Tour d’horizon des sujets sensibles avec le ministre de la Santé Patrick Howell

    mercredi 2 septembre 2015

    Le schéma d’organisation sanitaire, dévoilé la semaine dernière aux autorités sanitaires du Pays, comporte six priorités. Le laboratoire de haute sécurité devrait être mis en place d’ici la fin de l’année. Les postes d’urgentistes à Taravao seront rendus plus attractifs.

    Le ministre de la Santé, Patrick Howell est un homme public, un orateur qui n’a pas le verbe facile avec les médias. Il ne pratique pas la langue de bois, mais, sur les sujets “chauds”, ses commentaires sont rares.
    Lorsque le service des urgences de l’hôpital de Taravao, en pleine crise, se vide de ses médecins, le mot d’ordre du ministre est : “Nous devons attendre le schéma d’organisation sanitaire”. Encore récemment, lorsqu’il recevait le directeur sortant de l’hôpital au ministère pour lui stipuler “expressément” sa révocation, il précisait “qu’il ne ferait aucun commentaire sur le sujet”.
    Alors, lorsque le ministre de la Santé est sur le terrain pour s’assurer du bon déroulement de la mise en place de nouveaux groupes froids au centre hospitalier de Taaone, à Pirae, samedi dernier, les questions pleuvent. Et cette fois, le ministre Patrick Howell a accepté de livrer des éléments de réponse sur bon nombre de sujets.

    > Quid du schéma d’organisation sanitaire
    Les grandes orientations du schéma d’organisation sanitaire (SOS) ont été dévoilées la semaine dernière aux autorités de la santé du Pays. Le grand public devra encore attendre un peu… Cependant, le ministre de la Santé, Patrick Howell, a d’ores et déjà expliqué qu’elles étaient au nombre de six. Donc bien moins que le précédent SOS qui comptait près de 160 objectifs, dont seuls 30 avaient été atteints en dix ans.
    Parmi ces six grandes orientations, le ministre cite le fait de restaurer la gouvernance pour les cinq ans à venir, la mise en place d’une mutualisation des hôpitaux de Taravao et de Uturoa tout en précisant “que cela ne veut pas dire que nous n’étendions pas cette mutualisation à d’autres unités, mais, pour les cinq prochaines années, cela fait partie des priorités”.
    Autre grande orientation : la lutte contre l’obésité. “Cela fait partie des priorités car celle-ci entraîne un très grand nombre de pathologies.” Enfin le ministre a expliqué qu’il était aussi question de remettre en place la législation du Pays “afin de l’harmoniser avec ce qui se fait ailleurs”.

    > Devenir de l’hôpital de Taravao
    “Concernant cet hôpital, sa gestion par les anciens dirigeants nous pose aujourd’hui des problèmes. Un hôpital doit être constitué de trois choses fondamentales, un service de médecine, un service de chirurgie et un service d’obstétrique. Dans le passé, nous avions tendance, notamment dans les îles, lorsque nous ouvrions un dispensaire, à lui coller l’appellation d’hôpital. C’est le problème auquel nous sommes confrontés à Taravao.
    Il y a de la médecine, mais pas de chirurgie ni d’obstétrique. Or, dans l’esprit de la population, cette unité doit fonctionner comme un hôpital.
    Aujourd’hui, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour maintenir un service d’urgence 24 heures sur 24, mais nous nous heurtons à l’obligation d’avoir des médecins formés aux urgences.
    Nous avons quatre postes d’urgentistes à offrir, mais nous ne sommes pas attractifs. Les raisons sont nombreuses : les salaires, le logement, la prise en charge des déplacements qui ne suivent pas. Lorsqu’on regarde ce qui est fait ailleurs en outre-mer, on s’aperçoit que nous sommes bien en deçà. Nous travaillons donc sur le sujet pour rendre à nouveau ces postes attractifs. J’espère que d’ici quelque temps nous trouverons un accord avec le ministre de la Fonction publique et celui des Finances pour créer les conditions nécessaires à la venue de nouveaux médecins urgentistes à Taravao.”

