Take Away Food : quand un concept devient entreprise

    jeudi 29 septembre 2016

    entreprise

    À l’appel de ses clients ou de ceux du restaurant, Take Away Food récupère les plats. (Photo : Florent Collet)

     

    Hier midi, dans le centre-ville de Papeete. Les voitures jouent des coudes dans les embouteillages, la moindre place de parking libérée est aussitôt convoitée par une horde de véhicules. À cette heure où les bouchons s’accumulent et les appétits se creusent, un deux-roues slalome aisément.

     

    Impossible de ne pas remarquer cette imposante glacière grise accrochée derrière le pilote. À l’arrière, salades, burgers et smoothies qui feront bientôt des heureux parmi ceux qui ont voulu éviter l’agitation urbaine ; à l’avant, un jeune homme qui fonce désormais vers son rêve : être son propre patron.

    Enfant de Taapuna, Manfred Raufau a notamment obtenu un bac pro en gestion au lycée de Taaone avant d’être embauché dans une banque de la place. À la fin de son contrat à durée déterminée, il décide de reprendre le chemin de l’université. Mais avant d’obtenir une licence en écogestion, il se lance finalement dans la vie active.

    Dans un restaurant de la plazza haute du centre  Vaima, il est l’homme à tout faire. De la cuisine au service des clients, il répond également au téléphone. “Il y a plusieurs demandes de livraison. Mais l’entreprise ne pouvait pas se permettre d’embaucher quelqu’un pour aller livrer. Ce n’est pas assez rentable d’avoir une personne en plus juste pour cela”, explique-t-il.

    Quiconque a suivi des cours de marketing sait qu’une entreprise ou un produit doit répondre ou créer un besoin. Manfred Raufau a l’idée du concept et le fait mijoter durant un mois. “L’idée, c’est de faciliter la vie des gens qui n’ont pas de moyen de locomotion, ou qui n’ont pas vraiment le temps”, détaille ainsi le jeune homme de 28 ans.

    Mes restaurants partenaires n’ont pas de parking, il est difficile de venir se procurer rapidement les commandes là où ils sont situés. J’ai eu l’idée de regrouper tous les restaurants et les roulottes qui n’offraient pas cette possibilité de faire des livraisons.

     

    Partenaire d’une dizaine de restaurants

     

    De l’idée à la concrétisation, il faudra un mois supplémentaire pour lancer l’entreprise et enfin devenir entrepreneur. “Je voulais être à mon propre compte alors j’ai lancé ce service. En tant que salarié, je ne pouvais pas évoluer à ma façon, ni gérer ma façon de travailler, les heures et les jours de travail. Désormais, je m’organise comme je veux.

    Au doux goût de la liberté s’ajoute celui amer des responsabilités qui pèsent sur chaque nouveau chef d’entreprise. “J’apprends encore, notamment dans la gestion, comme régler la CPS, tout ce que tu ne fais pas quand tu es salarié. Cela pourrait être plus simple. On n’est pas assez aidé dans les démarches.” L’entrepreneur junior a tout de même bénéficié de l’aide de la Sofidep à hauteur d’un million de francs, pour acheter le scooter et la glacière, alimenter le fonds de roulement et régler les assurances et la patente.

    Depuis bientôt un mois, il a ainsi noué un partenariat avec une dizaine de restaurants situés essentiellement au Vaima ou au Fare Tony. Si l’entreprise demande une somme supplémentaire pour la course, les restaurants vendent leurs produits au prix proposé dans leurs boutiques.

     

    Un service supplémentaire

     

    L’objectif, c’est d’offrir un service supplémentaire aux clients qui ne veulent pas se déplacer. C’est une jeune société qui se crée et c’est intéressant. Nous n’avons pas développé cette partie-là, cela nécessitait un investissement, notamment l’achat d’un engin. Là, nous pouvons proposer ce service”, explique ainsi Nelly, la responsable d’un restaurant du Fare Tony.

    De temps en temps, nous avons des appels pour des livraisons. Nous sommes en centre-ville, donc les gens se déplacent souvent, mais je pense que certains ont peu de temps et veulent rester au bureau et c’est très pratique pour eux.

    Manfred Raufau pense déjà à son développement. En plus de livrer de Arue à Faa’a à l’heure du déjeuner, il assure également la livraison des roulottes à Punaauia, où ce service n’existe pas. Un mois après la création, le jeune homme a toujours la tête dans le guidon.

    Je suis à fond pour ce lancement. Si on me disait de retourner en tant que salarié, je ne voudrais pas. On est plus libre lorsque l’on est entrepreneur. Si tu ne travailles pas, tu n’as pas d’argent, mais si tu travailles, tu es payé suivant tes efforts.

    À l’heure où le chômage inquiète les jeunes générations et où le niveau de diplôme fait figure d’obligation, le parcours de Manfred Raufau fait figure d’exemple. “Il y a énormément de gens qui peuvent trouver leur concept, il faut bien y réfléchir et trouver les finances.

    Créer son emploi en une leçon, servie sur un plateau, à emporter.

     

    Florent Collet

     

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