Tuarii Tracqui, artiste multifacettes en évolution perpétuelle

    lundi 4 avril 2016

    Tous les lundis, nous vous proposons de découvrir un homme ou une femme qui, à sa manière, illustre l’actualité. Tuarii Tracqui, lui, n’a pas qu’une seule actualité, mais plusieurs, et en permanence. Il sera ainsi sur Polynésie 1ère ce soir, à 19h30, pour le
    premier épisode de la nouvelle série Tupapa’u, mais il est aussi au cœur de projets artistiques multiples mêlant la danse contemporaine, le ‘ori tahiti qui l’a révélé, mais aussi le théâtre qui l’emmènera au Festival d’Avignon en 2017. Rencontre avec cette incarnation de la nouvelle vague de la culture polynésienne.

    Sur les scènes de danse du monde entier, sur les écrans de télé ou de ciné, et plus récemment sur les planches du théâtre, il est partout. Tuarii Tracqui multiplie les expériences à tel point qu’il est désormais difficile de lui coller une étiquette. Danseur ? Comédien ? Ou tout simplement artiste ?
    “C’est très flatteur”, répond-il, gêné. “J’aime bien penser que j’ouvre mes horizons à tout et n’importe quoi. Si demain, on me propose un projet pour faire de la peinture, j’irai, si je peux trouver cela intéressant.”
    L’art n’a pourtant pas toujours été la passion de cet enfant de deux personnalités bien connues du fenua, la danseuse et muséologue Manouche Lehartel et l’homme d’affaires Michel Tracqui, qu’il a perdu alors qu’il avait 15 ans.
    “Je ne connais pas toutes les entreprises qu’il avait”, dit-il au moment de définir ce qu’il a hérité de son père. “Indéniablement de sa tête”, s’amuse-t-il.
    “Au-delà, j’ai beaucoup appris avec lui sur l’art de vivre, sur les principes de politesse. Il m’encourageait, il ne m’a jamais forcé à être son successeur. Pour lui, je pouvais faire ce que je voulais, mais il fallait que je le fasse bien. Je ne suis pas arrivé au bout de ma vie, ni accompli tout ce que je voulais, mais j’ai accompli un bout de chemin, et de là où il est, j’espère qu’il est fier de moi. Je n’ai pas oublié tout ce qu’il m’a dit.”
    Tuarii Tracqui a ainsi longtemps voulu suivre le chemin paternel. Élève de l’école Paofai, du collège de Tipaerui puis du lycée Gauguin, il n’était “pas un bon élève jusqu’en 2007”, année du décès de son père et de sa première participation au Heiva.
    “Cela a nourri en moi l’envie d’approfondir mon art, j’ai aussi pris goût à la littérature”, explique-t-il, un livre du Marquis de Sade sous la main.
    Il opte pour le reo ma’ohi à l’université, et obtient sa licence. Inscrit en master, son titre au Heiva et les propositions de voyages pour des cours en font un danseur professionnel.

    “Je détestais la danse”

    Quand on est le fils de Manouche Lehartel, il est difficile d’échapper au monde de la culture polynésienne. “C’est ma maman, je ne suis pas objectif, mais je pense que c’est une pionnière de la culture polynésienne.
    Elle était directrice du Musée de Tahiti et des îles très jeune. Elle a porté sa connaissance de la tradition et de la culture à un autre niveau. Elle ne sait pas parler tahitien. Par contre, j’en connais peu qui en sachent autant sur l’histoire de Tahiti”, dit-il à son sujet.
    C’est pourtant sa maman qui le tiendra éloigné de la danse avant de le faire plonger dedans, de force, à l’âge de 10 ans, alors qu’elle concourt pour la dernière fois au Heiva avec Toa Reva.
    “À ce moment-là, non seulement la danse ne m’intéressait pas, mais je détestais. J’en avais bouffé toute mon enfance avec ses répétitions, ses spectacles, ses tournées.
    Elle m’a véritablement forcé, j’ai tiré la gueule en y allant. La première répétition a été une découverte. En montant dans la voiture, j’ai dit : ‘Maman, comment j’ai pu ne pas danser pendant toutes ces années ?’ J’ai beaucoup aimé l’ambiance, la joie. Je n’ai plus jamais lâché.” Mais le danseur rayonnant, primé en 2012, n’a pas toujours été aussi talentueux.
    “Rien n’est inné. Si vous me voyiez danser au début, en 2007, vous en ririez aux éclats. Même ma mère n’aurait pas pensé que j’aurais le titre un jour”, explique celui qui danse maintenant quotidiennement et va désormais dispenser son art aux quatre coins du globe.
    Hier, il est parti au Japon, où il va environ trois fois par an. Cette année, il ira à nouveau au Mexique, plusieurs fois aux États-Unis et en métropole. “Je ne m’étonne plus de cet engouement à l’étranger. Il y a plus de pratiquants au Japon que d’habitants en Polynésie. Et je ne compte pas ceux dans tous les autres pays. L’an dernier, j’ai fait un cours pour un Finlandais venu ici.”

