Travail non déclaré : attention, même dans les petites îles

    samedi 9 avril 2016

    C’est une affaire qui pourrait intéresser de nombreux travailleurs et employeurs des îles éloignées.
    Jeudi, le gérant d’une pension de famille de Tikehau comparaissait devant la cour d’appel de Papeete pour avoir fait travailler six personnes, de 2005 à 2012, sans s’acquitter d’aucune formalité administrative.
    Il n’est toutefois poursuivi que par un seul de ses ex-employés, qui se serait blessé lors de la réparation d’un bungalow.
    Les autres, entendues au cours de la procédure, seraient satisfaites de la situation.
    “Blanchies, logées et nourries” par la pension de famille, ce sont même elles qui auraient souhaité ne pas être déclarées.
    Quant au plaignant, qui avait emprunté de l’argent à son patron pour construire sa propre maison, il s’en serait bien arrangé, une partie de sa rémunération étant retenue chaque semaine pour rembourser sa dette…
    “Pour tous ceux qui vivent dans les atolls, on sait comment ça se passe”, a plaidé jeudi l’avocat du prévenu, M. V. “Les rapports humains à Tikehau ne sont pas les mêmes qu’ici à Tahiti, dans une grande ville”, a-t-il ajouté, en allusion aux menus travaux ou coups de main rendus ici et là, contre un peu d’argent ou une contrepartie en nature.
    Le gérant de la pension, M. V., reconnaît volontiers son tort de n’avoir pas déclaré ses employés, mais il les aurait toujours correctement rémunérés. Par
    ailleurs, le plaignant, qui n’aurait pas eu des travaux à faire tous les jours dans les bungalows, aurait occupé le reste de ses journées à faire du coprah pour son compte.
    “C’est plutôt un entrepreneur”, suggère l’avocat de la défense. M. V. estime donc “assez lourde”, la peine prononcée par le tribunal de première instance à son encontre : dix-huit mois de prison avec un sursis de mise à l’épreuve de trois ans et 2 millions de francs d’amende.

    Des formulaires sur Internet

    Au-delà de cette affaire en suspens se cache une réalité : l’informalité des rapports sociaux dans les petites îles, encouragée par la galère des formalités administratives.
    Car évidemment, M. V. devait être bien soulagé de ne pas avoir à se soucier de la paperasse. À défaut d’antenne de la CPS à Tikehau, les déclarations de salaires et de main-d’œuvre sont à renvoyer par courrier postal une fois par mois ou une fois tous les trois mois, selon un agent joint par téléphone.
     Les gestionnaires peuvent aussi réaliser leurs démarches sur Internet… si par chance la connexion le permet.
    “Là, ce sont les vacances. Tout le monde se connecte en même temps, c’est même pas la peine d’essayer”, confiait par exemple la gérante d’une pension de l’atoll, jointe hier par téléphone.
    Le reste du temps, toutefois, “c’est pas vraiment difficile de déclarer ses employés, même si ça prend du temps…”, ajoutait-elle.
    À Fakarava, l’une de ses consœurs confirme, complètement fiu face à la lenteur de son vieil ordinateur, couplée à celle d’Internet.
    Personne, évidemment, ne reconnaît employer des travailleurs sans les déclarer.
    Une dame explique toutefois être régulièrement aidée par ses filles, sans les rémunérer à proprement parler.
    “Et puis, c’est pas spécialement les pensions de famille, souligne à juste titre une autre patronne. Le papy, quand on va ratisser chez lui, par exemple, il donne 5 000 F et puis c’est tout.”
    “Aujourd’hui, avec cette affaire, mon client ne sait plus quoi faire face à ceux qui lui réclament de travailler…”, a conclu jeudi l’avocat de M. V.
    Le ministère public et la partie civile demandent tout de même la confirmation de la peine prononcée en première instance.
    “Je peux comprendre que le travail est rare aujourd’hui, et que M. V. passe pour le bienfaiteur, a déclaré l’avocate du plaignant. Mais c’est une banale affaire de travail au black.” La décision sera rendue le 19 mai.

    M.G.

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