    L’obésité “fait partie des priorités car celle-ci entraîne un très grand nombre de pathologies”

    > La fusion des laboratoires de Malardé et du CHPF
    L’une des recommandations de la chambre territoriale des comptes, plusieurs fois mentionnée, concerne la fusion entre les activités de laboratoires de l’ILM (Institut Louis Malardé) et du CHPF (centre hospitalier de Taaone). Fusion qui devrait permettre de retirer les bénéfices de la nouvelle chaîne robotisée d’analyse de l’hôpital.
    L’ex-directeur de Malardé, Patrick Howell, considère qu’il y a une incompréhension totale sur le sujet puisque “le laboratoire de biologie médical de Malardé est le seul outil de recherche du Pays. Le laboratoire du CHPF est dédié aux analyses faites sur les personnes hospitalisées, il ne s’agit donc pas des mêmes missions”.
    Selon le ministre, unir ces deux laboratoires aurait pour conséquence de mettre le secteur de la santé en difficulté “car cela signifierait perdre la recherche de l’ILM qui dispose d’une visibilité sur l’ensemble du Pacifique”. Patrick Howell insiste : “Fusionner les deux plateaux techniques signifierait perdre le financement de Malardé. Un financement assuré à 70% par les recherches de son plateau technique et à 30 % par le Pays”.

    > Le laboratoire de haute sécurité (P3) commandé par l’ILM ?
    Le gouvernement l’annonçait le 9 octobre 2014. L’institut Louis Malardé allait se doter d’un laboratoire pouvant traiter d’agents infectieux hautement pathogènes, comme Ebola. Quatre vint onze millions ont déjà été subventionnés pour commander le laboratoire et, hier matin, 25 millions de plus ont été accordés par la commission de contrôle du budget et des finances (CCBF) dans le but d’aménager l’emplacement prêt à recevoir le laboratoire.
    Comme l’espérait Patrick Howell, samedi dernier, “compte tenu de l’urgence du projet” la commission l’a suivi, et a donné son feu vert au déblocage de fonds. Grâce à ce laboratoire de plus de 110 millions de francs, la Polynésie pourra au moins réaliser le diagnostic d’un potentiel nouveau virus “très infectieux” et ce, rapidement, car le laboratoire devrait être mis en place en décembre 2015. Il est sûr que le risque zéro n’existe pas. Ebola aurait pu arriver jusqu’au fenua. D’autres virus, tout aussi dangereux, peuvent un jour le faire. Cela dit en Polynésie, le diabète n’est pas un virus, mais il est un fléau bien réel qui touche plus de 11% de la population. Pourtant, la maison du diabétique a fermé ses portes, il y a un mois, faute d’obtenir la garantie d’une subvention de 10 millions de francs.

    Directeur de la direction de la santé : “Un appel à candidatures en temps utile (…) avant la fin de l’année”

    > Le remplacement du directeur de la direction de la santé
    François Laudon est nommé à la tête de la direction de la santé le 15 novembre 2014. Après son annonce publique de poursuivre en justice le personnel médical de Taravao qui ne fait alors qu’attiser les tensions entre direction et personnel et engendre la démission de la majorité des urgentistes de l’hôpital, François Laudon avait demandé à quitter son poste pour des raisons de santé. Une demande toujours en attente. François Laudon a toutefois pu bénéficier de trois semaines de congés en mai et, depuis début juillet, il est en congés jusqu’au 6 septembre.
    Le ministre a assuré “qu’il ferait un appel à candidatures en temps utile, en tout état de cause avant la fin de l’année”. Patrick Howell a aussi confirmé que “François Laudon rencontrait des problèmes de santé et qu’il s’agissait en réalité d’écouler ses congés”. Bénéficier de près de trois mois de congés après sept mois de travail est toutefois un avantage qui ne se retrouve nulle part ailleurs.

    Jen.R.

     

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