Tauhiti Nena veut incarner une troisième voie rassembleuse

    lundi 22 août 2016

    Tauhiti

    Tauhiti Nena : “Notre logique est de faire que les Polynésiens soient économiquement indépendants”. (Photo : Florent Collet)

     

    Tau Hoturau, nouveau parti dans le paysage politique local

     

    Il l’avait annoncé lors du dernier congrès des maires, Tauhiti Nena l’a officialisé samedi dernier à la mairie de Papeete. Plus en accord avec le Tavini, le dernier candidat indépendantiste dans la capitale a décidé de voler de ses propres ailes avec le Tau Hoturau, traduit par la nouvelle ère.

    Inspiré par la vie politique calédonienne, Tauhiti Nena entend faire une pause institutionnelle et travailler avec toutes les sensibilités. Interview.

     

     

    Pourquoi avoir voulu lancer votre propre parti ?

    En ce qui nous concerne, l’offre qui est proposée n’est pas satisfaisante. Personnellement, j’hésitais. Cela va faire quelque temps que j’étais dans l’expectative.

    J’ai eu une réunion il y a un an où j’ai dit à tous les membres et sympathisants qu’il fallait que l’on travaille pour le Pays. Nous avons un président du Pays, Édouard Fritch, que nous respectons, nous le laissons travailler.

    Et puis, les prochaines élections, c’est en 2018. Nous avons eu l’occasion de nous rencontrer à nouveau il y a quatre mois et nous nous sommes aperçus qu’il fallait que nous nous levions car nous nous apercevons que notre Pays ne se développe pas, notre population souffre, c’est l’insécurité à Papeete, beaucoup de personnes n’ont pas de travail et nous ne sommes pas convaincus de la politique et de la vision du gouvernement.

    C’est pour cela que nous avons décidé de monter ce parti, créé officiellement le 18 juin, ici même, à la mairie de Papeete. Nous avons donc deux ans pour rencontrer les gens et affiner le programme.

    Nous sommes convaincus que, pour développer ce pays, il va falloir travailler ensemble, aussi bien avec l’État, l’Europe qui a des fonds pas négligeables et, surtout, avec les communes et le mouvement associatif, que ce soit au niveau sportif, de la jeunesse, du social et de la culture. Nous nous devons de tous travailler ensemble.

    Le Pays a moins de moyens mais je crois que, si nous nous respectons et que nous travaillons ensemble, on serait capable de développer ce pays, en prenant, bien sûr, des décisions importantes.

     

    Il n’était pas possible de faire cela avec le Tavini auquel vous apparteniez ?

    Concernant le Tavini, je crois que nous avons travaillé. Ensuite, il est important également d’être écouté. Je respecte Oscar Temaru, c’est un bon maire de Faa’a. J’ai eu l’occasion de travailler dans ce conseil municipal pendant six ans.

    Aujourd’hui, je suis à Papeete, je dirais que nous n’avons pas la même vision.

     

    Sur quels sujets ?

    J’ai démarré en politique en 2005, nous avons monté un collectif pour soutenir le changement. Au sein de ce collectif, il y avait des indépendantistes, autonomistes ou départementalistes mais qui étaient d’accord sur le fait que l’on pouvait tous travailler ensemble.

    Aujourd’hui, on ne peut pas se mettre de côté ou ne travailler qu’avec les indépendantistes, les autonomistes ou les nationalistes. Nous nous devons de tous travailler ensemble.

    Il faut qu’il y ait une pause institutionnelle pendant 20 ans et que des accords de Papeete soient signés, comme en Nouvelle-Calédonie avec les accords de Nouméa.

    Dans 20 ans, nous viendrons demander à la population si nous voulons être indépendants, un pays associé, autonome ou tout simplement redevenir un département. Voilà simplement la vision de Tau Hoturau.

     

    Vous parlez d’indépendance, d’État associé, d’autonomie ou de département, où vous situez-vous ?

    L’émancipation de notre peuple est inscrite dans le préambule de la constitution, c’est également inscrit dans les statuts de Tau Hoturau. Mais ce n’est pas à nous de décider.

    Nous sommes dans une logique de faire que les Polynésiens soient économiquement indépendants. Et dans 20 ans, nous leur donnerons la parole pour voter.

