Tuhei, le film pour décomplexer les enseignants du reo Tahiti

    mardi 31 mars 2015

    Le pôle production (ex-CTRDP) du pôle langues et cultures polynésiennes de la direction de l’éducation et des enseignements a dévoilé, hier, le dernier fruit de son travail, un film documentaire de 58 minutes : Tuhei. Il suffit d’en connaître les auteurs pour comprendre que chacun des mots choisis l’a été avec soin, et que l’histoire qui nous est contée, la vision polynésienne du monde, n’est pas le fait du hasard, mais bien de recherches poussées et documentées.
    C’est, en effet, Edgar Tetahiotupa, professeur des écoles, docteur en anthropologie, et Patrick Amaru, écrivain poète, lauréat de nombreux prix littéraires ou d’écritures de spectacles du Heiva. Le film trouve son fondement autour du concept clé “Tei te ta’ato’a te ta’ato’a ” (Tout est dans le tout). Tuhei aborde successivement les concepts de lien, de vie, de naissance… à travers te tumu ha’ari (le cocotier), te puhi – te tuna (l’anguille), te manu (l’oiseau), te va’a (la pirogue), te tira (le mât de la pirogue), te marae (le centre religieux), te fenua (la terre), te paepae (la plateforme), te tupuna (ancêtre), te atua (dieu).
    Ce documentaire onirique est destiné aux enseignants du primaire et du secondaire et aux étudiants de l’université. Mais c’est bien les enseignants qui sont appelés à être séduits par cette œuvre qui, selon la ministre de l’Éducation, est la “réponse majeure au désintérêt croissant pour la langue et la culture polynésienne”, qui se constate chaque jour dans les écoles du fenua, notamment en primaire. Dans ces sections où le reo maohi est enseigné deux heures et demie par semaine, seuls 10 à 20 % des maîtres et maîtresses sont capables de dispenser des cours aux enfants. “Ce film, c’est plus pour provoquer une prise de conscience, que nous pouvons être différents, que nous avons une culture à promouvoir”, ambitionne la ministre, qui espère ainsi qu’après avoir vu ce film d’autres professeurs souhaitent s’impliquer dans la transmission de la langue polynésienne.
    Le film est loin de vouloir enrichir le vocabulaire des enseignants sur des thèmes simples, ou de présenter une pédagogie de la grammaire. S’il s’agit bien d’un documentaire sur la cosmogonie ma’ohi, la philosophie qui y est abordée n’est pas forcément très accessible. “On ne peut pas détacher la culture des langues. Parler simplement les langues comme cela, c’est aride. Qu’est-ce qu’il y a derrière les mots, les pensées ? En fin de compte, il y a énormément de concepts. Nous espérons qu’à travers cela, nous pourrons redonner de l’émotion aux mots”, explique, ainsi, Edgar Tetahiotupa, “Souvent, on dit du tahitien que c’est une langue incapable de philosopher, qui ne se prête pas aux concepts. Pour une fois, nous avons philosophé, nous nous sommes un peu lâchés”, a complété Pierre Amaru sous les applaudissements des professeurs présents.

    “N’avons-nous pas fait fausse route ?”

    “Ce film ne va pas répondre à toute la problématique de la sauvegarde des langues polynésiennes. Le but n’est pas là non plus”, reconnaît Heremoana Maamaatuaiahutapu, qui explore plusieurs pistes pour y parvenir, notamment en disculpant les parents complexés par leur pratique de la langue. “Il faut aussi dépolitiser la question. Jusqu’à présent, quand tu défendais ta langue, tu étais forcément un indépendantiste. C’est un peu stupide. La sauvegarde de la langue nous concerne, tous qu’on soit blanc, jaune noir… enfin plutôt que l’on soit orange ou bleu”, avant de rappeler qu’il a peut-être été une erreur d’avoir voulu écrire une langue qui est d’abord orale. “N’avons-nous pas fait fausse route ? Est-ce qu’avant tout nous n’avons pas oublié d’apprendre à parler à nos enfants. Il y a 14 graphies différentes qui sont recensées. Mais qu’est-ce qu’on en a à faire ? On se dispute depuis 40 ans pour savoir comment on va faire le eta.”
    Si les concepteurs du film ambitionnent de la présenter au Fifo pour pouvoir le diffuser à un public le plus large possible, l’utilisation d’images, notamment de National Geographic, n’autorise pour l’instant que la production de 100 DVD uniquement destinés aux enseignants et aux professeurs de l’université. Des solutions pourraient néanmoins être trouvées pour que Tuhei se lève devant le plus grand nombre.

    F.C.

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