Un gouvernement à l’image de la majorité plurielle ?

mardi 12 mai 2015

Par son remaniement ministériel prévu, Édouard Fritch souhaite renforcer le Tapura huiraatira. Le président du Pays devrait nommer un membre du parti A ti’a Porinetia, au gouvernement, à son retour de Paris. L’ouverture à l’UPLD des commissions de l’assemblée devrait en rester là.

Cette semaine, Édouard Fritch est en déplacement à Paris. Le président du Pays profite d’accompagner Nuihau Laurey et Lana Tetuanui dans la capitale pour faire quelques rencontres protocolaires. Nicolas Sarkozy, Laurent Fabius (lire en p.12), la ministre des Outre-mer, George Pau-Langevin, ou encore assister à la Vendée Va’a ce week-end aux Sables-d’Olonne.
Avant de prendre l’avion, ce dernier a confirmé que le remaniement ministériel qu’il avait évoqué la semaine passée ne serait pas uniquement une redistribution des portefeuilles de Nuihau Laurey pour lui alléger son programme, mais qu’une ouverture devrait être faite. Le point en trois éléments clés.

Consolider le Tapura huiraatira
À 15 élus, le Tapura huiraatira nouvellement créé, suite à la victoire des frondeurs du Tahoera’a aux sénatoriales, ne pèse pas encore assez lourd dans la balance face au Tahoera’a.
La semaine dernière était évoqué un retour de deux ministres sur les bancs de l’assemblée, Frédéric Riveta et René Temeharo, ce qui, par le jeu des ascenseurs, ferait sortir Fernand Tahiata et Evans Haumani du groupe Tahoera’a.
L’enjeu ici n’est pas de faire le coup de la grenouille qui se veut plus grosse que le bœuf, mais de constituer une majorité relative de 25 voix avec A ti’a Porinetia (ATP), contre les 21 voix qu’il resterait au Tahoera’a.
Une  sécurité, en quelque sorte, pour le gouvernement, en cas de vote sur un texte sur lequel l’Union pour la démocratie (UPLD) s’abstiendrait et le Tahoera’a voterait contre.
Hier, le vice-président Nuihau Laurey confirmait la tendance depuis Paris.
“Je reste vice-président, mais je vais reconfigurer mon portefeuille. Le président du gouvernement l’a indiqué. Il va probablement effectuer un remaniement ministériel pour renforcer la majorité à l’assemblée et dans ce cas, nous discuterons de mes attributions. Je resterai au gouvernement sur les fonctions qui sont essentielles, budget, finances…”
Une manœuvre qui reste tout de même risquée si Tahoera’a et UPLD s’entendent sur ou contre un texte. Les deux groupes qui formaient l’UDSP pourraient en se trouvant des intérêts communs (notamment sur le nucléaire), mettre des bâtons dans les roues du gouvernement.
Il n’est pas sûr non plus que les ministres en question soient ravis d’être les dindons de la farce, dans cette histoire politicienne de majorité. Frédéric Riveta est fermement accroché à l’agriculture alors que René Temeharo, ministre de la Jeunesse et des Sports, en bon soldat, a déjà avalé de nombreuses couleuvres par le passé.

Ouvrir à ATP
“J’estime que si l’on revient à l’essentiel, nous pouvons, avec ATP, consolider une majorité au sein de l’assemblée”, expliquait Édouard Fritch en fin de semaine dernière.
“Et si nous voulons donner un socle à cette majorité, il faut que je fasse l’effort d’ouvrir au gouvernement un siège pour ATP afin qu’il puisse participer en amont des décisions de l’assemblée. Qu’ils puissent apporter leur pierre dans les projets que le gouvernement proposera à l’assemblée.”
Déjà évoquée lors de l’arrivée à la présidence d’Édouard Fritch en septembre 2014, la nomination d’un ministre issu du parti A ti’a Porinetia devrait se concrétiser la semaine prochaine, au retour du président et du vice-président de Paris.
Interrogé sur la question, Teva Rohfritsch était jusqu’alors resté impassible dans ses déclarations. Parlant de “politique-fiction”, le président du groupe ATP à l’assemblée de la Polynésie française semblait ne pas vouloir vendre la peau de l’ours.
“Si Édouard Fritch veut ouvrir le gouvernement, il lui appartient de le décider”, expliquait-il à la sortie de la séance de l’assemblée de la Polynésie française jeudi dernier.
“Aujourd’hui, en tout cas, je suis satisfait qu’ATP puisse participer un peu plus à la vie de notre assemblée parce que ça fait deux ans que nos 35 000 électeurs étaient complètement mis de côté. Édouard Fritch, avec cette décision, vient aussi de donner une place à ces 35 000 personnes qui ont fait confiance à ATP.”
Le rapprochement des attitudes et la position d’ancien Tahoera’a de Teva Rohfritsch, lui aussi mis sur le banc de touche du parti en son temps pour des prises de positions contraires à celles ordonnées par Gaston Flosse, sonnent cette nomination comme une évidence.
Teva Rohfritsch, tout comme Jean-Christophe Bouissou en son temps, prône le rassemblement des autonomistes. Un message à plusieurs reprises passé de façon plus ou moins discrète à l’assemblée de la Polynésie française dans les discours du président de A ti’a Porinetia, souvent plus élogieux à l’égard de l’action d’Édouard Fritch que le Tahoera’a dont le président du Pays est malgré tout l’émanation.

 L’UPLD ne devrait pas en être
Édouard Fritch a souvent le mot “ouverture” à la bouche. Il avait tenté d’ouvrir dès le mois d’octobre, certaines commissions extérieures à l’opposition, contre l’avis du Tahoera’a.
Il a ouvert, la semaine dernière, les commissions législatives à l’assemblée de la Polynésie française à l’Union pour la démocratie (UPLD) et A ti’a Porinetia (deux chacune), ne laissant que deux présidences de commission à un Tahoera’a qui, en 2013, avait remporté les élections territoriales.
Le fait que le gouvernement s’ouvre à ATP était attendu, mais il est fort peu probable que l’UPLD soit, elle aussi, représentée dans ce gouvernement.
“Nous avons toujours travaillé avec tous les gouvernements qui se sont succédé”, expliquait Tony Géros, la semaine dernière.
Et l’élu Tavini de préciser : “Le fait d’accepter une commission ne nous engage pas vis-à-vis de notre liberté. Mais nous nous réjouissons de cette ouverture. À notre sens, c’est comme cela que l’on doit gouverner le pays. Une fois qu’on est élu, il faut mettre de côté ses drapeaux et ses couleurs et servir l’intérêt général. (…) On a l’impression de faire partie d’un groupe de personnes responsables qui savent où se situe l’intérêt général, au détriment de l’intérêt partisan. C’est pour cela que nous avons répondu ‘oui’ à cette proposition du gouvernement”.
Un “oui” seulement aux commissions ? Hier, un élu Tahoera’a qui voyait la nouvelle majorité plurielle se mettre en place témoignait : “Le parti orange est peut-être en difficulté, ces temps-ci, c’est vrai. Mais si Édouard Fritch se plante, si l’économie ne démarre pas, si le Mahana Beach ne sort pas de terre, ce ne sera plus son seul bilan, ce sera celui de son groupe, de A ti’a Porinetia, mais aussi celui de l’UPLD”.
Et Gaston Flosse pourrait revenir en sauveur aux prochaines territoriales. Alors, ces prochaines années, qui a le plus d’intérêt à mettre des bâtons dans les roues d’un gouvernement pourtant issu de ses rangs ?

Bertrand Prévost

 

Taui 2015-05-12 14:45:00
Le rêve de tous les vieux singes... Revenir en sauveur.
Pito 2015-05-12 12:17:00
Oui pour les commissions à l'upld, non pour désistes de ministres. Quant à la réussite des actions du gouvernement, il me paraît difficile de faire supporter à ce gouvernement la réussite ou non du projet Mahana Beach. La façon dont GFa lancé ce projet me semble quand même un peu légère, maintenant il faut remettre à plat et recommencer le travail, ce que fait E Fritch.
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