Un travail de mémoire entre générations est engagé

    vendredi 25 novembre 2016

    punaauia quartier

    Ce projet a permis le rapprochement intergénérationnel. (© Élénore Pelletier)

     

     

    Depuis le mois d’octobre, huit jeunes des quartiers prioritaires de Taapuna et de Bel Air, à Punaauia, se sont lancés dans un projet de mémoire intitulé “Il était une fois mon quartier”. À travers une telle initiative, la commune souhaite renouer le contact entre les générations et surtout permettre la conservation de l’histoire communale avant qu’elle ne s’éteigne avec le départ des anciens. C’est également une belle manière de redorer l’image des quartiers prioritaires, souvent victimes d’une mauvaise réputation.

     

     

    Depuis le mois d’octobre, huit jeunes des quartiers prioritaires de Taapuna et de Bel Air, sous l’égide de la mairie de Punaauia, se sont lancés dans un projet de mémoire intitulé “il était une fois mon quartier”. Le concept : aller à la rencontre des anciens de chaque quartier pour découvrir leur mode de vie, leur préoccupation, leur culture, leur jeunesse, mais, surtout, pour retrouver la mémoire de leur quartier et connaître ses légendes et son histoire.

    “On s’est rendu compte que nos jeunes n’avaient aucune connaissance de leur quartier, de son histoire, des gens qui y vivent…  Depuis toujours, les légendes et la mémoire du quartier se transmettent de génération en génération, mais à l’oral et en langue tahitienne.
    Aujourd’hui, le tahitien est en train de se perdre. La nouvelle génération ne le parle presque plus. La barrière de la langue fait qu’il n’y a plus de transmission. Et les jeunes passent de moins en moins de temps avec les matahiapo”, explique William Temahuki, en charge du service jeunesse et vie sociale de la commune.

    À travers cette initiative, la commune souhaite rapprocher les générations entre elles et, surtout, permettre la conservation de la mémoire communale avant qu’elle ne s’éteigne complètement. C’est aussi une belle manière de redorer l’image des quartiers prioritaires, souvent victimes d’une mauvaise réputation.

    La mairie a donc fait appel à des référents de quartier volontaires pour mettre en œuvre ce projet. Avant de partir en reportage, ceux-ci ont effectué un gros travail en amont : des recherches documentées autour de l’histoire et des légendes de la commune, ainsi que l’élaboration d’un questionnaire à adresser aux matahiapo.

    Ils ont également bénéficié d’une remise à niveau en tahitien, pour leur permettre d’être plus à l’aise sur le terrain avec les personnes  âgées.

     

    Interview en reo mao’hi

     

    “Ce projet, c’est aussi un moyen de permettre aux jeunes de se réapproprier leur langue et donc leur culture”, affirme Mareva Levant, directrice de cabinet du maire. Équipés de caméras, d’appareils photos et d’enregistreurs, les jeunes ont sillonné les quartiers pour interviewer, tels des reporters, une dizaine de matahiapo, en reo ma’ohi.

    “Qui sont-ils ? ”, “Qui sont leurs ancêtres ?”, “D’où viennent-ils ?”, “Comment sont-ils arrivés dans le quartier ?”, “Qu’ont-ils fait pour celui-ci ?”… Mais aussi des questions inhérentes à leurs quartiers, comme “connaissent-ils des légendes ?”et “y a-t-il des lieux qui ont marqué leur vie ?”

    Tous se sont prêtés au jeu avec plaisir. “Ils étaient vraiment ravis de parler. Parfois même, ils ne s’arrêtaient plus”, témoigne un des jeunes. La phase interview est aujourd’hui terminée et, depuis quelques semaines, les jeunes se penchent sur la transcription écrite, en langue tahitienne, des témoignages recueillis. Puis ils s’attaqueront à leur traduction en français.

    L’idée par la suite est de créer un classeur par quartier répertoriant les portraits de ces témoins du temps, ainsi que l’histoire et les légendes associées à leur lieu de résidence. “Nous souhaitons que ce projet perdure dans le temps et que, au cours des années, le classeur soit étoffé avec de nouveaux portraits et de nouvelles légendes…Ce premier jet, c’est la première pierre d’un long travail de mémoire que nous souhaitons mettre en place. Chaque année, nous demanderons aux associations de perpétuer cette initiative en recueillant cinq nouveaux portraits par quartier”, affirme William Temahuki. 

