Transport insulaire – Le “niet” des armateurs

    jeudi 27 août 2015

    Les armateurs ont rejeté à “l’unanimité”, selon le président de leur confédération, le schéma directeur des déplacements durables interinsulaires présenté par le gouvernement. Ethode Rey dénonce les articles 10 et 12 du projet de loi du Pays qui l’accompagne :
    “Si l’on veut décourager les investisseurs, on ne s’y prendrait pas autrement.” Le président de l’assemblée s’est saisi du dossier pour le faire avancer afin de ne pas pénaliser Air Tahiti, qui attend le vote du schéma directeur pour défiscaliser deux ATR.

    Le moins que l’on puisse dire, c’est que le schéma directeur des déplacements durables interinsulaires a du mal à passer là où il est présenté. Après son renvoi par l’assemblée de la Polynésie française, c’est au tour des armateurs de faire savoir, par l’intermédiaire du président de leur confédération, Ethode Rey, leur refus de le voir appliqué “en l’état” sur la partie les concernant.
    Si le président de la confédération des armateurs reconnaît que l’un des gros problèmes auquel sont confrontés les armateurs aujourd’hui est de “pouvoir bénéficier de la défiscalisation en contrepartie du vote d’un schéma directeur des déplacements durables interinsulaires”, il déplore néanmoins que ce schéma soit prétexte à un chantage et à écrire des “choses qui sont inacceptables”. Pour Ethode Rey, l’urgence de faire voter le schéma directeur n’est pas “si urgente que cela pour les armateurs, ce qui n’est pas le cas pour l’aérien qui attend la prochaine livraison de deux avions”.

    Loi du Pays et schéma directeur indissociables
    Pour Ethode Rey, “ce schéma directeur a été fait avant tout pour satisfaire l’administration, mais par pour les opérateurs. Pour appréhender le problème dans toute son étendue, il convient d’abord de se référer à certains articles du projet de la loi du Pays relative à l’organisation du transport interinsulaire maritime et aérien. Dans son article 10, celle-ci prévoit que le Pays délivre la licence d’exploitation pour une durée déterminée. Comment voulez-vous qu’un armateur qui investit deux milliards de francs dans un bateau neuf puisse accepter d’investir cette somme sans connaître la durée de cette licence ? Deux milliards de francs, c’est une somme considérable qui ne s’amortit pas en quelques années. Il n’y a aucune visibilité, c’est pour cela qu’en l’état actuel de cette loi, il est impossible d’investir dans un bateau neuf.”
    Pour Ethode Rey, la licence donnée à la SARL SNT en juin en est l’exemple frappant : “La société SNT a obtenu une licence d’exploitation pour son navire Saint Xavier Maris Stella III de six mois renouvelable. Comment voulez-vous dans ce cas investir dans un navire neuf ? Après, on s’étonne du côté du ministère que les bateaux soient vieux et ne soient pas remplacés. L’explication est toute simple, il suffit d’ouvrir les yeux.”

    Pourquoi changer ce qui fonctionne bien ?
    Mais pour Ethode Rey, les freins à l’investissement ne s’arrêtent pas là : “Lorsqu’on se penche sur l’article 12 de cette loi, on lit que les anciennes licences d’exploitation conservent leur validité de 12 mois, dans la mesure où elles sont compatibles avec le schéma directeur et qu’en cas d’incompatibilité, le Pays constate leur caducité sans indemnisation. Si l’on veut décourager les investisseurs, on ne s’y prendrait pas autrement.”
    Pour le président de la confédération des armateurs, le transport insulaire fonctionne aujourd’hui sans problème : “La desserte est assurée correctement à 99 %. Malgré cela, ils veulent la modifier. C’est donc la question à se poser, pourquoi vouloir changer ce qui fonctionne ? La réponse est que le Pays veut avoir une mainmise totale sur l’organisation de la desserte comme cela est prévu dans le schéma directeur. Les armateurs investissent dans de nouveaux bateaux, et lorsqu’ils se sont endettés, le Pays leur impose de nouvelles contraintes sous la menace de suspendre leur licence sans indemnités.”
    Quant à la menace de l’arrivée d’un armement étranger qui écarterait les armateurs locaux en pratiquant une politique des prix particulièrement agressive, Ethode Rey répond : “Cette problématique, le Pays l’a déjà vécu avec l’eau. Nous n’avons pas la capacité financière des gros groupes étrangers, mais lorsque nous aurons disparu, le Pays se trouvera devant un rouleau compresseur qui imposera sa loi à coup d’actions en justice.” Si le projet de loi est voté, Ethode Rey ne voit qu’une seule solution possible pour les armateurs : “Nous n’aurons d’autre solution que d’arrêter les bateaux. Je vais proposer en commission que le Pays rachète tous les bateaux et qu’il les fasse fonctionner seul.”

    La balle est dans le camp du Pays
    Si la confédération des armateurs est aujourd’hui contre le texte du gouvernement, elle laisse néanmoins la porte ouverte à des discussions : “On ne peut pas être d’accord avec ce texte en l’état. Lorsque l’ensemble des armateurs, qu’ils soient affiliés à la confédération ou non, déclarent leur opposition à ce texte lors de sa présentation au comité consultatif de la navigation maritime interinsulaire qui s’est tenu le mardi 18 août, il faut que le gouvernement en tire les conséquences et qu’il accepte d’ouvrir des discussions avec l’ensemble de la profession. Le Pays est conscient qu’il y a nécessité à renouveler la flotte, qu’il prenne simplement les mesures qui conviennent pour que les armateurs remplacent leurs bateaux. La balle est maintenant dans leur camp, à eux de prendre les bonnes décisions.”
    En attendant, le texte, qui a été rejeté avant-hier à l’assemblée, devra redescendre en commission, l’occasion pour les armateurs de s’expliquer.
    “Le dossier va redescendre à la commission des transports à l’assemblée, qui peut-être souhaitera nous rencontrer pour voir avec nous ce qui bloque. Ce sera l’occasion d’exprimer notre point de vue dans la perspective de faire évoluer le texte.”

