Un an requis contre la faiseuse de fortunes

    mercredi 19 avril 2017

    sandra faraire

    “J’ai monté cette société avec de bonnes intentions”, a martelé Sandra Faraire à la barre. (© Florent Collet)

    Après un tonnerre d’applaudissement, le public a été appelé à ne pas manifester sa joie durant l’audience par le président du tribunal. Une réaction qui faisait suite aux premières questions du procureur à l’attention de Sandra Faraire, la principale prévenue dans une vaste affaire d’escroquerie.

    “Vous êtes soupçonnée d’avoir empoché 150 millions. Où est l’argent ? C’est tout ce qui nous intéresse et surtout les victimes qui attendent de récupérer le leur.”

    Et après le rappel à l’ordre du président, la réponse de Sandra Faraire a, une nouvelle fois, éteint leurs espoirs. “L’argent n’est pas sur nos comptes. Je ne peux pas l’inventer”, a expliqué Sandra Faraire, avant de se livrer dans des explications souvent sans rapport avec la question ou sans aucune cohérence.

    Des propos à l’image de toutes ses réponses, hier, à la barre, mais aussi de tout un business ayant fait fureur en 2014, au point de parvenir à convaincre 8 000 personnes de payer 30 000 F pour une formation de 24 heures sur trois jours, un stage d’épanouissement personnel où étaient “prônés l’amour de son prochain et le pardon”, comme l’expliquait le formateur reprenant le dogme institué par Sandra Faraire.

    Des stages d’épanouissement personnel : pas une escroquerie en soi, sauf que, si cela n’était pas écrit sur les contrats, de nombreuses promesses ont été faites aux adhérents, leur promettant par exemple d’empocher 600 000 F au bout de 6 mois, un million au bout d’un an et 14 après 2 ans.

    Parmi la cinquantaine de parties civiles présentes hier, certains reprochent une tromperie sur la marchandise, s’attendant à une formation sur le développement de son entreprise sur Internet. D’autres s’attendaient à être aidés financièrement pour lancer leur entreprise.

    En dehors de la salle d’audience, des anciens du Training Sandra Network reconnaissent qu’ils sont allés recruter dans les quartiers des personnes intéressées pour suivre la formation “essentiellement dans le bas de l’échelle sociale”, souligne une avocate de la partie civile.

     

    “Une escroc extrêmement dangereuse”

     

    Au début de l’affaire, ce sont essentiellement des personnes ayant déjà expérimenté la vente multiniveau, appelée aussi marketing de réseau pour Herbalife ou Kyani. 

    Mais ces derniers s’étant essoufflés, ils ont voulu créer le même système au niveau local. Le succès a semblé être au rendez-vous. En témoignent les présentations à la Maison de la culture, à la mairie de Tautira ou dans de prestigieux hôtels.

    Mais au fur et mesure, les adhérents se sont faits de plus en plus rares et les mécontents de plus en plus nombreux au fil des remboursements non réalisés.

    Peu à peu, les adhérents se sont rendu compte de la supercherie et de leur complicité parfois auprès de proches. “Nous avons été naïfs, stupides. Nous avons été actifs dans une escroquerie que nous ne comprenions pas. C’était sectaire, on s’enthousiasmait les uns les autres avec des phrases toutes faites”, témoigne une victime. “Nous donnions des informations fausses, comme dire qu’ils étaient parfaitement en règle”, se remémore un formateur.

    “C’est une escroquerie à grande échelle faite par des professionnels. Sandra Faraire est une escroc extrêmement dangereuse”, a expliqué le procureur, après avoir indiqué son regret de voir cette affaire être menée par un juge d’instruction.

    Après avoir fait la comparaison avec les “voleurs de vélos ou de chaussures en récidive qui partent directement à Nuutania”, il a requis 2 ans de prison, dont une année avec sursis, à l’encontre de Sandra Faraire, 7 millions d’amende, la déclaration de sa faillite personnelle pour la durée maximale de 15 ans et un mandat de dépôt.

    À l’encontre des deux co-gérantes, il a requis 1 an de prison dont 6 mois avec sursis, 2 millions d’amende et l’interdiction d’exercer ce type d’activité pendant 5 ans.

    Il a également demandé que toutes les trois remboursent solidairement leurs victimes. Ces dernières se sont succédé à la barre pour demander à être remboursées et demandaient des sommes atteignant parfois des dizaines de millions de francs au titre du préjudice moral.

    “Je suis fatiguée de me battre, je n’ai plus la force de me défendre. J’ai monté cette société avec de bonnes intentions. On m’attaque parce que je suis une Tahitienne”, a martelé l’ancienne salariée de la CPS à la fin de l’audience.

    À sa sortie, en revanche, impossible de savoir quelle activité aurait permis d’offrir 14 millions à chacune de ses 8 000 victimes. “C’est une surprise pour le 20 juin”, a-t-elle simplement voulu répondre. C’est à cette date que sera rendu le délibéré.

     

    F.C.

     

     

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