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Le trafic de paka visait les quartiers de Faa’a

mercredi 12 avril 2017

justice tribunal

Un dossier si important que l’huissier a dû s’aider d’un chariot. (© Florent Collet)

C’est un procès-fleuve pour une affaire de paka d’une dimension inédite qui s’est ouvert hier au palais de justice. Alors que le tribunal correctionnel traite souvent en juge unique les dossiers de petits revendeurs, c’est cette fois tout un réseau qui a été démantelé.

Un procès qui s’est d’ailleurs séparé en deux, l’un celui dont la matière première était produite à la Presqu’île, l’autre dans les îles Sous-le-Vent, le seul trait d’union étant le lieu de distribution, autrement dit de revente : les différents quartiers de Faa’a.

Même si les 20 prévenus ne sont pas poursuivis pour trafic en bande organisée, le président du tribunal met tout de suite l’accent sur cette “organisation bien structurée, si ce n’est militaire, elle l’est au moins comme une entreprise”, où le PDG est appelé big boss et le chef des ventes, le boss.

Une organisation où la tête a soigneusement cloisonné les différentes chaînes, avec des producteurs de paka, un chef des producteurs, des conditionneurs, un chef des ventes et vendeur par zones, et surtout une logique d’entreprise et une division du travail que n’aurait pas reniées Adam Smith avec un seul et même objectif : la productivité et, au final, la rentabilité.

Un trafic mené entre 2010 et 2014 pour celui de Tahiti Iti, 2013 et 2014 pour les Raromatai et dont les acteurs ont tous reconnu leur implication dans l’affaire, parfois avec moult détails durant l’instruction, mais qui se sont avérés bien moins loquaces, hier.

“J’ai oublié, ça fait longtemps”, justifient certains. “Comme les autres, vous avez un trou de mémoire. Cela abîme, le cannabis”, ironise le procureur.

D’autres changent de version : “J’étais énervé contre le boss, alors, je me suis vengé, j’ai menti aux gendarmes.”  L’un des prévenus donne une explication à ces revirements : “Les planteurs ont peur du boss et cela doit être lui qui paie leur incarcération.”   Réaction du big boss, à l’attention du président du tribunal : “Dans cette affaire, plus du bla-bla que la réalité.”

Premier cas à être entendu celui du Boss, celui qui rachète le paka cultivé à la Presqu’île pour, ensuite, le distribuer à d’autres revendeurs implantés dans chaque quartier stratégique en leur fixant des objectifs commerciaux.

Des grossistes pouvant faire appel à des semi-grossistes, payés par quelques sticks à 1 000 F ou qui prélèvent un peu dans chaque boîte à 5 000 F.

Une fonction juteuse pour le Boss, absent de l’audience, hier, qui lui aurait permis d’empocher près de 500 000 F par mois.

Des revenus qui ne sont pas le lot de tous, comme dans chaque entreprise, la situation envieuse du patron crée des rancœurs, comme l’a expliqué l’un des planteurs à l’encontre du big boss, considéré comme “l’un des plus gros producteurs de la Presqu’île”. “Il nous exploite car nous sommes dans la misère, mais, lui, a de belles voitures et, à chaque fois, du linge propre.”

Un big boss craint, avec qui il n’entre pas en contact. C’est un lieutenant que le big boss a chargé du recrutement des planteurs. Ces derniers se voient confier des jeunes plants et de l’engrais, une fois la récolte effectuée, la moisson est partagée en deux avant d’être conditionnée.

Comme l’explique le big boss : “Cela ne se vend pas si facilement, le marché est surchargé”. En témoignent les SMS échangés avec l’un des revendeurs de Faa’a, qui informent des offres commerciales proposées par d’autres fournisseurs.

Un commerce lucratif, l’un des revendeurs arrondit par exemple ses fins de mois en vendant le matin avant de partir au travail et le soir en revenant.

Le big boss, lui, reconnaît avoir vendu environ 200 boîtes à 3 000 F par semaine durant deux ans, soit environ 65 millions.

Aujourd’hui, ce sera l’heure de la plaidoirie pour les avocats qui n’auront pas la partie simple compte tenu des nombreux revirements des prévenus hier.

Chacun encourt jusqu’à 10 ans de prison, et le double pour ceux, nombreux, étant en récidive.

 

F.C.

 

 

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