Ua Pou, entre légendes et poissons frais !

    lundi 15 mai 2017

    tatouage poisson marquises pêche

    Le résultat d’une journée de pêche ! A manger pour toutes les familles et de beaux barbecue en perspective… (Photo : J Girardot/LDT)


    Depuis la nuit des temps, du moins, depuis que l’homme est homme et qu’il peuple les îles Marquises, il pêche pour sa survie et son plaisir. Les légendes de ce peuple ne sont pas en reste et font la part belle à cette activité et ceux qui la pratiquent.

    Un plaisir vital parfois rude, souvent tranquille dans ces eaux, la pêche coule dans le sang marquisien… d’ailleurs, ici, tout le monde pêche ! Des groupe d’enfants avec de jolies cannes de bambou, des bonnes copines restées jusqu’à tard sur le quai, un chinchard, un chalala… l’ancien de la vallée qui a ses techniques bien à lui, le pêcheur professionnel qui ne rentre jamais bredouille, et bien sûr, le puhi puhi, la chasse sous-marine, cette pêche où le traqueur s’immerge en milieu hostile pour se retrouver face à face avec le traqué, lequel termine bien souvent dans une glacière restée en surface.

     

    Tiki, dis-moi où aller pêcher !

     

    Aline, capitaine de Pizza, notre catamaran, se débrouille plutôt bien avec son joli puhi puhi en carbone et cherche sans cesse dans les îles, des opportunités de virée pour aller chercher juste de quoi manger et pratiquer sa passion, l’apnée sportive. Dernièrement, à Ua Pou, elle a pu expérimenter cette activité avec Armand et ses amis, à bord d’un fier potimarara. Aux Marquises, le puhi puhi est une pêche pratiquée exclusivement par les hommes et le temps d’un tour de Ua Pou, plus d’un chasseur expérimenté avouait avoir été bluffé par les performances d’Aline, qui n’a pas été la dernière à remplir la glacière ou descendre un peu plus bas pour chercher ses proies !

    Nombreux sont les Marquisiens qui aiment à psalmodier la mélopée de leurs ancêtres.

    Certains sont justes ou se rapprochent d’une “certaine justesse”, d’autres partent dans des sphères plus “créatives” mais ceci toujours dans l’esprit de raconter de belles histoires, ce qui n’est pas, en soi, un crime.

    Un des membres fondateurs de la célèbre association culturelle Motu Haka o te Henua Enana (créée en 1976 et appuyé par les conseils de Monseigneur Le Cléac’h), est un spécialiste quand il s’agit de raconter les légendes marquisiennes. Ben Teikitutoua cherche, parfois avec son ami archéologue, Pierre Ottino, jusqu’au fond des vallées reculées pour glaner des informations qui assoient la véracité de ses dires.  Passionnantes, les légendes relatent des faits héroïques vécus où se côtoient pêle-mêle fantastique et réalité, amour et violence, douceur et cruauté, tendresse et trahison, magie et sortilège….

    Une activité n’échappe pas à ces incroyables légendes, c’est la pêche, car une question demeure éternelle pour un pêcheur : “Où se trouve le poisson ?”

    Il va sans dire que l’on comprend ces pêcheurs qui seraient bien heureux de rentrer au village la pirogue pleine, après seulement quelques manœuvres…

    C’est pour cette raison que dans chaque vallée, il y avait des pae pae dédiés aux pêcheurs. Le pae pae est une terrasse de pierre qui a une fonction précise : par exemple, accueillir une maison, représenter le centre d’une activité. Le pae pae n’a pas de fonction spirituelle comme le mae’e (marae en tahitien).

    Les pae pae dédiés aux pêcheurs étaient donc toujours construits au bord du rivage, face à l’océan. Chaque village avait son maître pêcheur, le tuhuka avaika, qui avant le départ en pêche, consultait ses kea ika, des pierres à poissons ! Destinées à favoriser la capture de telle ou telle spécimen, ces pierres représentent plus ou moins l’espèces qu’elles sont censées influencer. Cette pratique s’est arrêtée voici environ 200 ans.

    Cependant, Ben assure qu’il a pu observer dans certaines vallées reculées voici quelques années, des personnes qui pratiquaient encore le kea ika ! Pour bien des gens, faire confiance à des pierres de nos jours relèverait de l’utopie… mais quand on passe du temps avec les Marquisiens, on peut comprendre ces croyances avec assurance et on se surprend même à se prendre au jeu ! 

    La technique pour connaître la bonne direction à prendre est parfois plus spirituelle… Comme la légende du tiki Moe One (le tiki qui dort sur la plage).

    Chaque soir avant un départ en pêche, le tuhuka avaika place le tiki dans le sable afin qu’il y passe la nuit.

    Au petit matin, celui-ci, indique la direction à prendre pour s’en aller pêcher. Facile !

