“Un patient bipolaire sur deux souffre d’un problème d’addiction”

    samedi 24 octobre 2015

    L’unité psychiatrique de l’hôpital de Taaone a reçu, cette semaine, le docteur Sébastien Gard. Ce psychiatre, qui dirige, en métropole, le centre expert bipolaire de Bordeaux, était en mission clinique à Tahiti. Le trouble bipolaire est une maladie chronique, neurobiologique, qui agit sur l’humeur de la personne. La bipolarité se traduit par l’apparition d’épisodes tantôt dépressifs, tantôt maniaques. La fréquence du trouble au sein des populations est de 2 %, donc cette maladie concerne environ 5 400 personnes en Polynésie. Sébastien Gard a donc rencontré des patients en consultation et est intervenu dans différentes unités d’hospitalisation, pour évaluer des personnes en crise. Il a également profité de cette semaine pour échanger avec les équipes médicales sur place et leur livrer les dernières informations scientifiques concernant le trouble bipolaire. La Dépêche de Tahiti a, elle aussi, rencontré ce grand spécialiste, qui a accepté de nous parler un peu plus de la bipolarité et de sa mission.

    Quel a été votre rôle au sein de l’unité psychiatrique de Taaone, cette semaine ?
    Mes confrères attendaient de moi que je fasse exactement ce que je fais au centre expert de Bordeaux.
    J’ai donc rencontré les patients de l’unité, nous avons mené des entretiens, des consultations en binome, afin d’optimiser le diagnostic et surtout la prise en charge thérapeutique.
    Depuis le début de la semaine, j’ai rencontré plusieurs patients et j’ai donné mon avis concernant les médicaments que l’on pouvait leur prescrire et les différentes stratégies que l’on pouvait appliquer, afin d’optimiser leur prise en charge.

    Si vous deviez résumer les troubles bipolaires, que diriez-vous ?
    Le trouble bipolaire se traduit par l’apparition de crises très différentes et très symétriques. C’est classiquement l’alternance de phases de dépression et de phases opposées que l’on va appeler des phases maniaques. On va observer des crises dépressives disproportionnées, qui sont des périodes de tristesse prolongée, où le patient est bloqué dans une tristesse qui ne le lâche pas, qui s’accompagne d’une grosse difficulté à éprouver du plaisir ou des sensations agréables. À cela s’ajoute une tendance à se replier sur soi, à ne pas lâcher son lit, à rester inactif, à se morfondre.
    En phase maniaque, le patient est totalement différent mais toujours de façon disproportionnée par rapport aux événements.
    On observe alors chez lui une grande exaltation, de l’euphorie, une grande énergie. Le patient dort moins, voire plus du tout et sans ressentir de fatigue. Il a des comportements excessifs, qui sont sous-tendus par une très grande confiance en soi, avec des mises en danger à travers des comportements à risque. Enfin, dans le trouble bipolaire, il y a des phases intercritiques où le patient est stable, où il n’est ni dans une phase dépressive, ni dans une phase maniaque, il se sent bien et réagit de façon proportionnée aux événements.

    Est-ce compliqué de diagnostiquer le trouble bipolaire ?
    C’est effectivement un diagnostic qui est très complexe à mettre en place. On a classiquement un retard de huit ans en moyenne entre le début de la maladie et le moment du diagnostic.

    Pourquoi un tel retard de diagnostic ?
    Parce que le diagnostic de la bipolarité va surtout se poser sur l’existence de l’épisode maniaque. Donc si on ne l’observe pas à l’instant, on va avoir du mal à les repérer dans le passé. Toute la difficulté du diagnostic repose sur le fait de pouvoir repérer dans le passé ces épisodes d’exaltation inappropriée et inhabituelle. Or, quand on se retrouve face à un patient stable ou en phase dépressive, cela ne montre pas le trouble bipolaire.

    Est-ce qu’on naît bipolaire ou est ce qu’on le devient ?
    Aujourd’hui, le modèle qui prévaut, c’est celui d’une interaction entre la vulnérabilité génétique et la vulnérabilité environnementale.
    La vulnérabilité génétique veut dire qu’il y a très souvent une charge héréditaire avec des précédents de troubles bipolaires dans la famille, mais on sait également qu’il y a des facteurs environnementaux qui peuvent précipiter la maladie bipolaire.
    Je pense notamment à tout ce qui est toxique et particulièrement le paka, qui favorise la survenue des épisodes maniaques du trouble bipolaire.

