Tunui Salmon, un sculpteur hors du commun

    jeudi 5 novembre 2015

    Tunui Salmon, 66 ans, natif de la Presqu’île de Tahiti, réside depuis plus de vingt ans dans la vallée Ataaroa, au bord de la rivière Vaitepiha, sur la terre de ses ancêtres maternels. Son prénom intégralement retranscrit, Tunuieaaiteatua, ne serait autre que celui du grand artisan du dieu Taaroa.
    “Ça ne m’étonne pas que je sois devenu sculpteur, souligne-t-il. Déjà, tout petit, j’étais très manuel et j’aimais bien travailler le bois.”
    À l’issue des festivités du Tiurai, il récupérait les matériaux naturels abandonnés par les troupes de danse pour fabriquer des petites pirogues à voile et s’adonner à des compétitions amicales.
    Il aimait déjà peindre et dessiner, influencé par ces artistes étrangers venus chercher l’inspiration au cœur d’une nature verdoyante, cernée par le bleu du lagon.
    “Mais au plus profond de moi, je pense que mon côté artistique vient de mon grand-père, d’origine italienne”, confie-t-il. Pourtant, Tunui Salmon reconnaît avoir un “parcours vraiment atypique”.
    À 17 ans, il participe à la deuxième édition des Jeux du Pacifique Sud, en Nouvelle-Calédonie, dans la discipline du saut en hauteur, avant de s’engager dans la marine, un an plus tard. Par la suite, il s’intéresse à la théologie. “Ça m’a apporté des facultés de discernement, et encore aujourd’hui, jusque dans le domaine de la culture”, précise-t-il.
    À 35 ans, Tunui Salmon décide de prendre le large, et rejoint la métropole en vue de poursuivre des études aux beaux-arts de Toulon. “J’étais déjà un artisan autodidacte. Je sculptais, je gravais la nacre et l’os, mais je voulais en apprendre davantage”, confie-t-il. Après un cursus de cinq ans, il obtient en 1988 le Diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP) et revient à Tahiti.

    L’influence du cubisme

    “À partir de ce moment-là, j’ai commencé à sculpter des grandes pièces. En prospectant sur le terrain, j’ai découvert de grosses pierres dans la vallée Ataaroa, fréquentée à l’époque par les sculpteurs pascuans”, explique-t-il.
    En parallèle, Tunui Salmon se tourne vers l’enseignement et assiste le fondateur du Centre des métiers d’art, avant de devenir lui-même directeur de l’établissement, pendant cinq ans. “Je suis parti parce que l’administratif tue la créativité”, raconte-t-il.
    Au fil du temps, la vallée Ataaroa devient une inépuisable source d’inspiration pour le sculpteur, tant d’un point de vue spirituel, que matériel. S’il lui arrive de travailler le basalte, sa pierre de prédilection reste le tuffeau, relativement tendre, qu’il soit rouge, jaune, noir, ou marbré.
    “Quand je prélève une pierre, je le fais avec beaucoup de respect. Je lui parle, parce qu’elle est vivante, même si elle n’utilise pas le même langage que nous. Quand je commence à tailler, je lui demande de se laisser faire, pour qu’elle puisse renaître”, explique-t-il. 
    Les figures humaines sont omniprésentes dans l’œuvre de l’artiste, non sans rappeler que Ti’i, ou Tiki, dans la culture polynésienne, a d’abord été le premier homme créé par le dieu Taaroa avant de devenir un objet cultuel.
    Influencé par le cubisme, Tunui Salmon s’affranchit des lois de la symétrie, préférant tailler dans l’arrondi de la pierre, pour créer des plans et faire apparaître des arêtes. 
    “J’aime aussi opposer matière rugueuse et polie. Contrairement à l’artisanat, où l’on juge selon les critères du beau et du laid, dans l’art contemporain, la démarche est tout autre. La question, ce n’est pas de faire, mais de savoir ce qu’on veut représenter”, souligne-t-il.

    De Tahiti, à Kauai et Dumbéa

    Parfois, dans son “atelier à ciel ouvert” où se côtoient machines modernes et outils traditionnels, il arrive pourtant que ce soit la pierre, au travers de sa forme, qui lui dicte son travail ; à moins qu’il ne décide de se tourner vers le bois, selon les commandes et ses trouvailles. Mais c’est bien au travers de la pierre que Tunui Salmon tend à laisser son empreinte, au fenua, mais aussi en Océanie.
    L’une de ses premières sculptures, réalisée d’après un vestige retrouvé dans la vallée Ataaroa et offerte à la commune de Tautira, est toujours visible dans le parc de Tatatua. Tahiri vahine, quant à elle, trône fièrement sur le rond-point de Hamuta, face à la mairie de Pirae.
    L’artiste, également à l’origine de l’autel de l’église Saint-Paul de Mahina, a réussi une prouesse de taille en parvenant à exporter ses créations – déplorant, au passage, le manque de valorisation de l’art au fenua.
    En 2011, à l’occasion des vingt ans du jumelage des communes de Punaauia et de Dumbéa, la sculpture en tuffeau jaune, baptisée Punaauia ou la conque est mienne, a ainsi rejoint le sol calédonien.
    En mai, à l’occasion d’un mariage traditionnel, l’œuvre intitulée La mère et l’enfant a regagné la ville d’Hanalei, sur l’île de Kauai, dans l’archipel de Hawaii, au terme d’un périple de deux mois.
    Mais Tunui Salmon n’oublie pas de conserver dans son jardin quelques-unes de ses œuvres. Scrutant tantôt le ciel, tantôt l’horizon, elles gardent un œil protecteur sur la maison et la famille de l’artiste, quand ce n’est pas Onyx, son fidèle compagnon à quatre pattes, qui s’en charge.  

    A.-C.B.

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