    La commune souhaite également valoriser ce travail de mémoire à travers la mise en place de panneaux informatifs à l’entrée des quartiers, sa publication sur le site de la mairie, mais aussi avec la réalisation d’un support vidéo à destination des établissements scolaires…Face à l’engouement de la population pour ce projet, celui-ci devrait être déployé dans d’autres quartiers. 

    Élénore Pelletier

     

     

    Ce que l’on sait aujourd’hui du quartier Bel Air grâce aux anciens

    À Bel Air, les jeunes sont allés à la rencontre de Victor Moo, 58 ans. (© Élénore Pelletier)

    À Bel Air, les jeunes sont allés à la rencontre de Victor Moo, 58 ans. (© Élénore Pelletier)

    Ce quartier s’appelait avant Te Pare Pare. C’est la construction de l’hôtel Bel Air (qui n’existe plus aujourd’hui) qui lui a donné son nom actuel. Cette terre appartenait à une grande famille des Tuamotu, c’est pourquoi la plupart des habitants de ce quartier sont originaires de cet archipel. Ils sont arrivés à Tahiti il y a plus de 70 ans pour trouver du travail.

    En effet, ce quartier présentait de belles opportunités avec la présence de nombreux hôtels aux alentours, mais aussi des commerces et des écoles. Aujourd’hui, malheureusement, les hôtels ont fermé, ce qui a complètement changé le cadre économique du quartier.
    Plusieurs légendes ont été répertoriées comme celle de la pointe Tata’a, d’où s’envolent les âmes. Il y a aussi l’histoire de l’empreinte du ‘aito Pai (qui a percé la montagne de Moorea), que l’on retrouve dans le lagon qui borde l’InterContinental, et celle d’une source Punaau, dite la source de Bel Air, dans laquelle les âmes des morts se purifiaient avant de poursuivre leur route.

     

    Ce que l’on sait aujourd’hui du quartier Taapuna grâce aux anciens

    À Taapuna, séance interview avec Louis Taea. (© Élénore Pelletier)

    À Taapuna, séance interview avec Louis Taea. (© Élénore Pelletier)

    Le quartier prioritaire de Taapuna a été construit en deux tranches : la première en 1986, puis la deuxième en 1987. Avant ces deux dates, le quartier n’était pas habité. C’était une exploitation agricole qui permettait de nourrir une grande partie de
    la population de Tahiti.

    Les gens qui sont arrivés dans ce quartier dans les années 1980 étaient originaires de différents horizons géographiques : îles Sous-le-Vent, Tuamotu, Marquises… mais très peu étaient de Punaauia même. Venus à Tahiti pour trouver du travail, ils ont été placés dans ce quartier par les services sociaux.

    La construction de la maison de quartier Vaiata dans les années 2000 a profondément transformé le quartier, de façon positive. Une véritable vie associative s’est développée au profit des jeunes et des enfants. C’est la légende du guerrier Puna qui est la plus souvent mentionnée par les matahiapo, mais sa version diverge d’une personne à l’autre.

     

    Témoignage des jeunes

    Durant un mois, les jeunes ont sillonné les quartiers de Bel Air et de Taapuna à la rencontre  des matahiapo pour recueillir leur mémoire. (© Élénore Pelletier)

    Durant un mois, les jeunes ont sillonné les quartiers de Bel Air et de Taapuna à la rencontre des matahiapo pour recueillir leur mémoire. (© Élénore Pelletier)

    “Nous avons été vraiment touchés par les anciens que nous avons rencontrés car ils étaient ouverts et gentils. Ils nous ont raconté des légendes et des histoires liées à notre quartier, que nous ne soupçonnions pas. Nos parents eux-mêmes n’avaient pas connaissance de ces histoires-là. C’est nous qui les leur avons ensuite appris, suite aux entretiens que nous avons eus avec les matahiapo. C’est très important d’avoir connaissance de ces légendes et de l’histoire de notre quartier car c’est notre culture, et nous avons aussi le devoir de les transmettre aux générations futures. Comme tout se transmet à l’oral chez nous. On a déjà perdu trop d’histoires. À nous maintenant de faire en sorte que celles qui existent encore perdurent.”

     

     

        Edition abonnés
        Le vote

        Recensement : Êtes-vous prêt à répondre à toutes les questions même intime malgré une garantie de l'anonymat ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete