Un changement de législation et de mode de calcul fait gonfler les chiffres de la mortalité infantile en Polynésie

    mardi 10 novembre 2015

    Début septembre, l’institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF) publiait les chiffres de la mortalité infantile en Polynésie française. Des chiffres qui atteignaient des records en 2013 et 2014 comme le confiait alors Sébastien Merceron, statisticien à l’ISPF. “Nous avons enregistré
    65 enfants mort-nés en 2013 et 47 en 2014. Normalement, depuis les années 2000, le nombre de décès infantiles est d’une trentaine par an.” Malgré ce constat, Sébastien Merceron n’avait aucune explication claire à avancer à cette soudaine augmentation.
    Nous avions alors contacté le bureau de veille sanitaire pour savoir si cette hausse du taux de mortalité infantile, qui concerne les enfants de moins d’un an, pouvait être imputable aux dernières épidémies de zika et chikungunya survenues ces mêmes années.
    Mais selon les épidémiologistes, rien ne leur permettait d’arriver à de telles conclusions.
    De leur côté, les médecins des services de réanimation néonatale et pédiatrique ont aussi cherché à obtenir des réponses sur cette recrudescence.
    Moins spectaculaire qu’on aurait pu l’imaginer, il semble que cette hausse soit la conséquence d’un changement de règlementation, imposé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2008 auquel le service de pédiatrie du CHPF s’est plié en 2012.

    Un enfant doit être déclaré vivant dès 22 semaines

    “Jusqu’en 2008, un enfant était déclaré vivant au-dessus de 28 semaines. Mais à cette époque, l’OMS, pour essayer d’uniformiser les déclarations, a demandé à ce que tout enfant de 22 semaines ou de 500 grammes soit dès lors déclaré vivant. Il y a donc eu un changement de législation. Auparavant, un enfant né avant 28 semaines n’était déclaré vivant que s’il montait en néonatologie. S’il n’était pas pris en charge, il n’était pas déclaré et n’apparaissait donc pas dans les registres d’état civil”, précise le docteur Françoise Pawlotsky. Mais comment justifier que la Polynésie soit impactée par ce changement de législation alors que le taux de mortalité infantile en métropole reste stable ?
    Selon la pédiatre Françoise Pawlotsky, qui a contacté l’Insee en France, il semblerait que l’ensemble des hôpitaux de France, plus de 1 000 établissements publics, ne se plierait pas encore à cette nouvelle mesure de déclaration. Cependant, toute la difficulté de compréhension de ces chiffres réside dans le fait que beaucoup d’enfants naissent vivants, mais meurent.
    “C’est ce qu’on appelle des fausses couches”, explique le médecin, qui précise “qu’un enfant qui naît à 18 semaines et qui respire avant de mourir, n’est pas déclaré vivant, c’est la loi. Mais si ce même enfant naît à 22 semaines, qu’il respire mais que l’on sait qu’on ne peut pas le réanimer, on doit le déclarer vivant, car c’est aussi la loi”.
    En Polynésie, un enfant qui naît prématurément est ranimé à partir de 26 semaines, soit à six mois de grossesse. Cela signifie que si un enfant naît entre la 22e et la 25e semaine et qu’il respire, un acte de naissance, même s’il n’a vécu que quelques instants, sera établi ainsi qu’un acte de décès. S’il naît entre la 15e et la 22e semaine, le nouveau-né sera considéré comme mort-né.
    Les interruptions de grossesse du premier trimestre ne sont par ailleurs pas comptabilisées.

    Jennifer Rofes

     

    Pourquoi ne pas ranimer un nouveau-né de 22 semaines de grossesse et moins ?

    En métropole et en Europe, aucun nouveau-né de 22 semaines de grossesse ou d’à peine 500 grammes n’est réanimé.
    En France, les résultats de réanimation d’enfants âgés de 24 semaines montrent qu’il garde des séquelles neurologiques très importantes qui ne lui permettront pas de se développer normalement
    À partir de 25 semaines, les résultats s’améliorent. C’est pourquoi en métropole, certains centres ont décidé de réanimer à partir de 25 semaines.
    En Polynésie, les autorités de santé ont décidé de réanimer à partir de 26 semaines, soit à six mois de grossesse. La raison évoquée par les médecins est que “le risque de séquelles paraît trop important par rapport au bénéfice sur des femmes jeunes qui vont avoir encore des enfants”.
    Si les médecins métropolitains prennent un peu plus de risques, cela est justifié par l’âge plus avancé des femmes qui procréent ou qui ont recours à la fécondation in vitro (FIV) par rapport aux Polynésiennes.
    De plus, le docteur Françoise Pawlotsky souligne que la réanimation est une épreuve, une souffrance qu’il faut dépasser, autant pour l’enfant que pour la mère. Car un nouveau-né qui né à 26 semaines de grossesse devra au minimum être hospitalisé jusqu’au terme de celle-ci, soit trois mois.

     

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