Un arrière-arrière-arrière petit-fils redore le blason du capitaine Bligh

    jeudi 15 octobre 2015

    À 72 ans, Maurice Bligh était l’invité du Festival Bounty, organisé à Papeete, le week-end dernier. Voilà près de 50 ans qu’il navigue dans le sillage de son célébrissime aïeul. Bien connu pour avoir fini sur une chaloupe en 1789 après une mutinerie à bord du Bounty, un vaisseau du Royaume britannique, le capitaine William Bligh ne serait pas le despote dépeint par Hollywood.  Son descendant a épluché plus de 1 300 ouvrages pour rétablir “les faits” et dresse, dans La Dépêche, le portrait d’un homme “aux multiples talents”.

    “Lorsque je dis mon nom, certaines personnes me demandent : As-tu un lien avec ce bastard ?!” Les yeux bleus sertis d’or de Maurice Bligh pétillent de colère lorsqu’il évoque la réputation de son arrière-arrière-arrière grand-père. Roman après roman, film après film, les scénaristes de tout bord ont dépeint le célèbre “Captain William Bligh” en navigateur tyrannique, payant son despotisme d’une mutinerie bien méritée sur le vaisseau Bounty.
    C’était en avril 1789. De retour d’une expédition à Tahiti, chargé de rapporter des plants d’arbre à pain pour nourrir les esclaves des colonies britanniques, celui qui n’était encore que lieutenant de la Royal Navy était débarqué au milieu du Pacifique. Avec 18 de ses hommes, naviguant en père peu peinard sur une chaloupe “pas plus longue que sept mètres”, pourchassée par des cannibales, entourée de requins et à demi submergée par les vagues, il avait réussi à rejoindre, de mémoire, les côtes indonésiennes 47 jours plus tard, à plus de 4 200 milles.
    Pendant ce temps, Fletcher Christian, interprété en 1962 par Marlon Brando dans Les Révoltés du Bounty, prenait les commandes du navire et faisait demi-tour vers Tahiti. “Car cette révolte ne fut le fait que de neuf jeunes hommes célibataires qui avaient eu des relations avec des femmes d’ici”, assure aujourd’hui le descendant du capitaine malheureux. À 72 ans, Maurice Bligh a écumé des pages et des pages de journaux de bord, de registres maritimes ou de carnets intimes pour rétablir les “faits”.
    “À 5 heures du matin, alors que personne ne montait la garde sur le Bounty, qui était le plus petit navire expéditionnaire jamais envoyé dans le Pacifique, ils ont eu l’opportunité de prendre un bateau de la flotte royale britannique pour commencer une nouvelle vie de luxure au paradis. Ce n’était pas une mutinerie. C’était un acte de piraterie. Mais à Hollywood, ils ne veulent pas en entendre parler. Ils veulent que William Bligh soit ce petit capitaine, gros, incompétent, horrible. La fiction, c’est cela. Elle est écrite par des menteurs professionnels.”
    Le retraité balaye d’un revers de main les théories échaudées au fil des ans autour de la supposée cruauté de son aïeul. Ajoutant : “Fletcher Christian n’était pas le héros qu’Hollywood voudrait qu’il soit. Il n’était pas à l’image de Marlon Brando…”

    “Un homme aux multiples talents”  
     

    L’histoire a été adaptée au cinéma dès 1932 sous une forme semi-documentaire, puis à nouveau en 1935 dans le film d’aventure Muntiny on the Bounty. Comme dans les remakes qui ont suivi, Fletcher Christian y apparaît en justicier. “Les scénaristes écrivent ce que leurs producteurs à Hollywood veulent lire…, déplore Maurice Bligh. Ils voulaient transposer au Bounty l’histoire de la révolution américaine, de la Guerre d’indépendance face à la Grande-Bretagne.”
    La seule faute de William Bligh, devenu dès ses 21 ans maître d’équipage du capitaine Cook, aurait été d’avoir laissé son équipage passer trop de bon temps à Tahiti. “Il n’était pas un tyran, les témoignages de bord le prouvent. Il était respecté, peu violent. Mais lorsque vous êtes en extrême danger sur un navire, vous n’allez pas dire : “Voudriez-vous bien baisser la grand-voile, s’il vous plaît ?” Il fallait agir vite, sinon tout le monde mourrait.”
    Après dix mois de traversée, les hommes rongés par le scorbut et minés par un demi-tour forcé face à l’infranchissable Cap Horn, le Bounty n’avait perdu qu’un seul homme en arrivant à Tahiti. “Le capitaine William Bligh était un excellent navigateur, mais aussi un homme aux multiples talents”, répète aujourd’hui Maurice Bligh, en exhibant le portrait d’un homme juvénile, mari dévoué et bon père de huit enfants.
    Hier, avant de quitter Tahiti, l’arrière-arrière-arrière petit-fils devait rencontrer Richard Bailey, le promoteur de The Brando. “Je n’ai pas vraiment l’intention de lui demander de réhabiliter l’honneur de mon aïeul. Mais vous savez, dans son autobiographie, à la page 270, Marlon Brando lui-même écrit que le tournage des Révoltés du Bounty était pathétique. Que le seul héros, c’était le capitaine Bligh…”

