Tamari’i Papara disloqué, le chef de groupe « dégoûté »

    jeudi 20 avril 2017

    Tonio Iro

    Tonio Iro, chef emblématique des Tamari’i Papara, a décidé de se désister du concours du Heiva i Tahiti suite à un désaccord avec ses musiciens, mais aussi ses relations avec le maire de Papara Putai Taae. (© Charles Taataroa)


    Tonio Iro, le chef emblématique du groupe de danse Tamari’i Papara, est excédé par le tarif des musiciens prévus pour accompagner les Tamari’i Papara pour le concours de chants et danses cette année à To’ata. “Ils m’ont demandé 1,8 million de francs. Je n’ai jamais vu ça de toute ma carrière de danseur et chef de groupe, explique Tonio Iro. Je suis dégoûté par ce système de devoir demander plus d’argent.” D’autre part, Tonio Iro regrette que le maire Putai Taae ait choisi quelqu’un d’autre à sa place pour préparer les Tamari’i Papara, alors qu’il avait déjà tout prévu depuis de longs mois. Désormais, il ne veut plus entendre parler de Papara et songe à travailler pour la commune de Mataiea. Il vient, en effet, d’y créer un groupe de danse. Interview.

    Pourquoi avoir décidé cette année de participer au Heiva ?

    To’ata me manque. J’ai voulu y retourner une dernière fois, parce que la fatigue se ressent, avant de passer le groupe Tamari’i Papara à quelqu’un d’autre. À Angéla Bernadino par exemple ou d’autres anciennes de mes danseuses.

    Aujourd’hui, elles ont leur propre groupe. Et pourquoi ne s’occuperaient-elles pas des Tamari’i Papara ? Elles en sont capables et elles sont compétentes. Maintenant, il faut les préparer pour arriver.

     

    Mais le maire en aurait décidé autrement ?

    Je le regrette beaucoup aujour­d’hui. Je n’ai d’ailleurs rien compris dans cette histoire. À la fin de l’année dernière, il a réuni d’autres personnes pour créer un tout nouveau grou­pe. Il ne m’a pas du tout mis au courant. Je n’étais pas bien du tout parce j’avais déjà tout prévu, les costumes et le thème. Et tout ça après avoir bien discuté avec lui.

     

    Justement, il dit que vous avez inscrit Tamari’i Papara au Heiva sans le consulter, alors que vous saviez qu’il avait créé un autre groupe ?

    Pas du tout. On en avait discuté bien avant. Mais il y a eu un mélange de politique dans cette histoire. Il voulait que je travaille avec son groupe. Je lui ai dit que je ne mélangeais pas politique et culture. Ce sont deux choses totalement différentes.

    Ensuite, il a organisé d’autres réunions derrière mon dos et a réussi à prendre quelques batteurs des Tamari’i Papara avec lui. Vous savez, il y a des batteurs qui aiment Tonio et d’autres pas du tout.

    Mais je ne leur demande pas ça. Je leur demande seulement de la considération. Quant au maire, je ne comprends pas pourquoi il n’est pas venu me voir pour dire que son choix était fait et qu’il n’avait plus besoin de mes services. Tout a été fait derrière mon dos. Ce que je regrette beaucoup.

     

    Mais n’est-ce pas cela qui vous a poussé à vous retirer du concours ?

    Si. Mais il y a une autre raison aussi.

     

    Laquelle ?

    C’est lié aux musiciens. Bien que le maire amène un groupe pour représenter Papara, j’ai souhaité quand même amener Tamari’i Papara à To’ata. Malheureusement, ce ne sera pas possible. J’ai contacté des musiciens et batteurs de la Presqu’île pour nous accompagner au concours.

    Ils m’ont demandé une facture de 1,8 million de francs pour cela. Je n’ai jamais vu ça de ma carrière de danseur ni de chef de groupe. Je me suis dit que, dans ces conditions, ce n’était pas la peine d’y aller. Le tarif habituel tourne autour de 300 000 F. Ce qu’ils m’ont demandé dépasse largement mes moyens. Ce n’est pas possible. Ils ont mis la barrière très haut parce qu’ils savaient que je voulais absolument amener Tamari’i Papara à Toa’ta. Je suis dégoûté par ce système de devoir demander plus d’argent. Ensuite, du jour au lendemain, on m’appelle pour me dire qu’ils descendaient le tarif à 600 000 F. J’ai dit non, j’étais sidéré. En plus, je ne voulais plus revenir en arrière.

     

    Vous aviez pourtant commencé les répétitions ?

    Effectivement. Nous avons répété sur le stade de la place Tehoro à Mataiea, je remercie d’ailleurs le maire. Il m’a beaucoup facilité le travail. Je pense que c’est le fait que j’ai transféré le siège social des Tamari’i Papara à Mataiea. Mais il y a deux semaines, j’ai changé l’appellation du groupe. Il s’appelle désormais Tamari’i Papara e na Teva et, peut-être plus tard, j’enlèverai complément ‘Papara’. Maintenant, nous avons tout arrêté. C’est dommage.

     

    Regrettez-vous d’en arriver là avec le groupe et Papara où vous avez vécu longtemps ?

    C’est certain. J’ai habité Papara pendant 45 ans. J’y ai travaillé et j’ai aimé cette commune et cette population. J’ai donné mon savoir-faire et j’ai amené Papara très haut dans la danse avec Tuianu Le Gayic et Eugène Bessert, les deux anciens maires qui m’ont soutenu.

     

    Et que deviennent les danseurs et danseuses qui étaient prêts à danser pour Tamari’i Papara ?

    Certains ont rejoint le groupe Tamari’i Papeari, d’autres Teva i tai. Mais beaucoup voulaient continuer avec Tamari’i Papara. Malheureusement, ce n’est pas possible.

     

    Votre désistement n’est-il pas lié aux nuisances sonores pendant les répétitions ?

    Pas du tout. Depuis que je suis dans la danse, je n’ai jamais eu de problème à ce niveau-là.

     

    La dernière participation des Tamari’i Papara à To’ata date de quelle année ?

    Elle date de 2011. J’ai moi-même amené le groupe. Nous avions choisi un thème pour rendre hommage à Tuianu Le Gayic. Ensuite, le groupe n’a jamais eu l’occasion de se représenter. Je pensais que les choses allaient changer cette année. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Je regrette beaucoup pour le travail que nous avons déjà réalisé.

     

    Tamari’i Papara a quand même eu un sacré palmarès au Heiva ?

    Effectivement. Et j’en suis fier. Papara a remporté trois fois le titre du meilleur groupe de danse au Heiva, un en catégorie des amateurs et deux fois en catégorie des professionnels, 11 fois 2e, trois fois 3e et cinq fois 4e. C’est en 1987 que les Tamari’i Papara ont gagné le 1er prix du Heiva dans la catégorie amateur et trois ans plus tard en 1990 en professionnels en battant le groupe Temaeva de Coco Hotahota. En 2002, j’ai repris le groupe des Tamari’i Mataiea qui a remporté le 1er prix en professionnels.

     

    Et l’année prochaine, qu’allez-vous faire ?

    Je vais continuer avec mon nouveau groupe pour représenter la commune de Mataiea. Mais mon rêve serait d’organiser le Heiva des Teva qui regroupe les communes de Papara à Taiarapu-Ouest et Est. On n’a jamais pensé organiser un tel rassemblement. C’est l’occasion de faire revivre l’histoire de la dynastie des Teva. C’est un projet qui m’anime beaucoup en ce moment.

    Propos recueillis par Charles Taataroa

     

    tamarii papara

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