    En Nouvelle-Calédonie, il y a, au sein du gouvernement, des ministres indépendantistes, autonomistes et départementalistes. Nous avons cette vision-là.

     

    Vous voulez incarner la 3e voie. Beaucoup s’y sont cassé les dents. Pourquoi réussiriez-vous ?

    Tout à fait. Je sais que ce ne sera pas facile. Mais aujourd’hui, c’est parce que j’ai le soutien de mes enfants, ma femme, mes parents et ma famille.

    Ensuite, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs élus comme tous ceux présents aujourd’hui pour cette présentation. Ils viennent de pratiquement de toutes les communes et ils sont convaincus que l’on se doit de monter cette nouvelle voie. On ne peut se permettre d’avoir une politique partisane, comme c’est le cas.

    Édouard Fritch, nous le respectons, c’est le président. Il ne faut pas oublier qu’il a été au gouvernement pendant 30 ans. Si, aujour­d’hui, nous avons de grosses difficultés, c’est qu’à un moment, à notre sens, il n’y a pas eu d’anticipation de leur part.

    Si nous avons décidé de nous lancer aujourd’hui, c’est parce que nous avons deux ans pour préparer un programme. Une fois que nous serons en place, nous serons capables de réellement lancer les chantiers.

     

    Avez-vous déjà des noms pour les prochaines législatives ?

    Nous avons déjà une dizaine de candidats issus de la société civile, de notre groupe politique et d’autres. Nous les pré­senterons le 1er octobre.

    C’est ensuite le conseil politique qui décidera, avec tous les partis politiques, qui soutiendront Tau Hoturau pour préparer ces législatives. Mais nous serons prêts.

     

    Et vous concernant ?

    Nous n’avons pas encore acté. Nous saurons le 1er octobre. Si des personnes sont intéressées, il n’y a pas de soucis. Il y a trois circonscriptions.

    Aujourd’hui, je pense que nous pourrons nous aligner pour avoir des candidats opérationnels pour sortir le pays des problèmes que nous rencontrons.

     

    Lors des dernières élections, vous étiez associées à Heiura-Les Verts. Est-ce que vous allez faire un partenariat ?

    C’est vrai que, l’an dernier, pour les communales et les législatives, le Here Ai’a et Heiura-Les Verts m’avaient soutenu, beaucoup de personnes de la société civile l’ont fait aussi.

    Aujour­d’hui, le Here Ai’a a confirmé son soutien. Ces derniers mois, nous avons eu l’occasion de travailler avec Heiura-Les Verts et Jacky Bryant. Sur le principe, il nous soutient.

    Après, il reste certainement des accords et des choses à voir ensemble avant qu’il ne le confirme officiellement devant les médias.

     

    Quelles autres personnes vous soutiennent ?

    Il y avait aujourd’hui une mairesse, des élus de Taiarapu-Ouest et Est, de Punaauia, de Faa’a.

     

    Et de la société civile ?

    J’ai eu l’occasion de rencontrer des confédérations syndicales, je préfère que ce soit eux qui le confirment. Mais sur le principe, il a fallu se mettre d’accord sur un programme politique.

    Pour certains, c’était d’abord la mise en avant des Polynésiens et des travailleurs. Nous nous sommes mis d’accord. Ils seront présents le 1er octobre.

    J’ai aussi vu d’autres maires, mais vous savez comment cela se passe, dès qu’ils s’affichent quelque part, ils sont en difficulté. Mais nous avons le temps.

    Il y a le congrès le 1er octobre et, ensuite, les prochaines échéances électorales seront les présidentielles en mai où il faudra se situer, et les législatives en juin 2017.

     

    Où vous positionnerez-vous pour la présidentielle ?

    Dans notre groupe, certains sont favorables à défendre la gauche et d’autres la droite. Il va falloir se mettre d’accord. Nous serons fixés là-dessus lors du congrès.

     

    Votre objectif est de devenir président du Pays ?

    Pas obligatoirement, mais Tau Hoturau se présentera aux législatives pour avoir des députés, aux territoriales pour intégrer des élus et nous serons prêts pour présenter un président. Nous verrons d’ici là qui nous présenterons pour diriger le Pays en 2018, c’est l’objectif du parti.

     

    Propos recueillis par
    Florent Collet

     

     

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