Un permis probatoire dès 17 ans ?

vendredi 31 juillet 2015

Vingt-huit, 44, 38, 24, 26, 39. Ce ne sont pas les numéros gagnants du loto, mais les âges des dernières victimes d’accidents de la route en Polynésie française. Depuis janvier, déjà 12 personnes ont trouvé la mort, faisant craindre une remontée du nombre de décès, cette année, après les “bons” chiffres de 2014 : 17 tués et 166 blessés, contre respectivement 48 et 624, vingt ans plus tôt, en 1994. 
Afin de continuer à lutter contre les drames routiers, “pourquoi ne pas faire évoluer le permis de conduire ?”, demande Nino Bonis, délégué du procureur à la sécurité routière. Avec son association Prévention routière, il suggère aux décideurs d’étudier la possibilité d’instaurer “un permis probatoire à 17 ans, assorti de conditions très fortes pendant un an : zéro alcool, zéro conduite de nuit, etc.” Selon le spécialiste, “plus l’apprentissage se fait tôt, plus l’accidentologie diminue”. 
Passer son permis un an plus tôt permettrait de “sortir de la zone de danger à 22 ans au lieu de 23. C’est un an de gagné”, affirme-t-il. Son calcul ? “Quand on a le permis, on ne sait pas conduire. Le permis n’est qu’un document administratif, pas un gage de bonne conduite.” Selon lui, “il faut compter environ 90 000 km avant de savoir conduire… Soit entre 4 et 6 ans.” Ainsi, un jeune qui a obtenu son permis à 18 ans sortirait-il de la “zone de danger” vers 23 ans. 
Avant cela, les risques d’accident seraient multipliés par le double facteur “mauvaise maîtrise de la conduite” et “jeunesse”, qui rime souvent avec alcool et sorties nocturnes… “Plus on apprend à conduire tôt, mieux c’est”, assure donc Nino Bonis. 
Quant au risque de reporter les accidents sur la tranche des 17-18 ans : “Si le permis probatoire est assorti de contraintes énormes, ça devrait marcher. Si on n’essaye pas, on ne saura pas”, répond-il.
Passer dès 17 ans l’examen au code de la route pourrait également améliorer les réflexes des mineurs qui roulent en scooter. “Le deux-roues motorisé est le moyen de transport terrestre le plus dangereux du monde”, affirme Nino Bonis. En Polynésie, un tué sur les routes sur deux est un conducteur de deux-roues, souvent un homme de moins de 25 ans qui roule en 50 cm3.

Un conducteur sur six n’a pas le permis

Quel que soit l’âge, “il faut aimer le code de la route !, plaide le délégué du procureur. Parce que c’est notre outil de protection numéro 1, celui qui nous fait parler la même langue.” 
Reste un problème majeur : un conducteur du fenua sur six roule sans permis, ou sans permis adéquat, selon l’association Prévention routière. Par faute d’argent. “Le permis, c’est le dernier examen imposé par la République, déclare Nino Bonis. Or, il y a un important frein financier. Il faut donc réfléchir à comment faire pour que tout le monde l’ait. Peut-être en mettant en place un permis subventionné pour ceux qui n’ont pas de moyens ?” 
D’autant plus que sans permis, pas d’assurance… “Je connais des gens qui se sont endettés de trois millions de francs pour rembourser des victimes d’accidents qu’ils avaient causés…, raconte Nino Bonis. L’assurance, c’est comme le code. C’est de la folie de rouler sans.” 
En France, la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, envisage de dépénaliser la conduite sans permis pour désengorger les tribunaux. Une idée que ne partage pas vraiment l’association de Prévention routière du fenua : “On veut que le permis de conduire reste quelque chose de sérieux. C’est une vieille institution qui doit être traitée avec le respect qu’elle mérite.” Nino Bonis n’envisage donc pas de révision du code polynésien, qui “est très bien, il évolue régulièrement.” 

Marie Guitton

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