    Marie Guitton

    Maurice Bligh, dans le sillage de son aïeul

    “J’ai toujours voulu savoir ce qu’il y avait dans mon sang.” Au début des années 1950, Maurice Bligh a 8 ou 9 ans. Depuis l’Angleterre, il entend un appel à témoignages lancé sur Radio Australia. Il écrit à l’émission : “Mon ancêtre était gouverneur de Nouvelle Galles-du-Sud…”
    Plus de soixante ans plus tard, le retraité, ancien inventeur de systèmes électroniques, en a découvert bien plus sur son arrière-arrière-arrière grand-père, le capitaine William Bligh, l’un des personnages les plus emblématiques du Pacifique.
    En juillet 1970, Maurice Bligh traverse les océans dans le sillage de son aïeul. Presque deux siècles après le commandant du Bounty, il passe le Cap de Bonne espérance, traverse l’océan Indien et arrive en Australie. À Sydney, il épluche les 1 300 ouvrages consacrés à son ancêtre dans la State Library of New South Wales, qu’il recoupera plus tard avec les quelques documents trouvés aux archives nationales d’Angleterre et au Musée maritime de Londres.
    “Les routes qu’il a tracées sont toujours aussi sûres, après plus de 200 ans !, s’enthousiasme-t-il. Vous pouvez superposer ses cartes à celles d’aujourd’hui, il n’y a eu aucun changement. N’est-ce pas remarquable ?”
    Après un demi-siècle de recherches, il n’a pas écrit de livre sur son lointain aïeul. Mais plutôt réuni des masses de “faits” afin qu’aucun historien ne puisse jamais accréditer la version hollywoodienne des aventures de son ancêtre. William Bligh n’était pas un tyran, mais plutôt la victime de pirates, assure-t-il en référence à la célébrissime mutinerie subie par le commandant du Bounty (lire ci-dessus). “Je peux prouver le moindre mot que j’avance”, précise-t-il.
    Comme son arrière-arrière-arrière grand-père, Maurice Bligh, qui habite dans le Kent, en Angleterre, a visité trois fois Tahiti. La semaine dernière, il était l’invité du 2e Festival Bounty. La première fois, en janvier 1971, il était arrivé en bateau depuis la Nouvelle-Zélande.
    “Dix milles avant d’atteindre les côtes, il n’y avait aucun signe de vie humaine. Et puis soudain, la terre, magnifique, raconte-t-il en écartant les bras, mimant les reliefs de Tahiti. J’ai alors compris ce qu’avait ressenti William Bligh.”

    Maurice Bligh, descendant du commandant du Bounty : “Mon ancêtre parlait les langues polynésiennes”

    “Le capitaine William Bligh est venu trois fois en Polynésie. Il y est resté deux mois avec Cook, lors de sa dernière expédition, cinq mois et demi avec le Bounty et trois mois avec le Providence.
    Dans ses nombreux écrits, il raconte que les Tahitiens étaient civilisés. C’était une société sophistiquée. Mon ancêtre les connaissait mieux qu’aucun autre navigateur. Il notait tout ce qu’il apprenait. Il parlait les langues polynésiennes et s’était fait des amis parmi la population, qui veillaient à sa sécurité, comme un roi de la lignée des Pomare ou le grand prêtre Hamanimani.
    À l’époque, tous les capitaines devaient être diplomates pour préserver leur équipage. Mais les Tahitiens n’étaient pas agressifs. C’est ce que mon ancêtre appréciait. Il les traitait avec beaucoup de respect. Il comprenait cette société et il décrit de façon magnifique ses cérémonies. Lorsqu’un chef en avait offensé un autre, il était sacrifié et ses yeux devaient être présentés en offrande au vainqueur. On imagine aisément l’horreur qu’éprouvaient les belles dames d’Angleterre en apprenant cela au XVIIIe siècle. Mais le fait est que c’était leur culture, un point c’est tout. Nous pratiquions la guillotine à la même période. Ils faisaient cela, et nous ceci ! Avec nos canons, nous étions les barbares !
    Quoi qu’il en soit, la population polynésienne était la plus accueillante, calme et généreuse découverte par les navigateurs. C’est ce qui rend toujours Tahiti si spéciale. Il y a d’autres îles magnifiques, à Fidji par exemple. Mais à Tahiti, il y a l’ambiance, le feeling. Moi-même, j’y suis passé trois fois et je me suis senti comme à la maison. Ça aurait été tellement dommage de ne pas inscrire la Polynésie sur une carte. C’est un endroit unique.”

    Propos recueillis par M.G.

    Thérèse Huber 2015-10-16 11:37:00
    Bonjour Hiro,
    En tant qu''''organisateurs du festival nous ne prenons jamais partie pour les uns ou pour les autres. La parole est libre à la condition d''''employer un ton respectueux et de s''''exprimer en son nom propre et non sous un pseudo. Merci !
    Huber Benjamin 2015-10-16 10:52:00
    Bonjour Hiro, en tant d'organisateur du festival, est-ce que vous aimerais bien presenter vos these au tour d'une conference?
    merci pour le retour: bounty.tahiti@gmail.com
    Hiro 2015-10-16 07:53:00
    Maintenant c etait necessaire pour la survie de tous d etre un tyran il etait excellent navigateur et forme par le meilleur! Mais l histoire du chef des yeux d un autre chef et la description gentille de nos ancetres...pffffff pas de mensonge please.
    Hiro 2015-10-16 07:47:00
    Bligh etait un tyran (morrisson second sur la bounty) fletcher a passe toute la traversee dans la cabine du capitaine..." il etait son protege" des rumeurs tournaient entre les autres capitaines...faut lire tous les livres pas ceux censures par bligh
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