Tiairani Drollet-Le Caill, une productrice polynésienne entre Tahiti et Aotearoa

    lundi 2 mai 2016

    Tous les lundis, nous vous proposons de découvrir un homme ou une femme qui, à sa manière, illustre l’actualité. Aujourd’hui, voici le portrait de Tiairani Drollet-Le Caill, une jeune productrice polynésienne qui partage sa vie et ses projets audiovisuels entre Tahiti et la Nouvelle-Zélande. Organisatrice du T-Tahiti Film Festival et productrice du court-métrage The Lost Pearl, elle a encore plein de projets à réaliser.

    Il suffit parfois d’une opportunité ou d’une rencontre pour trouver sa voie. Et Tiairani Drollet-Le Caill ne vous dira pas le contraire.
    Cette jeune Polynésienne est à l’origine du T-Tahiti Film Festival – un festival de courts-métrages maori et ma’ohi dont la 3e édition a lieu cette semaine –, et du court-métrage The Lost Pearl, réalisé par Temuera Morrison et tourné en octobre dernier au fenua.
    Si elle est aujourd’hui productrice dans l’audiovisuel, à travers sa société locale Indigitale Tahiti et la société néo-zélandaise Tenati, qu’elle a montée avec son compagnon, le réalisateur maori Lennie Hill, rien ne la prédestinait à ça il y a encore quatre ans.

    “J’ai été élevée par mes grands-parents, Albert Le Caill et Lisette Terorotua, qui m’ont poussée à faire des études à l’extérieur, raconte-t-elle. Et j’ai choisi la Nouvelle-Zélande. Donc après mon bac, à 19 ans, je suis partie là-bas, où j’ai enchaîné les diplômes. D’abord un diplôme en business dans une école privée, c’est l’équivalent d’un bac +2, puis une licence de commerce à la Auckland University.
    Ensuite je suis tombée enceinte de mon premier garçon, donc je suis revenue à Tahiti faire un break, poursuit-elle. Quand je suis retournée en Nouvelle-Zélande, j’ai fait une deuxième licence, en événementiel et en sociologie. C’est là qu’est né mon intérêt pour les cultures du Pacifique et notamment la nôtre ; car pour allier les deux matières, je me suis dit que j’allais faire un projet autour de la promotion de la culture.”

    Jusque-là, six années se sont écoulées, et toujours pas d’audiovisuel à l’horizon. Ce n’est qu’en troisième année de licence, en voulant effectuer un stage au sein d’une société d’Auckand qui promeut les cultures du Pacifique en Nouvelle-Zélande, que l’inattendu se produit, mais pas de la façon la plus glamour.

    “Lorsque j’ai envoyé mon CV et ma lettre de motivation à cette société, Drum Productions, ils m’ont proposé de partir avec eux aux îles Cook la semaine d’après pour un projet qui s’appelle Film Raro. C’est un événement qui rassemble des réalisateurs du monde entier, sélectionnés à l’issue d’une compétition de scénarios, pour tourner et monter un court-métrage à Rarotonga.”
    “J’y suis allée pour deux semaines de stage, poursuit-elle, mais vu que je ne m’y connaissais pas du tout en audiovisuel, j’ai commencé par servir de l’eau, du café, éplucher les pommes de terre, faire la vaisselle – j’ai commencé bien bas !, dit-elle en riant –, et en même temps, j’observais. C’était un peu ingrat, mais ça m’a permis de me faire des contacts et beaucoup de connaissances.
    C’est aussi là que j’ai connu Lennie. On n’était qu’amis au départ, et j’avais gardé contact avec lui parce qu’il était de Nouvelle-Zélande. Il m’a mis sur d’autres projets ensuite, dont Footstep, son court-métrage, qu’il a tourné à Aitutaki, aux îles Cook, basé sur une légende de là-bas et du rahui. Au début, je me faisais engueuler, mais j’ai persévéré parce que ça m’intéressait.”

    Développer la culture  à travers l’audiovisuel

    Tiairani Drollet-Le Caill partage actuellement sa vie entre Aotearoa et Tahiti pour les besoins de ses différents projets, “mais on va essayer de moins revenir”, confie-t-elle.
    “J’aime bien ces allers-retours, mais on va vraiment essayer de se développer en Nouvelle-Zélande. On a fait beaucoup déjà pour ici. Le T-Tahiti Film Festival va revenir chaque année et on a toujours le projet de long-métrage The Lost Pearl, mais c’est plus facile en Nouvelle-Zélande. Là-bas, ils consacrent chaque année des millions pour le développement audiovisuel et c’est moins compliqué qu’ici pour trouver des fonds. Surtout qu’on ne travaille pas vraiment encore à la commande, ce sont surtout nos projets, notre vision, qu’on développe. On a d’ailleurs plusieurs projets à venir de courts- métrages.”

    Parallèlement à l’audiovisuel, Tiairani Drollet-Le Caill avait également commencé, à Auckland toujours, un master en Maori Development.
    “J’ai fait une première année, ensuite j’ai pris un break, parce qu’entre-temps, on montait nos sociétés et j’ai aussi eu un bébé. Mais je compte reprendre.
    En fait, j’avais besoin d’expérience, parce que mon sujet de thèse, c’est : comment développer la culture à travers l’audiovisuel.
    Et il n’y a pas encore vraiment beaucoup de recherches qui sont faites là-dessus. Je voulais donc me concentrer sur la pratique, pour pouvoir ensuite développer des théories basées dessus.”

    Mais plus qu’une thèse, c’est aussi un objectif que la jeune femme de 30 ans s’est fixé, “surtout pour mes enfants, je pense”.
    “Quelque part, j’aimerais vraiment arriver au développement culturel par l’audiovisuel pour mes enfants. Déjà parce qu’ils ne vivent pas ici, ils vivent là-bas, ils ont peur de la mer, ils n’ont pas l’habitude, alors que nous, on a vécu dans l’eau.
    C’est vraiment pour qu’un jour, s’ils se demandent d’où je viens, qui je suis, qu’ils puissent le voir.” 

    Vaiana Hargous

     

    Ses dates clés

    – Tiairani Drollet-Le Caill est née en 1985 à Papeete.
    – En 2004, après son bac, elle part en Nouvelle-Zélande poursuivre ses études.
    – En 2009, elle accueille son fils aîné, Mahinanui, né à Tahiti.
    – En 2013, elle effectue un stage de deux semaines sur le projet Film Raro, à Rarotonga. “Cette année a été très importante, ça a changé ma vie.”
    – En 2014, elle crée le T-Tahiti Film Festival au fenua, puis met au monde son fils cadet, Matatini, en Nouvelle-Zélande.
    – L’année 2015 aura été la plus chargée avec : en janvier, la création de sa société de production audiovisuelle Indigitale Tahiti ; en juillet, l’arrêt de ses études en Maori Development afin de développer ses projets ; et en octobre le tournage de The Lost Pearl, “mon premier vrai projet de production du début à la fin”.

        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete