Teiki Pambrun et sa pirogue ont quitté Tetiaroa

    mercredi 3 août 2016

    pirogue

    La pirogue a pris la mer samedi dernier pour arriver à Huahine dimanche dernier au soir. (Photo : DR)


    Il est arrivé à Huahine dimanche dernier au soir

     

    En haut du mât de fortune fait de grandes branches de tamanu, le spi rouge s’est gonflé et la pirogue de Teiki Pambrun a pris la direction des îles Sous-le-Vent.

    Elle était arrivée le 31 octobre 2012 dans le lagon de l’atoll de Marlon Brando en passant par-dessus le récif. Cette fois, c’est par la passe artificielle creusée pour l’hôtel The Brando qu’elle a repris le large, aidée dans la manœuvre par le personnel du luxueux hôtel.

    “Nous avions prévu de partir lundi parce que le temps devait se calmer. Mais en réalité, nous avons monté le gréement, hissé le spi et du coup, nous avons décidé de partir”, relate le navigateur sorti de l’atoll jeudi dernier au matin avec un fort courant et une houle de face – “C’était plus dangereux que de passer sur le récif” – avant d’attendre une bonne fenêtre météo pour lever l’ancre définitivement et voir la silhouette de l’atoll disparaître derrière l’horizon, un moment forcément émouvant.

    “Les filles ont pleuré. C’est vrai que cela fait un coup au cœur. Évidemment, nous avons passé de très, très bons moments sur place et nous avons rencontré l’horreur du capitalisme”, confie-t-il sans pouvoir en dire plus.

    Un accord a été trouvé avec The Brando pour qu’il quitte l’atoll en échange de quoi les poursuites qui planaient sur le navigateur ont été abandonnées, et la confidentialité fait partie des règles de cet accord.

    C’est aussi pour sa fille, Temanu Ura, que Teiki Pambrun a mis le cap sur Huahine où lui et sa femme ont de la famille. “Ma fille a passé quatre ans avec les cours du Cned (centre national d’enseignement à distance, NDLR), mais depuis l’an dernier, son souhait était vraiment de rejoindre une vie sociale avec des camarades de classe.”

     

    “Nous avons assez fait”

     

    Teiki Pambrun ferme ainsi la page d’un tumultueux passé sur l’atoll avec un goût doux amer du travail à la fois accompli et inachevé.

    “Nous avons assez fait. En réalité, nous n’étions pas allés pour défendre Tetiaroa. Nous avons été surpris par ce harcèlement dont nous avons fait l’objet à l’ouverture de l’hôtel. Nous avons vécu 18 mois comme dans un petit paradis puis en 2014, il y a eu les huissiers, les vigiles…”, coupe-t-il volontairement pour ne pas en dire plus.

    Seul le Pays qui le poursuit encore suscite sa colère et son incompréhension :

    “Le tribunal administratif a ordonné notre expulsion sur une plainte du Pays sur de faux rapports d’agents assermentés de l’équipement. Il y a complicité du gouvernement. À l’époque, c’est la présidence Temaru qui nous a mis au tribunal. Pendant que les pelleteuses creusaient dans le récif, nous étions sommés de remettre en état le lagon parce que notre ancre endommageait soi-disant le fond sablonneux”, relate-t-il tout en voulant voir le bon côté et le résultat de cette lutte.

     

    “Ce qu’il faut retenir de positif, c’est que le mouillage, le séjour et la navigation dans le lagon sont autorisés. La convention de 1966 entre Marlon Brando et le Pays qui a conditionné la vente de Tetiaroa reconnaît formellement la domanialité publique du récif et du lagon intérieur dont l’accès par voie de mer demeure libre. En revanche, avec l’alibi écologique, le Pays fait passer des arrêtés ministériels pour interdire la pêche mais, en réalité, c’est pour privatiser le lagon. C’est aussi ce travail que je voulais dénoncer. Tetiaroa a été un garde-manger pendant des millénaires et là, d’un coup, on dit que le lagon est saccagé, ce qui est entièrement faux. Du coup, les pêcheurs ne viennent plus. C’est triste.”

     

    C’est peut-être la raison pour laquelle Honuea, la carangue qui vivait en permanence près de la pirogue dans le lagon de Tetiaroa, est resté sur l’atoll.

    En revanche, le chat a fait le voyage avec des vents de 20 à 25 nœuds et une houle croisée bien formée avec des creux de 2,5 m.

    “Nous avons été très surpris par la tenue de mer de la pirogue en vent arrière et des déferlantes qui entraient à l’arrière de la pirogue.”

    Une traversée accomplie en compagnie de Tajim Monod et Teikopunui Terii, mais aussi d’une mouette blessée recueillie sur l’atoll et qui pourra prochainement reprendre son envol. Nul doute que Teiki l’agitateur devrait lui aussi reprendre le sien et faire encore parler de lui. 

     

    F.C.

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