    L’ancienne loi toujours en vigueur
    Une autre ambiguïté soulevée par Ethode Rey concerne l’article LP 13 de cette loi : “La nouvelle loi stipule en son article 13 que l’ancienne loi 77-47 reste en vigueur. Pourquoi faire une loi si l’ancienne n’est pas abrogée par la nouvelle ? Tout ceci est étrange.”
    Par ailleurs, Ethode Rey soulève la problématique de la desserte de Rapa et de Maupiti évoquée dans le schéma directeur : “Le Pays veut 12 dessertes sur Rapa. D’accord, mais les prix ont été calculés pour les Australes avec une rotation sur Rapa tous les deux mois, soit six par ans, qui va payer ? Pour Maupiti, c’est pareil, on a construit un navire de la flottille administrative exprès pour le ravitaillement. Si cette île n’est pas desservie, ce n’est pas de la faute des armateurs. Un conseiller technique du ministère des Transports intérieurs préconise que le Taporo et le Hawaiki Nui desservent Maupiti, mais se sont-ils simplement rendu compte de la géographie de la passe pour y envoyer ces deux bateaux ? C’est sans commentaire. On a vraiment l’impression qu’ils ne sont pas à la hauteur.”
    Pascal Martin

    Le président de l’assemblée se saisit du dossier

    Les armateurs, qui ont été reçus hier à midi par le président de l’assemblée, confirment que ce dernier leur avait assuré
    qu’il “comprenait leurs problèmes” et qu’il allait intervenir auprès du gouvernement et des présidents de groupe pour séparer
    les dossiers de l’aérien et du maritime, afin de ne pas pénaliser Air Tahiti qui attend le vote du schéma directeur pour pouvoir défiscaliser les deux ATR qui sont attendus en octobre.

    Desserte de Moorea : l’exemple raté de la libre concurrence, selon Ethode Rey

    Si le schéma directeur fait mention de la mise en place d’une libre concurrence pour faire baisser les prix et les subventions du Pays, Ethode Rey dénonce les effets pervers de la libéralisation des prix : “Si l’on prend l’exemple de la desserte de Moorea, à une certaine époque, il y avait six bateaux sur la ligne, aujourd’hui, ils ne sont plus que quatre, dont trois qui appartiennent au même groupe, pourquoi ? On a tout simplement laissé jouer la concurrence. Dans un premier temps, la concurrence, c’est bien joli, mais après ? La société Terevau dispose d’une licence depuis deux ans pour mettre en place un ferry et aujourd’hui, elle ne l’a toujours pas fait, parce qu’elle n’a pas les capacités pour le faire, ou tout simplement parce qu’il n’y a pas la place pour un deuxième ferry. Le nombre de passagers n’est pas extensible. Sur un plan purement économique, il y a environ 1,6 million de passagers à l’année alors que la capacité offerte en siège est de 5 millions. Au niveau du fret transporté, le chiffre est d’environ 300 000 tonnes par an alors que la capacité offerte est de 1,2 million de tonnes.”
    En ce qui concerne les problèmes d’approvisionnement de Moorea lors des immobilisations de l’Aremiti Ferry 2, Ethode Rey a sa réponse : “Il faut compter, pour tous les bateaux, environ deux semaines de carénage par an. Lorsque le ferry a été immobilisé, c’est le Hawaiki Nui qui a assuré la relève. Le seul problème qui est venu perturber ce remplacement a été le dépassement de la durée de carénage à cause d’un problème d’arbre, mais c’était purement conjoncturel et imprévisible. Dire qu’il faut un deuxième ferry pour Moorea, simplement en cas d’immobilisation du premier, alors que le nombre de passagers et de véhicules n’augmente pas et que la capacité de transport est largement suffisante avec un bateau de remplacement, est un autre problème. La concurrence, c’est bien, mais c’est surtout un problème d’organisation.”

    TAMA 2015-08-31 05:12:00
    Mr Rey est pour que rien ne bouge ! La population en a marre de devoir attendre les cargos, de ne pas avoir d'informations sur les ferrys et de devoir toujours être dépendante des prix abusifs pratiqués par Air Tahiti sur certaines lignes ! Place à la nouvelle génération qui sait que la concurrence fait baisser les prix et que les armateurs s'en mettent plein les poches ! un scandale ! vivement que le projet de loi soit voté !
    TAATA NO MOOREA 2015-08-27 12:19:00
    Mr Rey, vous ne faites pas la navette tous les jours, et ne voyez pas la population se faire prendre comme des CONS. Pourquoi Mr Degage a pris un si grand Ferry ? Pourquoi, parce qu'il ne veut pas partager ! Parce qu'il veut toujours rester maitre des prix, des horaires et tous ce qui va avec. Le ferry arrivera bientot j'espère. Un ancien abonne du AREMITI, maintenant au TEREVAU
    missuce 2015-08-27 09:28:00
    traduction de la question d'Ethode Rey : “Pourquoi vouloir supprimer le monopole et arrêter de pigeonner la populass?”
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