Habillage fond de site

Tauauri et Tauatea, deux pierres bientôt classées au patrimoine ?

jeudi 9 mars 2017

tauauri tauatea pierre papara

Christophe Holozet, qui montre la pierre Tauauri, s’était manifesté le 1er mars pour dire que ces deux pierres ont failli être extraites de leur emplacement si les surfeurs n’avaient pas stoppé les dragues. (© Charles Taataroa)


Le service de la culture et du patrimoine culturel a envoyé, hier matin, une équipe pour réaliser des relevés topographiques du site. Le tout, consigné dans un rapport, sera présenté par le ministre de la Culture à la prochaine commission du patrimoine historique. L’idée, une initiative de Christophe Holozet, surfeur bien connu à Papara, est de classer deux pierres, Tauauri et Tauatea, au patrimoine culturel du Pays.

Une mission du service de la culture et du patrimoine culturel était, hier, à l’embouchure de la Taharu’u, à Papara, au PK 38,5, pour réaliser des relevés topographiques du site où se trouvent les deux pierres, Tauauri et Tauatea, immergées dans l’océan à quelques mètres du rivage.

Malheureusement, la mer étant très agitée, une autre mission est prévue vendredi prochain. Selon nos informations, ces relevés serviront de base au ministre de la Culture Heremoana Maamaatuaiahutapu pour le rapport qu’il transmettra à la commission du patrimoine historique, afin de réclamer le classement de ces deux pierres comme site protégé. C’est cette même commission qui déterminera la nécessité de classer ou pas le site au patrimoine.

Cette commission existe depuis 2015 et a été créée par une loi du Pays adopté par l’assemblée de la Polynésie française. Cette information va certainement ravir celui qui a lancé en premier cette idée. Il s’agit de Christophe Holozet, surfeur bien connu à Papara. Il a évoqué cette idée lundi lors de la réunion du comité de suivi des grands travaux de Papara, idée soutenue par l’association de protection de l’environnement Ia Ora Taharu’u, présente à cette rencontre.

 

Évité d’être extrait par les dragues

 

Le maire Putai Taae n’était pas contre cette proposition, mais n’a malheureusement pas répondu à la demande. Aujourd’hui, ce qui est certain, le ministre de la Culture Heremoana Mamaatuaiahutapu a été avisé de cette demande, ce qui explique la venue d’une mission hier à Papara.

Le classement de ces deux pierres au patrimoine culturel du pays ne devrait pas prendre beaucoup de temps. Ce projet pourrait bien être bouclé cette année si tout va bien puisque tout se fait ici même.

Si cette demande a été formulée lors de la réunion du comité de suivi des grands travaux de Papara, c’est bien parce que Christophe Holozet et l’association Ia Ora Taharu’u craignaient que ces deux pierres soient extraites de la mer par la drague. C’est la raison pour laquelle aussi une poignée de surfeurs s’était manifestée le mercredi 1er mars, empêchant une drague de continuer à extraire à l’embouchure de la Taharu’u.

Le maire Putai Taae était intervenu ce jour-là pour comprendre la situation, mais a donné ensuite l’ordre d’arrêter les travaux pour calmer les esprits. Après une réunion en début de semaine dans la salle du conseil municipal, il a finalement été décidé de ne plus extraire de gravats à l’embouchure. L’idée est de prendre en compte la dimension environnementale et protéger les deux pierres, Tauauri et Tauatea.

Irène Atu, ancien membre du conseil des sages de Papara (le toohitu), qui n’existe malheureusement plus, a salué ce projet et a accepté de nous conter la légende de ces jumelles qui vivaient dans la vallée de la Taharu’u (lire ci-dessous). À Papara, plusieurs familles ont donné ces noms à leurs enfants, c’est dire que beaucoup connaissaient cette légende, mais à chacun sa propre version.

Et c’est bien pour cette raison aussi qu’il a paru opportun de consulter les anciens de la commune. Mamie Irène en fait partie et connaît parfaitement bien les légendes de Papara. C’est la mémoire vivante de Papara.

 

C.T.

 

La légende de Tauauri et Tauatea contée par mamie Irène Atu

tauauri tauatea cailloux papara

(© Charles Taataroa)

À l’époque, Tauatea et Tauauri habitaient au fin fond de la vallée de la Taharu’u. Elles vivaient dans une grotte, c’étaient des femmes cannibales. Toutes les deux sentaient l’odeur des hommes qui allaient dans la vallée chasser le cochon sauvage.

Si Tauatea sortait de la grotte, elle disait à sa sœur jumelle : “Oh, nous avons de quoi manger aujourd’hui”. Et à l’époque, beaucoup de chasseurs disparaissaient dans la vallée.

Puis, Honoura, grand guerrier de Tautira, était parti entre-temps aux Tuamotu. Et comme il avait engagé une bataille avec un espadon, il a lancé sa lance et a tranché sa tête. Mais sa lance s’est retrouvée sur une montagne de Papara, le mou’a Tamaiti, à Taharu’u. Honoura est venu à Tahiti pour récupérer sa lance.

Mais il a entendu parler des deux dames du fin fond de la vallée. Il est parti et ces jumelles ont senti son odeur. L’une d’elles s’exclama : “Hiii, nous avons de quoi manger”.

 

La ruse de Honoura

 

Honoura s’en doutait un peu. Il est alors monté sur une des montagnes au-dessus de la grotte de Tauatea et Tauauri. Il cassa une branche de cordyline (‘auti) et la jeta dans la rivière faisant un grand plouf. Les deux jumelles sortirent de leur grotte et se dirent qu’il ne s’agissait d’une branche de ‘auti.

Honoura les observa du haut de sa falaise et lança, cette fois-ci, une feuille de fougère. Même chose, les deux sœurs constatèrent qu’il ne s’agissait que d’une feuille de fougère. Et là, elles se mirent à narguer Honoura en lui disant ceci en tahitien. “E rarahi ta’ata no iripau, e’ita e pa’u i te vai hohonu, e vai papa’u e pa’u e. Haere atu ‘oe, e’ita maua e pa’ia e toe ivi maro.” (“Vous êtes grand, mais nous n’allons pas nous rassasier de corpulence squelettique”).

Et celui-ci leur répondit : “Faateitei ana to o rua tau ana”, c’est-à-dire, “allez plus haut habiter, sinon, une rivière va vous engloutir”.

Mais rien à faire, elles ont continué à le narguer. Honoura décida ensuite de plonger dans la rivière avec les jambes repliées. Les jets d’eau ont jailli de ce saut et détruisirent complètement la montagne et la grotte des jumelles.

La rivière fut en crue et emporta les deux dames. Au début, Tauatea était restée à terre, mais Tauauri a fini à l’embouchure de la Taharu’u.

Ensuite, il y a d’autres crues ce qui explique pourquoi Tauatea s’est retrouvée à l’embouchure. Ce lieu est appelé aujourd’hui : “Na to’a maeha’a”.

 

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