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Teraparii Romea taille des pirogues avec des outils ancestraux

mardi 5 septembre 2017

teraparii romea

Après seulement une journée de travail, les courbes du va’a commencent à se dessiner. (© Anne-Charlotte Bouleau)


Bûcheron à la retraite, Teraparii Romea, 64 ans, sculpte des pirogues en bois massif depuis plus d’une trentaine d’années. Uru, manguier et ‘autera’a ont sa préférence, mais les dimensions des troncs entrent également en ligne de compte. Attaché à la transmission, il conserve quelques outils ancestraux, comme le ‘oma et le tupa, indispensables pour façonner l’intérieur des futures embarcations.

Depuis une bonne semaine, la pluie fait à nouveau partie du paysage, à la Presqu’île. Pour Teraparii Romea, résident de Tautira, ce n’est pas bon pour les affaires.

À 64 ans, le retraité croule sous les commandes de pirogues et, dans ce domaine, l’humidité n’est pas la meilleure alliée. Dans son petit atelier, dans le quartier Ahui, ni polyester, ni carbone en vue… Pas même un moule ! Son matériau de prédilection, c’est le bois massif, comme autrefois.

“J’ai travaillé à la mairie de Papeete, comme bûcheron. C’est là que j’ai commencé à faire des pirogues, vers l’âge de 28 ans. Je récupérais les arbres coupés dont les propriétaires voulaient se débarrasser et je les ramenais jusqu’à Tautira, pour travailler dessus le week-end”, se souvient-il.

Aujourd’hui, il lui arrive d’abattre des arbres, quand il n’a pas l’opportunité d’en récupérer quelques-uns en l’échange d’une création. ‘Uru, manguier et ‘autera’a font partie de ses essences fétiches. “Le tronc doit être de belle taille. Il faut compter entre cinq et six mètres de long, sur cinquante à soixante-dix centimètres de large, idéalement”, précise Teraparii Romea, initié à cette technique par “les anciens”, dont son père.

Tronçonneuse pour le gros œuvre, raboteuse et polisseuse pour les finitions, si le matériel moderne facilite grandement la tâche de l’artisan, certains outils manuels restent indispensables. C’est le cas du ‘oma et du tupa, herminette et hachette dont les lames incurvées sont respectivement utilisées pour creuser le fond et les côtés de la pirogue. Une étape intermédiaire, plutôt sportive, qui n’a plus aucun secret pour Teraparii Romea.

 

50 000 F une pirogue

 

“Quand j’étais jeune, je pouvais faire une pirogue en deux semaines. Aujourd’hui, je suis plutôt aux alentours d’une par mois. D’ici la fin de l’année, je pense que j’en aurais fait une dizaine”, précise-t-il.

Si le bois brut a son charme, l’artisan prend soin d’étanchéifier ses pirogues, avant d’ajouter quelques couches de peinture, pour prolonger leur durée de vie.

“Quand le travail est bien fait et que les gens en prennent soin, un va’a peut tenir le coup pendant quinze ans. Par exemple, il faut éviter de le laisser au soleil, car il risque de se fissurer”, explique-t-il.

L’an dernier, quatre modèles “inachevés” avaient été commandés par l’équipe du long-métrage Gauguin, voyage de Tahiti pour les besoins du tournage, qui s’était tenu pendant plusieurs jours sur la grande plage voisine.

Une démarche qui avait amusé l’artisan, plus habitué à fournir les pêcheurs lagonaires, de Tahiti jusqu’à Moorea.

Ses prochaines créations rejoindront ainsi Paea, Pueu et Vairao, pour la modique somme de 50 000 F chacune. À mi-chemin entre le passe-temps et le gagne-pain, cette activité relève avant tout de la tradition pour Teraparii Romea. Attaché à la transmission, il reçoit les curieux et les passionnés avec plaisir.

“Il faut continuer. Avant, on était plus nombreux. Aujourd’hui, je fais partie des derniers”, remarque-t-il. Lui-même pêcheur, il n’est pas prêt de troquer sa rame contre un moteur. 

 

A.-C.B.

 

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