Témoignages de Polynésiennes ayant réussi au collège de Taunoa pour encourager les élèves

    samedi 31 octobre 2015

    Pour briser les idées reçues des jeunes filles des quartiers sensibles qu’il accueille, le collège de Taunoa invite des exemples de réussite à venir témoigner devant les élèves. Hier, la ministre de l’Éducation, mais aussi une éducatrice spécialisée ou une proviseur adjointe sont venues démontrer que l’on peut réussir, même lorsque l’on ne vient pas d’un milieu aisé.  Ces élèves de 3e qui arrivent au premier carrefour de leur orientation, découvriront prochainement des parcours menant à l’artisanat.

    “Un jour, une élève énervée m’a dit : “Mais ton travail, c’est un métier de popa’a .” Je me suis dit plus jamais ça, je ne voulais plus jamais entendre cela au collège de Taunoa.” De cette expérience avec une élève, Ingrid Neveling, principale adjointe de collège, a créé une série de rencontres dont les premières avaient lieu hier .
    “Ce forum est dédié aux filles uniquement. Il s’agit de rompre le plafond de verre que beaucoup d’entre elles ont érigé, et de leur faire rencontrer des femmes polynésiennes, qui ont réussi leur carrière, pour parler de leur cursus.”
    Alors que les garçons étaient déjà partis en vacances, la quasi-totalité des collégiennes ont préféré faire une heure supplémentaire pour ce moment entre vahine.
    Classe après classe, témoignages après témoignages, elles ont découvert ou confirmé que leur destin était loin d’être déjà tout tracé.
    La ministre de l’Éducation faisait partie des témoignages, son parcours du protocole de la présidence appelé par Gaston Flosse, à l’Élysée, au lycée hôtelier, puis au ministère pourra peut-être paraître atypique pour ces jeunes adolescentes issues des quartiers sensibles, elles retiendront néanmoins ce message qui les concerne ou concernera toutes “à 15 ans, on peut vouloir quelque chose, mais la vie, vous allez avoir envie de changer”. “Dans la vie, on a des accidents, un bébé ou un mari jaloux vont peut-être vous en empêcher, mais il faut se donner les moyens, c’est votre avenir.” Et de rappeler que “la femme doit faire plus pour exister”.
    Fille de parents des îles, le parcours de Wendy Harea, désormais proviseur adjoint du collège de Mahina, a appris à lire en même temps que son papa qui a arrêté l’école au CM2, et sa mère en 6e, “comme moi, se réjouit une élève !”
    Mais si le papa n’est pas allé loin à l’école, il a su transmettre, répéter, ce message que Wendy a martelé à de nombreuses reprises hier : “Ton tane, c’est ton travail”, “Il faut réussir à l’école” et surtout avoir du fa’aito’ito, du courage. Le courage de dire non aux copines qui veulent chap’ l’école, le courage de dire non au paka”. Enfant de Patutoa, Wendy sait les appréhensions des jeunes filles qui l’écoutent : “On peut être issue d’une famille ri’iri’i (modeste) et réussir. Il faut avoir deux qualités : le courage et l’envie. À votre époque, il existe toutes les aides et les établissements à Tahiti pour pousser loin vos études.”
    Gagner son indépendance, c’est le but avoué pour échapper à l’écueil rencontré par encore beaucoup de jeunes filles, résumé ainsi : “À 17 ans enceinte, à 22 ans avec 3 enfants, et quelques années plus tard, vous vous retrouvez sans rien quand votre tane s’en va” .
    Alors Wendy insiste. Pousser ses études et trouver un travail, c’est aussi plus tard la possibilité de dire : “Merde à son père ou à un homme qui empêche de pouvoir mener sa vie. Parce que, sinon, il se passe quoi ?” “On se fait taper dessus”, répond instantanément une jeune élève. Le scénario est rôdé, mais à entendre les témoignages hier, les élèves savent désormais que les happy end n’existent pas que dans les films, popa’a, ou pas.

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