    Le reste de la légende ne dit pas si les pêcheurs rencontrent le succès à chaque sortie mais les eaux poissonneuses des Marquises jouent rarement des tours aux pêcheurs consciencieux.

     

    Taika Hano l’homme aux branchies

     

    Changement d’ambiance. Le bruit rauque d’un moteur inboard réveille les oiseaux marins qui décollent en poussant quelques râles de mécontentement, une légère fumée grisâtre court le long du quai flambant neuf de Hakahau, sur l’île de Ua Pou. Pas de doute, ce poti marara ne va pas tarder à larguer les amarres… Il fait encore nuit noire. Une bande de copains charge l’esquif d’une dizaine de fusils de chasse sous-marine ! Avec Aline, nous embarquons quand Armand, le capitaine vient nous chercher à couple de Pizza, notre petit catamaran à voile qui se trouve au mouillage dans la baie depuis bientôt un mois.

    La sortie de port dépassée, Armand, à défaut de pierres à poissons, met les gaz tribord, direction le motu Oa, un îlot où nichent des milliers d’oiseaux marins. Le jour pointe ses lueurs et derrière les embruns qui giclent de chaque côté de l’embarcation, on distingue la masse, encore noire à cette heure, de l’île de Ua Pou. C’est un spectacle digne des premiers jours du monde qui s’offre à nous.

    À bord, une horde de “commandos marines” bariolée de combinaisons en camouflage se prépare, malgré les mouvements saccadés du poti.

    Cette pêche là, on n’a pas le temps de “chalala”, ça se passe sous l’eau et d’ailleurs, je repense à cette autre légende que Ben a pu nous raconter quand je vois les chasseurs disparaître un à un sous la surface de l’océan alors que nous venons d’arriver au motu, après 20 minutes de rodéo, il est 5 h 30, ça réveille !

    Cette légende, c’est celle de Taika Hano – L’homme poisson de la Baie de Hane à Ua Huka. Autrefois, il indiquait à la population l’ensemble des toka, les lieux privilégiés de pêche de l’île. Il partait avec les pêcheurs sur leurs grandes pirogues et plongeait pour indiquer la présence des poissons. De retour à terre, Taika Hano avait son propre pea pea où il demeurait. Pour l’aider à respirer sur terre, cet homme avait des branchies sur le cou qu’il recouvrait d’un tapa imbibé d’eau de mer. Il allait également, pour sa survie, se délecter dans la piscine naturelle d’eau de mer qui se trouve juste sous le pae pae, celle-ci lui servait aussi de mise à l’eau.

    À ce moment, Aline refait surface avec un poisson en bout de flèche et son souffle puissant me tire de mes rêveries d’homme poisson. Ses camarades suivent et je me plais à les imaginer tous en Taika Hano, car même s’ils n’ont pas de branchies, ils savent, désormais, où se trouve le poisson !

     

    De notre correspondant Julien Girardot

     

     

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    marquises

    (Photo : J Girardot/LDT)

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    L’équipe au complet avec leurs trophées – photo prise en face du motu Takae, surprenant îlot avec son pic que les locaux ont surnommé “la cathédrale” ! (Photo : J Girardot/LDT)

    pêche coucher de soleil marquises

    Baie de Omoa à Fatu Hiva – de jeunes hommes pêchent le soir sur le quai. (Photo : J Girardot/LDT)

    pêcheur enfant pêche poisson

    Baie de Hanavave – Fatu Hiva – Un jeune garçon vient d’attraper un joli poisson et laisse éclater sa joie ! (Photo : J Girardot/LDT)

    pêche sous marine marquises

    Aline Dargie, capitaine de Pizza, s’entraîne en apnée sur la côte nord de Fatu Hiva, non loin de la baie de Hanavave. (Photo : J Girardot/LDT)

    poisson pêche

    Nature morte – La carangue et les outils de pêche – Ce poisson a été pêché à partir d’un V1 ! Fatu Hiva – Hanavave. (Photo : J Girardot/LDT)

    marquises

    Marquises… (Photo : J Girardot/LDT)

    marquisien art

    Ben Teikitutoua dans le petit musée de Ua Pou dont il est à l’origine et qui ouvrira ses portes prochainement. (Photo : J Girardot/LDT)

    SLOW20-7

    Les pierres poissons kea ika ! Photo tirée du Livre “Tiki”, édité aux éditions “Au Vent des Îles”.

    pêcheurs

    (Photo : J Girardot/LDT)

    pêcheur

    Armand, capitaine du potimarara, lors de cette journée puhi puhi autour de Ua Pou ! (Photo : J Girardot/LDT)

    pêcheur sous marine

    La “horde de commandos” en camouflage à l’assaut des poissons. (Photo : J Girardot/LDT)

    pêche sous marine

    (Photo : J Girardot/LDT)

    pêcheur

    (Photo : J Girardot/LDT)

    raie manta poisson

    (Photo : J Girardot/LDT)

     

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