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Trafic d’ice – Des retrouvailles chargées d’émotions

jeudi 15 juin 2017

ice retour jeune

Beaucoup d’émotion, hier, à l’aéroport Tahiti-Faa’a pour les familles venues accueillir les enfants bloqués à Los Angeles. (© Florent Collet)


Après l’arrestation dimanche dernier de leur guide pour détention d’ice, dix jeunes du fenua étaient bloqués à Los Angeles sans argent. La compagnie aérienne Air France a pris en charge leur hébergement et leur billet retour, tandis que l’oncle et la tante de quatre d’entre eux sont allés les soutenir moralement. Hier matin, familles et amis étaient nombreux pour aller accueillir des enfants soulagés et émus de retrouver leur fenua. 

“Tatie, nous n’avons pas décollé. Nous avons été débarqués et l’avion est parti sans nous. J’ai cru qu’il me faisait une sale blague parce qu’on avait hâte de les voir. J’ai regardé autour de lui et je me suis rendu compte qu’effectivement ils n’étaient pas partis. Il a continué : “Tatie, je crois qu’un truc grave s’est passé, ils ont dû trouver quelque chose dans les bagages de notre guide.” Je me suis dit qu’ils avaient trouvé de la drogue.”

C’est le début d’un cauchemar. Dans la nuit de samedi à dimanche dernier, Nadia reçoit un appel via Internet de son neveu à l’aéroport de Los Angeles. Il fait partie de la dizaine de jeunes qui pensaient décoller pour Tahiti, après une semaine passée dans la Cité des anges lors d’un voyage organisé. Tout le monde a embarqué, mais l’avion tarde, reste planté sur le tarmac.

“Ils étaient tous étonnés quand ils ont vu à travers le hublot leurs bagages repartir en arrière. Ils se sont dit qu’il se passait quelque chose”, raconte la tante. “On ne savait rien”, relate Herenoa, l’un des membres de ce voyage, Décidément mémorable. “Quand on est sorti de l’avion, on a vu tous les policiers dehors en train de nous attendre. Cela fait peur sur le coup. Un moment, j’ai pensé que j’allais me retrouver en prison, mais finalement, même si cela a duré plusieurs heures avec les policiers, cela s’est bien passé”, précise Herenoa.

Kevin, lui, a visiblement été  moins effrayé : “Comme on savait qu’on n’avait rien sur nous, cela a été easy.”

Stéphanie, dont la fille et la belle-fille faisaient partie des bloquées de LAX, avoue avoir été la plus effrayée : “C’est elles qui m’ont rassurée par leur façon de me parler et leur façon d’être. Elles étaient vraiment fortes et courageuses.”

 

Cloîtrés à l’hôtel

 

Les jeunes sont finalement mis au courant, leur guide, l’une de ses filles et son assistante ont été arrêtés, un chien renifleur a trouvé de l’ice dans leurs bagages.

“Ils ont appelé en disant qu’ils n’avaient rien, ils n’avaient plus de sous, le guide leur a dit qu’il fallait tout dépenser avant de rentrer, ils l’ont écouté”, explique Marc, l’oncle de quatre des jeunes voyageurs.

Avec sa femme, hôtesse, ils n’hésitent pas une seule seconde : “On n’a pas réfléchi, on a pris le billet et on est parti. En plus, l’avion était plein, on a expliqué que c’était un cas d’urgence. On est parti pour les réconforter et les rassurer. Quand on est arrivé, ils étaient perdus, ils ne savaient pas comment faire, c’est la première fois qu’ils allaient aux États-Unis.”

Arrivé à Tahiti par le vol précédent, quelques minutes avant ses feti’i, l’oncle craint encore que ses neveux fassent l’objet d’interrogatoire des policiers du fenua. Il n’en sera rien.

Devant la porte des arrivées, Nadia ne tient plus : “Nous sommes déjà émus, nous n’attendons que ça : les revoir. C’était dur pour nous de les savoir sans rien. Heureusement que le frère et la belle-sœur sont allés les rejoindre avec de l’argent parce que le dimanche, ils n’avaient rien du tout, mais c’était surtout pour les soutenir moralement. C’est leur premier voyage. Le premier jour, ils n’osaient pas sortir de l’hôtel. Ils ont attendu que la famille arrive pour les soutenir.”

Stéphanie, elle aussi, se sent gagnée par l’émotion à l’arrivée des premiers passagers : “Je suis rassurée, en joie, les larmes commencent déjà à couler.”

Et enfin, les uns derrière les autres, ils arrivent. Que ce soit pour les départs, pour les arrivées, des torrents de larmes ont déjà été versés dans le hall de l’aéroport de Tahiti-Faa’a. C’est une nouvelle vague de pleurs qui les submerge quand tous se retrouvent.

 

Les peurs enfin dissipées

 

Se serrant mutuellement, les larmes des voyageurs et de leurs familles se mêlent, mélange de joie et de peurs enfin dissipées.

“Même si Air France s’est occupé de nous, nous étions quand même stressés, nous avions hâte de repartir et être sûrs de décoller”, confie Herenoa.

“Là, la tension est tombée, il n’y a pas de mot pour décrire l’émotion”, se réjouit Nadia en essuyant, une nouvelle fois, ses yeux.

Une autre mère de famille remercie le directeur régional d’Air France, Alex Hervet, venu accueillir des membres de sa famille. Sans y être obligée, la compagnie tricolore a été un soutien précieux pour ses clients.

“C’était une situation un peu atypique. Dimanche matin, nous avons su qu’ils n’avaient pas forcément de quoi gérer la situation là-bas, la nuit avait été très longue. Une collègue est restée avec eux pendant toutes les inspections pour les accompagner et faire la traduction. Après, dans la foulée, nous nous sommes dit que c’était bien de s’occuper d’eux”, explique le responsable de la compagnie.

L’heure est désormais au retour à la maison, avec la sensation de n’être passé pas loin d’un imbroglio judiciaire à cause de leur guide.

“Savoir qu’ils ont fait partie de ce trafic sans le savoir, cela a été difficile pour eux, car ils ont donné leur confiance à cette personne qui devait les guider et être leur protecteur là-bas”, explique Nadia.

“Ce n’est pas bien ce qu’il a fait. La colère que j’ai envers lui, c’est de l’avoir fait quand il était avec nos enfants. Il l’aurait fait seul, à la rigueur, c’est son problème. Je suis en colère parce que cela aurait pu aller plus loin. Ils auraient pu être impliqués, comme ils sont jeunes, on aurait pu penser qu’ils étaient consommateurs, heureusement qu’ils n’ont pas été utilisés”, dit-elle.

Stéphanie, elle plus peinée que fâchée, réplique : “Je n’ai pas de colère, je n’ai pas à les juger. Chacun fait des erreurs, mais la vie va se charger de lui en Amérique. J’ai un pincement au cœur pour sa fille que je connais très bien. Si on a mis de l’ice dans ses bagages à son insu, c’est vraiment désolant.”

Pour le guide, sa fille et son assistante, retenus par la police américaine, il n’est évidemment pas encore question d’un retour au fenua.

 

F.C.

 

 

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