    Nouvelle expression

    Mais ce début d’année a également marqué l’ouverture vers des champs de son art encore inconnus avec la participation au spectacle de danse contemporaine d’Annie Fayne, un nouveau coup de foudre.
    “J’ai trouvé une nouvelle manière de m’exprimer, cela offre une liberté magnifique. C’est sûr, je vais continuer”, promet-il, heureux d’élargir encore sa palette, qui s’est également ouverte au travail d’acteur.
    D’abord pour des petits rôles dans Au Large d’une vie et Label Hina, puis dans Tupapa’u, où il occupe le haut de l’affiche.
    “J’ai énormément appris dans l’expression artistique des émotions. Il est souvent reproché aux danseurs, et je suis d’accord sur ce fait, que nous avons tendance à choisir la facilité et à sourire du début à la fin.”
    Progresser par la découverte est ainsi devenu son leitmotiv. Il n’a pas hésité quand lui a été proposé de participer à l’aventure théâtrale Les Champignons de Paris, qui le mènera à Avignon en 2017.
    “C’est un sujet dur (les essais nucléaires, NDLR) mais il (le metteur en scène François Bourcier, NDLR) a réussi à l’emmener sans qu’on ait des envies suicidaires après”, résume-t-il, se réjouissant là aussi des progrès que ce nouvel art a permis de développer dans sa gestuelle, dont il profite aussi dans le ‘ori tahiti.
    C’est aussi dans cette perspective d’évolution qu’il essaie de ne rater aucun pina’ina’i.
    “C’est une expérience de danse qui me force à repousser mes limites à chaque fois. Moana’ura Tehei’ura est de loin l’un des chorégraphes les plus casse-pieds et les plus exigeants que je connaisse. Avec lui, c’est sûr que tu évolues, tu ne sors jamais indemne de ses spectacles.”
    Une autre expérience l’a grandement marqué, cette année, avec la participation à Tapa, du mythe à la danse, un spectacle né sous l’impulsion du réalisateur Jacques Navarro, où des personnes souffrant d’un handicap s’expriment au travers de l’art.
    “Je ne savais pas du tout qu’ils pouvaient être en souffrance constante.

    Vivre pleinement

    Cela a été l’une des plus importantes expériences de ma vie. Cela n’a pas seulement changé ma vision de l’art, cela m’a changé humainement. Je ne me plains plus, je vois tout avec beaucoup plus de légèreté et de recul, j’ai beaucoup de chance d’être sur mes deux pieds. Cela peut paraître cliché de dire cela, mais quand on le vit avec eux, qu’ils sont toujours souriants, par respect pour eux, tu te dois de faire des efforts.”
    Une nouvelle philosophie qui lui permet de survoler les critiques lui reprochant d’être partout. “Je m’en fiche. Je vis ça pleinement et je le souhaite à tous. Toutes ces expériences ne me changent pas seulement au niveau artistique mais aussi au niveau humain.”
    Et de penser à l’avenir : “J’ai fait mon temps. Il y a aujourd’hui beaucoup de jeunes danseurs très expérimentés, très prometteurs et qui vont faire une carrière magnifique. Moi, je cherche juste à toujours repousser mes limites”. Sans craindre un jour d’abandonner la danse : “Quand ça s’arrêtera, j’irai finir mon master et pourquoi pas devenir professeur, cela me plairait carrément. Ou sinon, c’est mon secret, je deviendrai documentaliste. Avoir un boulot où tu es dans une bibliothèque toute la journée à lire ou à conseiller quoi lire, c’est magnifique”.
    Le flambeau semble en tout cas déjà transmis. À 4 ans, Tekuraiteatu, sa fille, pratique déjà la danse classique et le ‘ori tahiti. “Je lui ai dit, et je lui redirai : elle peut faire ce qu’elle veut, mais qu’elle le fasse bien. Et pour l’instant, elle le fait bien.”

    Florent Collet

    Dates clefs

    3 octobre 1991 : naissance à Papeete
    2007 : décès de son père et premier Heiva
    2012 : meilleur danseur individuel au Heiva avec la troupe Hitireva
    2016 : spectacle Tapa, du mythe à la danse, en compagnie de danseurs handicapés, et débuts à la télé

    Motahi 2016-04-04 16:28:00
    tu es un bon avenir pour les jeunes danseurs polynésiens et étrangers, continue, je te crois et profite le max, tu es encore le plus charmant des danseurs
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