    Quand on souffre de trouble bipolaire, existe-t-il d’autres symptômes associés ?
    Oui, on peut malheureusement souffrir d’une autre pathologie associée. On parlera alors de trouble comorbide. On observe deux grands types de pathologies, d’abord les addictions. Un patient bipolaire sur deux souffre d’un problème d’addiction qui peut être à l’alcool, au cannabis, aux jeux vidéos ou au sexe et puis il existe les troubles anxieux comme par exemple l’agoraphobie, qu’on va classiquement retrouver chez nos patients bipolaires.

    Peut-on soigner les troubles bipolaires ?
    Oui, il est très important de pouvoir le souligner. Il existe de nombreux traitements du trouble bipolaire, notamment des traitements médicamenteux, qui permettent de stabiliser l’humeur, c’est-à-dire d’éviter les épisodes maniaques et les épisodes dépressifs.
    On ne peut pas éradiquer définitivement le trouble bipolaire, par contre il existe des traitements efficaces pour le mettre sous silence.
    Un peu comme l’asthme ou le diabète, qui sont des maladies chroniques, que l’on ne peut pas éradiquer mais que l’on peut contenir, pour avoir une vie de qualité.

    Peut-on donc vivre comme tout le monde grâce à ces traitements ?
    Tout à fait. Le traitement va permettre au patient de mener la vie à laquelle il aspire.

    Propos recueillis par Jennifer Rofes

    loïc 2016-04-21 13:50:00
    Le commentaire de Martin n'est pas du tout dangereux, au contraire, il reprend un article qui met en garde contre les fausses solutions et l'engrenage chimique (mis à part le lithium, qu'il recommande plutôt que d'autres substances, alors qu'il possède des effets secondaires graves à un certain niveau de prise régulière).
    Il ne joue pas au psychiatre puisqu'il reprend un article sérieux d'Alternative santé. Ça n'a absolument rien de sectaire! N'importe quoi.
    En effet, la mode à "bipolariser" un peu trop facilement les gens, comme on l'a fait aussi avec le TADAH au Canada (une maladie quasi inventée pour servir l'industrie médicale et pharmaceutique) en les faisant suivre des traitements de longue durée aux effets secondaires nocifs recouvre des appétits industriels dévoreurs.
    Il faut arrêter avec tout ce cirque, on peut gérer ces sautes d'humeur autrement que par de la chimie, sauf dans certains cas extrêmes bien sûr.
    GUTTIERES Joseph 2016-02-13 22:27:00
    Le commentaire de MARTIN est dangereux .Je pense aux nombreuses personnes malades qui se sont suicidées et qui auraient pu être sauvées par la Psychiatrie Bien sur en complémentarité d'un traitement pourquoi pas Je recommande à ceux qui souffrent de ne pas être attirés par ce genre de propos sectaire et d'apprenti sorcier Ce Monsieur joue au Psychitre alors qu'il n'y comprend rien
    Woody 2015-11-11 10:40:00
    Diagnostiquée depuis 2010 bipolaire,je prends un traitement maintenant depuis 5 ans. Je suis désormais stabilisée. Merci à la science et la psychiatrie. Autant la dépression est douloureuse et destructrice. Autant l''euphorie est un moment à vivre. Cm
    lecteur 2015-11-06 14:21:00
    @ Martin ... wow quel pavé .... t'as l'air bien renseigné en tout ca ...

    Tout le monde a des sautes d'humeur, c'est humain ... c'est juste qu'on sait se calmer sans l'aide de médocs.

    Le seul reproche qu'on peut vous faire, c''est que vous vous croyez souvent plus intélligent que les psychiatres .... je sais c facile de le dire quand on est pas touché par cette "maladie de l'ame", mais il faut que vous reconnaissiez aussi que souvent vous refusez toute aide extérieur ...

    alors que pouvons nous faire de plus pour vous ?

    Forcement , quand on vit a coté de gens comme ca, c'est humain de vouloir s'en écarter ...
    lecteur 2015-10-26 08:37:00
    tripolaires ou quadripolaires = malade mentaux
    LEPETANT 2015-10-26 04:57:00
    Et que fait-on pour les patients tripolaires et quadripolaires ?
    cochet 2015-10-24 17:14:00
    merci beaucoup d'avoir mis au jour la bipolarité que personne ou presque ne connait les effets.
    Je me retrouve dans la description du trouble bipolaire, il est très important de suivre un traitement qui vous stabilise et vous offre une meilleure qualité de vie, notamment arriver à se faire des amis.
    Je suis sous traitement depuis 8 ans et les crises ont disparus.
    Bravo la science !
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