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Thorel : “J’ai tout aimé en Polynésie et (…) la Polynésie me l’a bien rendu”

lundi 29 juillet 2019

“C’est tout le temps de manière sympathique que je suis abordé dans la rue”, confie le magistrat, ici lors de son pot de départ. Photo : Florent Collet

“C’est tout le temps de manière sympathique que je suis abordé dans la rue”, confie le magistrat, ici lors de son pot de départ. Photo : Florent Collet


Juge d’application des peines de 1995 à 2002, procureur de la République de 2009 à 2016, et substitut général depuis trois ans, José Thorel est la figure emblématique de la justice en Polynésie de la dernière décennie. Vendredi dernier, le personnel du palais de justice lui a rendu hommage avant son départ pour une semi-retraite. L’occasion d’une interview bilan.

Vous tirez votre révérence après 32 ans de métier au service de la justice. Est-ce un soulagement ou vous partez avec un pincement au coeur ?

J’ai vraiment le sentiment d’avoir occupé des fonctions très diverses, toutes passionnantes, que ce soit mes fonctions du siège ou du parquet, et plus particulièrement en Polynésie où j’aurai quand même passé 17 ans.

On peut dire que j’ai tout aimé ici, à la fois le Pays, ses paysages, sa culture, les Polynésiens. Et je pense qu’une partie des Polynésiens me l’ont bien rendu.

Et puis, surtout, ce travail juridictionnel en Polynésie, qui est très spécifique. C’est un ressort à nul autre pareil composé de tous ces archipels, ces îles éloignées avec le système de la justice foraine qui est passionnant, qui permet d’aller au plus près des justiciables dans des conditions de vie très particulières.

Donc, le bilan que je retire est surtout une grande satisfaction dans tous les domaines, humains et professionnels, à l’issue de ces 17 ans.

Mais je pars sans regret. C’est une nouvelle page de ma vie qui va s’ouvrir. Je serai ce que l’on appelle un retraité, plus proche de ma famille mais sans couper totalement les liens avec le travail juridictionnel puisque je présenterai une demande pour pouvoir continuer à travailler en tant que magistrat honoraire.

Pas en Polynésie, dans un premier temps, puisque je rentre en métropole. Dans un tribunal de grande instance, en Bretagne, où je vais me retirer.

 

Vous dites que vos fonctions ont été passionnantes. En quoi l’exercice d’un procureur de la République en Polynésie l’est-il ?

Juridiquement, le travail en Polynésie est très spécifique compte tenu du statut d’autonomie interne. Toute une partie de la réglementation lui est propre.

Le travail d’un magistrat, c’est faire du droit, mais c’est aussi de comprendre une société, sa culture, ici-même ses langues.

Et pour un magistrat du pénal, c’est aborder une forme de délinquance et de criminalité qui est très particulière.

Je n’ai pas connu en Corse la même criminalité qu’ici. À titre d’exemple, je me suis attaché notamment à la fois à réprimer et tenter de prévenir, dans le domaine des nuisances sonores.

C’est vraiment une problématique spécifique à la Polynésie contre laquelle je me suis attaché à lutter, en travaillant avec les associations de prévention et de soutien des victimes de ces nuisances, mais aussi avec la juridiction en mettant en place une politique pénale de lutte contre ces nuisances.

Dans un autre domaine, je me suis aussi attaché à réprimer et prévenir les blocages des servitudes. C’est vraiment une plaie que de voir des quartiers entiers bloqués.

Je me souviens de ce dossier où une famille avait entrepris de bloquer tous les accès au lac (Vaihiria au coeur de tahiti, ndlr). Le tourisme était entravé.

 

Pour beaucoup de Polynésiens, vous aurez marqué le fenua avec les nombreuses affaires politico-financières. Lors du récent procès de Radio Tefana, un avocat affirmait un manque d’indépendance du parquet en comparant l’immobilisme du procureur Bianconi et votre activité. Votre phrase “Je suis là pour leur rentrer dans le chou” a également laissé une trace. Est-ce que cela vous a fait du mal ? Est-ce que vous l’assumez ?

