’ai eu l’occasion de rencontrer le ministre des Sports du gouvernement central en 2011 et 2012. Ils étaient tous favorables car ils sont conscients de l’utilité de faire entrer Tahiti dans le CIO.

     

    Qu’est-ce que ça pourrait concrètement apporter à Tahiti ?

    Cela nous permettrait de bénéficier d’une subvention de 300 millions de francs par an pour le budget de fonctionnement et pour d’autres investissements. Je crois que la France vient de comprendre l’utilité que Tahiti pourrait avoir.

    On pourrait faire du lobbying pour soutenir également la France sur certains projets comme pour les Jeux olympiques de 2024 à Paris. Je suis en contact avec le président du CNOSF pour faire un peu de lobbying pour les soutenir.

     

    Pourquoi n’arrive-t-on pas à finaliser ce dossier ?

    Eh bien, on essaie de jouer sur les deux tableaux, c’est-à-dire avec le CNOSF et le COPF. J’ai eu l’occasion de poser la question aux fédérations locales en leur disant : vous voulez qu’on revienne en arrière ?

    C’est-à-dire que toutes les fédérations reviennent en ligue et qu’on ne puisse plus participer et porter nos couleurs aux championnats du monde et qu’on reste avec la France ? Toutes les fédérations, à l’unanimité, ont dit ceci : “Non, on veut rester en fédérations affiliées aux fédérations internationales.”

     

    Rien n’est perdu donc…

    Non. L’année prochaine, nous participerons aux septièmes Jeux d’Asie qui auront lieu au Turkménistan pour les sports de combat et les sports en salle. Tous les pays de la zone participent.

    C’est plus de 40 pays, plus les 17 pays affiliés au CIO de la région océanienne. Puis nous sommes un pays associé au comité olympique océanien, nous sommes également invités.

    Donc on peut dire que pour Tahiti, ce sera les premiers Jeux olympiques. Il y aura plus de 2 milliards de téléspectateurs qui suivront ces jeux. On pourra y aller avec notre drapeau et représenter Tahiti pour ces Jeux d’Asie.

     

    Quelles seront les disciplines où l’on pourrait se mettre en avant ?

    Le jiu-jitsu, la boxe thaïlandaise, etc. On est en train de voir pour la natation aussi. Par contre, il faudra amener des athlètes qui ont un niveau international. C’est le niveau olympique.

    La Chine et d’autres pays seront présents. On sait qu’ils sont en tête au niveau des Jeux olympiques. Il y a le taekwondo aussi. En jiu-jitsu, nous avons Dany Gérard qui était champion d’Asie l’année dernière.

    On amènera 30 à 40 athlètes. Le but, c’est de nous faire connaître auprès de tous ces pays, pour dire que Tahiti existe et a un niveau important.

     

    C’est officiel, Tahiti participera donc à ces Jeux d’Asie ?

    C’est acté. Tahiti participera. Ensuite, on continuera à faire du lobbying pour que Tahiti soit intégrée au CIO. Si on prend l’exemple des îles Cook et des Samoa américaines, nous sommes meilleurs qu’eux.

    Et pourtant, ils ont tous des athlètes présents aux Jeux olympiques. On va continuer notre travail pour y arriver et, ensuite, il faudrait qu’au niveau du gouvernement, il y ait une impulsion très importante.

    Lorsque j’ai été ministre des Sports en 2011 et 2012, j’en ai profité pour rencontrer le président de la République et les ministres chargés du sport en outre-mer, notamment le ministre des Affaires étrangères, pour nous aider à finaliser ce dossier.

    Comme vous le savez, nous avons le rugby à sept, qui est aux jeux, la boxe bien sûr, le taekwondo et également la lutte où on est pas mal. Il y a aussi le surf qui sera présent aux prochains Jeux olympiques de 2020.

     

    Pourquoi le va’a ne peut-il pas figurer aux Jeux olympiques ?

    Il faut que 70 pays proposent l’activité. Malheureusement, aujourd’hui, il n’y a que 30 pays affiliés à la fédération internationale de va’a.

     

    Gardez-vous espoir qu’un jour, Tahiti soit véritablement représentée aux Jeux olympiques ?

    C’est mon combat aujourd’hui. Mon père était sélectionné pour représenter la France aux Jeux olympiques de Munich en 1972. Ensuite, il y a eu Maurice Apeang (boxe, NDLR), Paul Bonno (cyclisme, NDLR) et d’autres.

    Maintenant, il y a Caroline Graffe (taekwondo, NDLR) qui nous a ramené une médaille. C’est magnifique.

    C’est la première Tahitienne à nous ramener une médaille aux Jeux olympiques. Aujourd’hui, je suis convaincu que nous avons des athlètes qui pourraient y arriver.

     

    L’aspect économique est-il également important dans cette démarche ?

    Notre première ressource, c’est le tourisme. Donc l’idée est de faire en sorte que tout le monde connaisse Tahiti. C’est une vitrine importante pour Tahiti de participer à l’ouverture des Jeux olympiques avec une délégation d’athlètes.

    C’est le monde entier qui aura les yeux sur Tahiti. En ce qui nous concerne, au niveau du mouvement sportif, on est tous convaincus que Tahiti un jour sera affiliée au CIO. Les retombées vont être énormes pour le pays.

    Aujourd’hui, nous recevons une enveloppe de 20 millions de francs du Pays. Si demain, on est affilié au CIO, c’est 300 millions de francs pour le COPF. On est conscient que ce n’est pas facile, mais on garde espoir.

    On espère vraiment y arriver. En tout cas, pour les jeux de Rio, on soutient les athlètes de la région océanienne et, bien évidemment, ceux de la France.

     

    Propos recueillis par C.T.

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