Un Noël « comme en famille » chez Les Petits Frères des Pauvres

    jeudi 25 décembre 2014

    « Je chante comme Johnny ! », décrète Gino, ancien cadre d’une société de mécanique, bien décidé à animer le repas de Noël auquel il a été invité jeudi à Paris par l’association Les Petits Frères des Pauvres, comme une centaine d’autres bénéficiaires parisiens en situation de précarité.
    « Ca change ! », s’exclame un autre convive en scrutant la salle aux pierres apparentes du restaurant, situé à deux pas de l’Arc de Triomphe et dûment décorée. Au menu, tartare de Saint-Jacques, magret de canard et Mont-blanc au cœur coulant fraise.
    Alors que les invités, des personnes de plus de 50 ans isolées, arrivent en groupes, Françoise et Marie-Elise, qui se sont rencontrées au début de l’année lors de vacances organisées par l’association, sont déjà attablées et sirotent leur apéritif.
    « C’est mon premier Noël avec Les Petits Frères : sans eux je ne sais pas comment je pourrais vivre », explique Françoise, ancienne vendeuse de mercerie, expulsée de son logement après s’être retrouvée au chômage. 
    « Aujourd’hui ça m’apporte un peu de joie et de gaieté », confie timidement la sexagénaire, qui vit actuellement dans une chambre payée en partie par l’association, en complément de son RSA (revenu de solidarité active).
    Sa voisine Marie-Elise gratifie d’un sourire d’autres femmes qui les rejoignent à table. « On se connaît toutes », précise-t-elle. Le visage redevenu grave, cette quinquagénaire qui possédait un commerce de vêtements, explique avoir vu sa vie basculer alors qu’elle était en Côte d’Ivoire, au moment de la chute de Laurent Gbagbo. 
    « On m’a rapatriée parce que je suis française, mais mes enfants, qui étaient alors au Bénin, sont restés là-bas avec ma sœur », raconte la Franco-béninoise qui rêve de revoir ses quatre enfants, dont elle est séparée depuis près de quatre ans, faute d’argent pour effectuer le voyage.
    « Au moins je me retrouve comme en famille ici », termine-t-elle.

    « Accident de la vie »
     
    Telle une tornade débarque alors Suzanne, une bénévole reconnaissable à son bonnet de Noël vissé sur la tête. « Ca va, les filles ? », lance la septuagénaire, déjà auréolée du titre de « Super Mamie » de l’Oise.
    Bénévole depuis 12 ans, Suzanne fait partie des quelque 10 000 bénévoles, qui agissent sur toute la France.
    « Je fais 100 kilomètres aller-retour trois fois par semaine pour aller chez Les Petits Frères parce que ça me plaît, ça m’apporte beaucoup de bonheur et de chaleur », explique-t-elle, « et quand je ne peux pas venir, ça me manque ».
    Enfin, leur table est complète – que des femmes avec pour point commun l’Afrique. « Elles aiment se retrouver à Noël, parce qu’elles ont des affinités et qu’elles sont libres de parler », dit Nora, une bénévole invitée, comme quarante de ses collègues, à les rejoindre.
    La tablée s’enflamme lorsque Ségolène Neuville, la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, venue partager le déjeuner, salue la « sororité » animant ces dames.
    A la table d’en face, Sébastien, âgé de 37 ans et bénévole depuis 2012, retrouve avec plaisir Pascal, 68 ans dont il avait été l’accompagnateur lors de vacances en Suisse en avril dernier.
    « On pourrait faire un film sur chacun d’eux », affirme le jeune homme.
    « Je rencontre des gens que je n’aurais jamais connu ailleurs, c’est un échange, des liens qui se nouent entre des gens très différents, qui ont spontanément envie d’être ensemble », décrit-il.
    Anciens SDF, médecins, avocats, ou militaires, Suzanne, rappelle avoir soutenu toutes sortes de gens et souligne : « ça peut arriver à n’importe qui même à quelqu’un de bien placé. »
    « Il suffit d’un accident de la vie, c’est comme ça qu’on tombe », dit-elle.

    AFP

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