Un crématorium ? Oui, mais pas chez moi

    vendredi 2 septembre 2016

    crématorium

    Il existe des crématoriums dans quasiment toutes les grandes villes de métropole. Au Père-Lachaise, le coût en est de 60 000 F. (Photo : DR)

     

    FUNÉRAILLES – Toujours à l’étude, les projets peinent à voir le jour

     

    Il y a dix ans déjà, Maxime Hapipi ouvrait la voie à l’exploitation d’un crématorium sur la commune de Faa’a. Mais des riverains avaient haussé la voix. Puis plus rien.

     

    Cinq ans plus tard, le Pays l’autorisait à louer une parcelle à Afaahiti pour construire un tel appareil et un jardin du souvenir. Mais l’affaire devait errer à jamais dans les méandres de l’administration…

    “Le projet a été abandonné”, soufflent aujourd’hui des responsables des deux communes, qui n’ont eu vent d’aucun rebondissement.

    Après les grandes annonces, les projets ont tous été enterrés. “Les politiques n’ont pas suivi. Tu sais, les Polynésiens ont horreur du mot “incinérer”. La population était contre, alors les élus s’y sont opposés dans l’optique des élections”, analyse aujourd’hui le gérant de Hapipi Crémation.

     

    Selon lui, pourtant, 250 morts de Polynésie seraient incinérés en Nouvelle-Zélande chaque année, moyennant de 700 000 à plus d’un million de francs (incluant le transport de la dépouille par avion), contre 60 000 F par exemple pour une famille parisienne qui aurait recours aux services du crématorium du Père-Lachaise.

    Le funéraire, qui est donc sûr de son utilité, l’affirme : son projet est “toujours en cours”.

    D’autres prestataires privés nourriraient la même ambition, tandis que Pirae souhaiterait mettre sur pied un groupe de travail intercommunal pour implanter un seul et unique crématorium en Polynésie française (lire ci-dessous).

    Mais reste à savoir où il pourrait voir le jour. “Faa’a, c’est fini”, affirme Maxime Hapipi. Taravao serait une “option”, selon lui, mais la mairie ne semble pas être au courant.

    Quant à Punaauia, l’idée de construire un crématorium, un temps très sérieusement évoqué, a été “mise de côté” le temps de finir le nouveau cimetière de  Vaitavere.

    “Les mentalités vont évoluer”

     

    “Après, on va peut-être se repencher sur la question”, confie la responsable du pôle état civil.

    “C’est vrai que de nos jours, beaucoup de nos administrés y pensent, et cette année, une poignée est sortie du territoire pour faire incinérer un proche. Mais ça va dépendre de la mentalité des autres habitants. Les anciens ont toujours été contre.”

    Aujourd’hui, les Églises catholique, protestante et mormone ne s’opposent plus à la pratique. Reste donc à raisonner les fantasmes d’une partie de la population, qui semble imaginer le bâtiment comme un four à pizza rejetant de funestes fumées au-dessus des habitations…

    L’inauguration prévue, avant la fin de l’année à Papeete, dans le cimetière de l’Uranie, d’un columbarium capable d’accueillir jusqu’à 260 urnes, et d’un jardin du souvenir où les familles pourront libérer les cendres des défunts, contribuera peut-être à redorer le blason de la crémation.

     

    À terme, les coûts funéraires pourraient par ailleurs être bien minorés, si un crématorium venait à voir le jour au fenua.

    Les 60 000 F d’une crémation parisienne sont en effet à rapprocher des 200 000 à 250 000 F dont s’acquitte actuellement une famille du fenua pour inhumer un défunt.

    Tandis qu’à l’Uranie, une concession perpétuelle dans le nouveau columbarium coûtera autour de 25 000 F, contre le quadruple pour une concession sous terre de 3 m2.

    “C’est un gain de place aussi pour les communes, dont les cimetières arrivent à saturation”, observe Alexandre Bernière, le directeur de l’Uranie.

    Lui estime, “à titre personnel”, que la Polynésie ferait donc bien de se doter d’un crématorium. “Un seul suffirait”, affirme-t-il. “Je pense que les mentalités vont évoluer.

     

    Mais pour l’instant, j’ai l’impression que la majorité des gens est contre, non pas le fait de se faire incinérer, mais le fait d’implanter un incinérateur dans leur commune.

     

    Il faut donc trouver celle où les habitants accepteront.” Papeete ? “Pas question, ils ne sont pas intéressés”, répond Maxime Hapipi, catégoriquement.

     

    Réactions

    Église catholique : “L’incinération est permise”
    “L’incinération est permise par l’Église, mais pas avant la cérémonie des funérailles, l’office ou la messe, par respect du corps.”

    Église protestante : “Nous ne sommes pas contre”
    “Nous avons déjà pris position sur la crémation, il y a quelques années : nous ne sommes pas contre cette pratique. Le problème, c’est qu’on n’arrive pas à trouver le lieu pour recevoir un tel établissement, parce que ce n’est pas dans les mœurs en Polynésie. Je crois que les pouvoirs politiques ne veulent donc pas prendre la décision.”

    Église mormone : “C’est à la famille de choisir”
    “L’Église n’encourage habituellement pas l’incinération. C’est à la famille de choisir si elle veut ou pas.”

     

    Marie Guitton

     

    Retrouvez l’intégralité de cet article dans votre journal d’aujourd’hui (Vendredi 2 Septembre 2016).

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