Tihoti Punua, un Tahitien au bout du monde, en Suède

    lundi 11 janvier 2016

    Avant sa rencontre avec Ida Flink, Tihoti Punua n’avait jamais pensé un jour s’expatrier loin de son fenua… Et encore moins dans un pays où les températures avoisinent les -20 degrés une grande partie de l’année. Il aura fallu une rencontre, un coup de foudre, sur l’île de Ahe, où il travaillait à l’époque dans la ferme perlière familiale, pour que son destin se retrouve chambouler. Tihoti Punua vit aujourd’hui depuis quatre ans dans un petit village en Suède, où il a agrandi sa famille.

    En 2010, Tihoti travaillait aux Tuamotu, à Ahe, dans la ferme perlière familiale. Lors d’une soirée organisée par des amis, il rencontre Ida Flink, une Suédoise venue découvrir la Polynésie en tant que woofer (travailleur volontaire). C’est le coup de foudre. Ils décident alors de ne plus se quitter. Durant un an, ils vivent d’amour, d’eau fraîche et du travail de Tihoti à la ferme perlière.
    De leur union naît, le 25 août 2011, un petit garçon Manuatea, Olof, Rehia. Ida accouche à Tahiti et reste sur place pendant six mois, tandis que Tihoti retourne à Ahe pour le travail. En mars 2012, la petite famille décide de partir en vacances en Suède mais, une fois là-bas, Ida ne veut plus repartir. “Je me suis retrouvé coincé en Suède, car il m’était impossible d’envisager me séparer de ma femme et de mon fils. J’ai appelé ma famille pour les prévenir que je ne rentrerai pas. Si ma grand-mère, ma mère et mes amis ont compris ma décision, mon père, lui, n’a jamais vraiment encaissé et m’en veut toujours de n’être jamais revenu. J’étais très triste de ne pas pouvoir rentrer au fenua. Il m’a fallu deux mois pour accepter la situation, puis je me suis fait à l’idée”, raconte-t-il.
    Le couple s’installe dans un appartement non loin de la maison des parents d’Ida, à Orsa, un petit village situé au nord de Stockholm, en plein milieu de la Suède, loin des côtes maritimes. Ida reprend ses études pour devenir professeur. Tihoti est tout d’abord embauché par sa belle-famille en tant que menuisier. “Je n’avais aucune qualification dans ce domaine, j’ai dû tout apprendre”, se rappelle-t-il.
    Il y travaille sept mois, avant de rentrer dans une école pour suivre des cours de suédois pendant un an. À la sortie de l’école, il sait lire, écrire et parler le suédois couramment. Il retourne travailler dans l’entreprise de sa belle-famille, puis devient planteur d’arbres. “C’est une expérience extraordinaire. Tu es en pleine nature. C’est très sportif comme boulot : il faut grimper, courir…”, explique-t-il.
    Au bout d’un an, un ami lui propose d’être bûcheron, un métier qui lui permet de bien gagner sa vie et de voyager en Europe. En 2014, il est papa pour la deuxième fois d’une petite fille, Tongi Elisabeth Kahaia.
    Tihoti a changé ses habitudes alimentaires. Fini le poisson, il s’est mis à la viande d’élan et à la viande d’ours, fraîchement chassée par son beau-frère qu’il accompagne parfois. “C’est trop bon ! Meilleur que la viande que l’on trouve à Tahiti”, précise-t-il.
    Lui qui avait l’habitude d’être entouré de bleu, au fenua, il ne voit la mer qu’une fois par an, lorsqu’il part en vacances dans la maison de campagne de sa belle-famille. “Je dois enfiler une combinaison spéciale pour me baigner dans la mer, tellement l’eau est froide ; elle ne fait pas plus de 16° en été.”
    Sa famille et ses amis lui manquent beaucoup. La chaleur et le soleil aussi. “L’hiver, les températures descendent jusqu’à moins 20 degrés. Et l’été le plus chaud, c’est 25 degrés maximum. Le soleil se lève à 10 heures du matin et se couche à deux heures de l’après-midi. On vit beaucoup dans la nuit”, explique-t-il.
    Il y a un mois, Tihoti est revenu au fenua, pour la première fois depuis son “grand départ”. S’il a été heureux de retrouver ses proches, il a été très choqué par le Tahiti qu’il a découvert. “Il y a quatre ans, lorsque je suis parti de Tahiti, ce n’était pas comme ça. Aujourd’hui, il y a de la délinquance partout. Beaucoup de jeunes vendent de la drogue sur la route. Il y a beaucoup de chômage. En Suède, c’est tellement différent. Il y a beaucoup d’aides. Les jeunes ne traînent pas dans la rue, ils sont concentrés sur leurs études. Il faut dire que, lorsque tu sors de l’école en Suède, tu es sûre d’avoir un travail derrière”, raconte-t-il.
    En 2016, Tihoti a décidé de se lancer dans une formation pour devenir boucher-charcutier, mais pour s’en sortir, il pourra compter sur les aides du pays destinés aux étudiants.
    Ida et Tihoti comptent revenir à Tahiti, après leur formation, pour se marier et pourquoi pas, y travailler quelque temps.
    Tihoti a littéralement changé de vie par amour. Si, à l’âge de 31 ans, il est devenu un véritable Suédois, il n’a pas pour autant perdu les expressions typiques et l’accent chantant du fenua.

    É.P.

    Hiro 2016-01-12 23:36:00
    J''en connais un qui pareil!
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