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Tour d’horizon du commerce en Polynésie par le patron de la FGC

samedi 17 décembre 2016

gilles yau

Gilles Yau, président de la fédération générale du commerce (FGC). (© Elénore Pelletier)

 

 

Jeudi, dans La Dépêche de Tahiti, Clet Wong, le vice président de la chambre de commerce, de l’industrie et des métiers (CCISM) affirmait, lors des présentation des festivités de Noël, que, pour l’année 2016, “le commerce se porte mieux”.

Le président de la fédération générale du commerce (FGC) Gilles Yau a un point de vue différent. Pour lui, “on est toujours en récession économique”. Magasins de proximité, grandes surfaces, impact des achats Internet sur le commerce local, produits de première nécessité (PPN) et des produits de grande consommation (PGC), taxes diverses et variées… Gilles Yau fait un état des lieux du commerce en Polynésie française.

 

 

• Situation économique du commerce en Polynésie française

 

“Entre 2004 à 2014, on a perdu beaucoup d’emplois en Polynésie française. Près de 8  000 emplois ont été détruits durant cette période. En 2015, la tendance ne s’est pas inversée mais elle s’est stabilisée.

Dans le secteur du commerce, la baisse des effectifs s’est poursuivie sur l’ensemble de l’année 2015  : -1,2  %. Il ne faut pas oublier que le commerce est le premier employeur du secteur privé. Les derniers chiffres de 2016 montrent qu’on a stabilisé cette baisse à 0,2  %.

Le chiffre d’affaires du commerce est tiré par la consommation des ménages.

Aujourd’hui, on n’a que 33  000 ménages qui sont des “actifs”, selon l’Institut de Statistique de Polynésie Française (ISPF), mais ça veut dire qu’on a 8  000 ménages qui ont disparu du circuit de la consommation.

 

 

La tendance ne s’est pas inversée mais elle s’est stabilisée

 

 

Ces chiffres, malheureusement, corroborent ceux des importations civiles. D’après l’institut d’émission d’Outre-mer (IEOM), le volume des importations a augmenté de 3,7  % sur l’année 2015, ce qui correspond à 167 milliards de francs d’importation. Mais si on enlève les deux avions qu’Air Tahiti a achetés, plus l’Aranui 5, on se retrouve avec une faible augmentation, de 1  % seulement, qui vient à peine compenser la perte des années précédentes.
On est toujours dans une situation de récession économique, auquel s’ajoute pour le commerce deux facteurs préoccupants. D’une part, le chiffre d’affaires en nette baisse dans plusieurs secteurs, notamment automobile et alimentaire. D’autre part, l’augmentation des charges et des salaires liée à l’ancienneté”

 

• Les problématiques du centre-ville et les solutions à apporter

 

“Les commerces des centres-villes font face à plusieurs problématiques  : les places de parkings peu nombreuses, les horaires d’ouverture restreints des magasins, la sécurité et la propreté. Aujourd’hui, on assiste à une multiplication des petits salons. Ce qui conduit à une baisse de la fréquentation des centres-villes, car ils proposent des parkings gratuits pour leurs visiteurs et des plages horaires très larges.

 

Une ouverture permanente des commerces les samedis après-midi

 

Notre grand chantier pour 2017  ? L’ouverture des magasins le samedi après-midi. L’idée, c’est de créer des animations et pousser les commerces à proposer des prix spéciaux chaque premier samedi du mois… Et à la longue, on espère instaurer une ouverture permanente des commerces les samedis après-midi.

Pousser les commerces à ouvrir le dimanche semble pour le moment impossible, car le code du travail est trop complexe et cela coûterait trop cher aux petites structures.

Par ailleurs, en septembre 2016, nous avons obtenu l’exonération des taxes sur le textile. Ce qui va rendre plus compétitifs les commerces de détail textile. Ils vont gagner entre 10 et 15 points de compétitivité car ça va leur permettre de diminuer le delta entre les prix métropolitains et les prix polynésiens de 20  % à 30  %. Il y aura toujours une légère différence de prix liée au fret, au mode de transport.”

 

 

• Les achats via Internet qui pénalisent le commerce local

 

“Les gens ont changé leur façon de consommer. De plus en plus de Polynésiens font leurs achats sur Internet, grâce à la franchise postale fixée à 20  000  F. Alors que le Pays est si prompt à créer de nouvelles taxes et à taxer, on ne comprend pas pourquoi les colis postaux ne sont même pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

Il faudrait que cette TVA soit applicable dès le premier franc, quand le consommateur achète son produit hors taxe via un site étranger. Et je ne parle pas des droits d’entrée et des autres taxes…

La consommation via les réseaux sociaux se développe de plus en plus. Les vendeurs sont des gens patentés qui ont la possibilité de voyager facilement parce qu’ils ont un travail qui le leur permet ou parce qu’ils peuvent bénéficier de billets à gratuité partielle (GP). Ils se ravitaillent à Los Angeles et, bien sûr, ils peuvent proposer des produits à moindre coût car, avec le statut de “très petite entreprise”, ils bénéficient d’une exonération de la TVA. Et comme ils n’ont pas de pas-de-porte, ils ne paient pas de charges”

• Ce que veulent obtenir les commerces en 2017  ?

 

“On voudrait que le Pays réduise la liste des produits de première nécessité (PPN) et des produits de grande consommation (PGC). Il faut savoir que le Pays ne perçoit aucune taxe sur ces produits  : ni TVA, ni droit d’entrée, mais le commerçant ne prend que 10 à 20  % de marge dessus. Ce qui est très peu. Mis en place en 1991, on comptait au démarrage près de 200 PPN et 200 PGC.

Aujourd’hui, le nombre de PPN a quadruplé et celui des PGC a été multiplié par dix. 65  % de produits sont en PPN et PGC dans les supermarchés. Nous, on demande à revoir le nombre de produits PPN et PGC. On espère que le Pays va libéraliser les prix sur les PPN et les PGC, pour permettre plus de concurrence, et revaloriser les marges. Nous avons déjà mené sept réunions avec le gouvernement sur le sujet. La balle est aujourd’hui dans son camp.

Par ailleurs, on est contre la taxe sur les produits et boissons sucrées qui risque d’avoir des incidences très importantes sur le budget des ménages.

 

La taxe sur les grandes surfaces créée pour renflouer les caisses du Pays

 

On aimerait aussi la suppression de la taxe sur les grandes surfaces, applicable pour les commerces de plus de 400  m2, mise en place en 2014 pour renflouer les caisses du Pays. Cette taxe est le double de celle qui existe en métropole.

On demande à ce que, dans un premier temps, on revienne sur la base métropolitaine puis, dans un second, à sa suppression totale. Elle rapporte aujourd’hui 1,5 milliard de francs au Pays mais représente pour les entreprises qui y sont assujetties 50  % de leur bénéfice.

Enfin, bien sûr, on attend plus de flexibilité sur le code du travail, qui est trop complexe, trop rigide et qui pénalise l’emploi. Il y a trop de protectionnisme envers le salarié, et les patrons ont peur d’embaucher.”

 

Propos recueillis par Élénore Pelletier

 

 

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