Vous savez, quand on est à ces fonctions de chef d’un parquet, on est nécessairement exposé. D’abord parce qu’on est amené à s’exprimer. L’action de la justice doit être expliquée et c’est le rôle de procureur que de le faire.

J’ai pris ces attaques personnelles avec beaucoup de philosophie et cela n’a pas du tout entravé ma détermination à mettre en oeuvre une politique de lutte contre les atteintes à la probité : la corruption, trafic d’influence, favoritisme dans les marchés publics.

J’y ai mis beaucoup d’énergie et, je pense, une fermeté qui était nécessaire notamment en application des directives de la garde des Sceaux de l’époque.

C’est une priorité de politique pénale nationale de faire que les élus qui utilisent leurs fonctions à des fins autres que la chose publique soit réprimé.

 

Avez-vous l’impression que cela a eu un effet bénéfique sur la Polynésie ?

Je le pense, oui, car, quoi qu’on en dise, une poursuite pénale, avec une audience, des peines d’emprisonnement parfois lourdes, des amendes, a toujours des vertus préventives.

Je pense qu’il est nécessaire aussi en application du principe d’égalité des citoyens devant la loi que soient réprimées avec la même vigueur les atteintes aux biens ou aux personnes commises par tout un chacun, mais aussi par ce que l’on appelle des “notables”.

 

Vous avez évoqué votre rôle de communiquant. À l’opposé de la plupart des magistrats très discrets, vous avez été un personnage quasiment public, n’hésitant pas à participer à des courses de pirogues ou à des courses à pied. Pourquoi avoir choisi cette voie là ?

J’ai toujours considéré, depuis que je suis dans la magistrature, que ce que nous faisons n’est ni secret, ni honteux et que, par ailleurs, la justice est rendue au nom du peuple français.

Il est normal que le peuple français soit informé de la manière la plus rapide et la plus claire possible.

Cela a toujours été ma ligne de conduite en matière de communication, bien entendu en évitant d’entraver le cours de l’enquête.

 

Compte tenu de ce rôle public, les Polynésiens vous reconnaissent-ils dans la rue. Recevez vous des marques de soutien, ou au contraire la défiance des militants des élus que vous avez pu faire condamner ?

Lorsque l’on passe plus de 17 années ici dans un travail au quotidien avec le public, on connaît beaucoup de gens. Je vous le disais, j’ai tout aimé en Polynésie et j’ai l’impression que la Polynésie me l’a bien rendu car c’est tout le temps de manière sympathique que je suis abordé dans la rue.

 

S’il ne fallait en retenir qu’une, quelle affaire vous a le plus marqué ?

Il est vrai que ces affaires “politico-financières” ont été lourdes à mener. Ce sont des délits complexes qui demandent des enquêtes assez fouillées. Ce sont souvent des audiences très débattues avec une défense accrocheuse.

Ces dossiers ont demandé beaucoup d’investissement et de travail mais l’affaire dont je garderai un souvenir vraiment vivace de mon passage ici a été la résolution du meurtre de la jeune Rachel Aberos.

Un dossier qui été enterré quand je suis arrivé, 23 ans après la mort de cette fille de 14 ans raptée, violée, battue à mort.

Grâce à un travail de fond engagé avec l’équipe du parquet en 2010, nous avons pu localiser des prélèvement génétiques et, c’est presque miraculeux, identifier l’auteur qui, du coup a avoué et a été jugé devant la cour d’assises. J’estime que c’est une grande satisfaction professionnelle.

 

Êtes-vous inquiet ou optimiste pour l’avenir de la Polynésie ?

Sur le plan de la sécurité publique, je n’ai pas d’inquiétude. Je pense que nos institutions de l’État, la gendarmerie, la police, les institutions du Pays et le tissu associatif est à même de relever les défis du XXIe siècle qui seront certainement dans le domaine du vivre ensemble, du social mais aussi de la protection de l’environnement.

On voit que les problématiques des atteintes à l’environnement, que ce soit les atteintes à la faune ou la flore sauvage, les déversements de substances toxiques, de plastiques, sont des problèmes qu’il faut traiter.

 

Propos recueillis par Florent Collet

 

 

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