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Tribunal correctionnel : Hôpital psychiatrique ou prison, telle est la question

mardi 27 février 2018

“Sa place n’est pas en prison, mais à l’hôpital pour être soigné et suivi”, s’est insurgée l’avocate à propos de l’un de ses deux clients.

“Sa place n’est pas en prison, mais à l’hôpital pour être soigné et suivi”, s’est insurgée l’avocate à propos de l’un de ses deux clients.

“La prison n’est pas faite pour s’occuper de malades. Sa place n’est pas en prison, mais à l’hôpital pour être soigné et suivi.”

Cette phrase, tirée de la plaidoirie de Me Hayoun hier, a pu s’appliquer aux deux affaires jugées en comparution immédiate par le tribunal correctionnel. Les deux affaires avaient été renvoyées, il y a plusieurs semaines, leur avocate ayant demandé une expertise qui s’est révélée riche d’enseignements.

Cédric E., 28 ans, souffre de psychoses chroniques selon le corps médical. Il a des hallucinations et entend des voix de femmes. À la psychiatre qui l’interrogeait, il a expliqué qu’il ne recommencerait plus. “Je ne crois pas que je recommencerai car je crois en Dieu. Seul le Sauveur peut me soigner de ma méchanceté.”

En détention à Nuutania, notamment pour un outrage sur une personne dépositaire de l’autorité publique, Cédric E. n’a pas voulu réintégrer sa cellule le 14 décembre dernier à l’issue de la promenade du matin. Restant sur son banc, il a exprimé son désir de changer de bâtiment sans pouvoir l’expliquer.

Le premier surveillant a rejoint son collègue qui traitait avec Cédric quand ce dernier s’est mis en garde avant d’adresser plusieurs coups de poing au plus haut gradé.

Il faudra alors l’aide d’autres surveillants pour maîtriser Cédric E. et le réintégrer dans sa cellule.

Le surveillant blessé, notamment au crâne et à la mâchoire, s’est vu prescrire cinq jours d’interruption temporaire de travail (ITT). Mais comme l’a expliqué son avocat, à Nuutania où la tension est palpable, les conséquences sont surtout symboliques. “C’est un mauvais exemple devant les autres détenus, ce serait un mauvais message si le tribunal ne le sanctionne pas.”

Pour l’avocate de Cédric E., il est en “crise”. Son client écope de huit mois de prison dont quatre avec sursis et a été reconduit à Nuutania.

 

“Il a les cheveux longs et les yeux verts”

 

C’est pour avoir volé un décodeur au sein du foyer de jeunes filles à Paofai que Philippe T. comparait à la barre. C’est la secrétaire médicale qui a prévenu la police municipale le 18 janvier quand elle l’a retrouvé par terre dans son bureau, tous les placards ouverts.

Le temps que les muto’i arrivent, il était passé dans une autre pièce où il a été retrouvé, un décodeur volé sous le bras. L’homme a expliqué être entré pour pouvoir aller aux toilettes et qu’après avoir assouvi ses besoins, il avait cherché à voler un objet tel que le décodeur “pour le vendre dans la rue, en récupérer de l’argent et acheter à manger”.

Déjà condamné à 13 reprises, Philippe T. souffre de psychoses chroniques, sans amélioration possible.

À la psychiatre, il a expliqué pêle-mêle avoir été condamné à l’âge de trois ans, avoir incendié sa maison, entendre des voix de femmes qui lui disent de se suicider et il explique “voir Jésus”. “Il a les cheveux longs et les yeux verts.”

Pour l’expert, son discernement au moment des faits était altéré, mais pas aboli. « Il n’y avait pas de lien entre sa maladie et les faits commis, » a résumé le procureur avant de requérir six mois de prison.

L’avocate de Philippe T. a répété ce qu’elle avait dit plus tôt pour son client précédent, ajoutant qu’il était en “état de nécessité, le vol étant destiné à se nourrir.”

Elle s’est également insurgée contre la sœur du prévenu, sa tutrice “qui empoche l’argent de la Cotorep (Commission technique d’orientation et de reclassement professionnel, NDLR) pour élever ses propres enfants” et rappelé que son client avait besoin d’un traitement. “Il ne l’a pas dans la rue et il n’a plus les bons raisonnements.”

Les juges du tribunal correctionnel l’ont condamné à six mois de prison dont trois mois avec sursis et son maintien en détention.

 

F.C.

 

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