Trous dans la surveillance des prisons en Nouvelle-Calédonie

    lundi 27 juillet 2015

    Une série d’erreurs humaines au Camp-Est ont bien permis aux évadés de se faire la belle. Une enquête est en cours pour déterminer les responsabilités de chacun, mais également pour revoir le dispositif complet de sécurité.
    Brice Kamodji, Magdiel Toura, Jordan Siapo et Bernard Majele ont réussi à s’extraire du Camp-Est comme les Dalton : en sciant les barreaux de leur cellule. Une opération qui n’a pas été effectuée dans l’urgence le soir même de leur évasion, dans la nuit du dimanche 19 juillet, mais pendant trois semaines. Sans que personne ne vienne ne serait-ce qu’une seule fois les « embêter ».
    Une fois sortis de leur cellule, ils ont erré trois heures dans l’établissement sans croiser un surveillant. Pendant au moins vingt minutes, ils ont essayé d’ouvrir une porte close en tambourinant. Leur persévérance, sans aucune discrétion, a fini par payer. Même eux ont dû être surpris ! Lorsqu’ils ont marché, durant près d’un quart d’heure, à 7 mètres de hauteur sur les murs, ils étaient bel et bien filmés sous toutes les coutures. Les policiers nationaux qui mènent l’enquête ont d’ailleurs certainement pu visionner le moment où Jean-Paul Kamodji, le cousin de Brice, a perdu l’équilibre et s’est retrouvé au sol, la cheville en compote. Hors course pour la grande cavale…
     
    Sieste. Le surveillant en charge de scruter les écrans n’a apparemment pas vu la performance acrobatique livrée par ses pensionnaires en direct. Il s’est vraisemblablement assoupi. Depuis, le lit de camp installé dans la salle vidéo a été retiré.
    Dans le rang des surveillants, certains ne s’en cachent pas. Il y a eu des erreurs. Mais l’agent qui a « loupé » cette partie de la nuit n’était pas seul à travailler dans le Camp-Est. Que faisaient les autres ?
    Une enquête est en cours pour comprendre les raisons de cette nouvelle quadruple évasion.
    Et exceptionnellement, pour la première fois en Nouvelle-Calédonie, une mission judiciaire, sorte de super-inspection de l’Administration pénitentiaire, a été envoyée ici pour comprendre la raison d’un tel fiasco. Une délégation composée de directeurs de prison chargés d’auditer l’établissement à la demande de la directrice nationale, Isabelle Gorce.
     
    Silence. Du côté de la direction du Camp-Est, c’est silence radio. Tant que les investigations ne seront pas achevées, aucune communication ne sera faite. Du côté des syndicats en revanche, on considère la venue des Métropolitains comme une aubaine pour se faire entendre (lire plus bas). En attendant, le Camp-Est, malgré 4,1 milliards de francs injectés pour se moderniser, subit sa deuxième quadruple évasion en deux ans. « C’est un véritable problème de fond, analyse Julie, de la commission prison pour la LDH (Ligue des droits de l’homme, NDLR). On a certes installé des écrans plats dans les cellules et diminué le nombre de détenus par geôle et pourtant il y a toujours de la surpopulation (au 1er juillet, 459 détenus pour 395 places, NDLR). Il y a un manque de formation pour les détenus, un manque de personnel pour les surveiller et depuis deux semaines, ils n’ont même pas de médecin généraliste. »
    D’autres dénoncent un laxisme fortement préjudiciable. L’année dernière, les quatre fuyards avaient tout simplement utilisé une clé pour sortir. Comment se l’étaient-ils procurée ? Personne ne le sait. « Mais la perte avait été signalée des semaines avant qu’ils ne s’échappent, confie une source judiciaire. Seul le directeur peut l’exiger. Il n’y a jamais eu de réactions et ils l’ont tranquillement utilisée. »
     
    LNC

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