Un pont de fortune pour accéder à leur fare à Tiarei

    samedi 9 janvier 2016

    Une famille de Tiarei ne peut plus utiliser le gué pour accéder normalement à sa maison, suite à la crue de la rivière qui l’a détruit.  Elle a donc improvisé un pont en troncs d’arbre, une solution de substitution périlleuse, surtout pour la mère malade et les deux plus jeunes enfants d’une fratrie de six.  En plus de difficultés matérielles et financières, cette famille est confrontée à des problèmes de contact avec une administration dont elle ignore les codes, et n’a plus
    d’eau courante la journée.

    Le président du gouvernement et plusieurs ministres se sont rendus, jeudi, dans les centres d’accueil de la côte est de Tahiti, où sont regroupées des familles sinistrées depuis l’épisode orageux du 12 décembre dernier. Certaines ont tout perdu : maison, affaires personnelles, linge, voiture… Pour d’autres, dont la maison n’a pas été détruite, la vie n’est pas facile pour autant, et elles se sentent démunies face à une situation physiquement mais aussi administrativement compliquée.
    C’est le cas de la famille Cavagna, à Tiarei. Situé à une quarantaine de mètres de la rivière, dans la vallée de Haapoponi, le fare OPH construit il y a environ sept ans n’a pas subi de dommages. Le terrain n’a même pas été inondé. Oui, mais voilà… Cette famille de huit personnes, dont six enfants de 6 à 15 ans, ne peut plus y accéder normalement. La maison a été construite sur la rive qui n’est pas viabilisée, sans autre accès qu’un gué désormais inutilisable. Les flots en furie, charriant des troncs d’arbres venus de plus haut dans la vallée, ont détruit la pente douce des berges.

    Deux troncs d’arbre pour passer la rivière

    Le chef de famille, Ferdinand Cavagna, a bien trouvé une solution provisoire, mais elle est dangereuse. Deux troncs d’arbre ont été placés entre les deux rives. Mais comment envisager d’y faire passer les plus jeunes, 6 et 7 ans, et surtout la maman, en situation de longue maladie et se déplaçant difficilement ? Surtout par mauvais temps !
    “Ma femme est diabétique, elle ne doit pas risquer de se blesser”, explique Ferdinand. “De plus, on ne peut pas traverser la rivière pour passer sa machine d’assistance respiratoire.”
    Par ailleurs, comme dans de nombreuses vallées, l’eau a été coupée pendant plus d’une semaine. “Elle n’est rétablie aujourd’hui qu’entre minuit et 5 heures du matin, ce qui complique les choses pour faire la vaisselle et la lessive. Et on a besoin d’eau propre pour éviter la leptospirose”, constate encore le chef de famille, qui ne peut même plus assurer correctement son travail indépendant de fabricant de firifiri. Ce qui fragilise encore plus une situation économique déjà pas très prospère.

    Des falcata menacent la maison

    Cette situation, pourtant, n’est pas vraiment récente. La maison a été construite sur un terrain familial avec les autorisations requises dans le cadre de l’aide au logement social. Mais il a fallu plus de deux ans pour que l’eau et l’électricité y soient installées. À l’époque, La Dépêche de Tahiti s’en était déjà fait l’écho.
    “Je me suis aussi rendu plusieurs fois à la mairie pour demander l’installation d’un pont. Quand il y a de grosses pluies, mes enfants ne peuvent pas traverser la rivière. Comme à cause de ça, ils manquent l’école, on m’a menacé de suspendre les allocations familiales.”
    Pour compliquer encore les choses, il se trouve que la maison a été construite au pied de la pente qui mène au plateau qui surplombe la rivière. Des falcata y poussent et deux d’entre eux pourraient tomber sur le fare en cas de cyclone. “J’avais signalé le problème à l’époque de la construction, mais on m’a répondu que les six mètres réglementaires étaient suffisants”, explique Ferdinand, qui a aussi demandé de l’aide à la mairie pour ce problème. Apparemment sans résultat jusqu’à présent.
    En situation de détresse, la famille souhaiterait être écoutée des autorités administratives en mesure de l’aider à trouver des solutions. En attendant, seuls les deux plus petits enfants, 6 et 7 ans, restent avec leurs parents. Les quatre plus grands sont partis habiter chez leur grand-père.

    De notre correspondant C.J.

    Une rivière anormalement destructrice : des travaux en amont pourraient être en cause

    Extraction de cailloux, coupes d’arbres en amont, il faut rechercher les responsabilités, demande Ferdinand Cavagna. “Même en crue, la rivière n’aurait pas dû faire autant de dégâts.” Et le chef de famille de pointer les travaux réalisés il y a plus d’un an par une société en quête de cailloux. “Ils sont allés voir les gens et leur ont proposé de réaliser des terrassements en échange des rochers qu’ils pourraient extraire des terrains. Moi, j’ai refusé”, explique celui-ci, à l’époque également confronté à un passage à flanc de montagne réalisé sur le terrain familial par ladite société.
    “On ne sait pas comment ils ont pu avoir les autorisations”, s’interroge encore Ferdinand, plutôt dépassé par cette situation juridico-administrative. “En tout cas, en amont de la rivière, jusqu’à un ou deux kilomètres, ils ont taillé la montagne et coupé des arbres dont ils n’ont pas débarrassé les berges. C’est ce bois qui a tout ravagé en étant emporté par la rivière… Le ministre de l’Équipement a promis une enquête, j’espère qu’il va la mener jusqu’au bout”, veut croire Ferdinand Cavagna.

    Les communes ne peuvent pas faire n’importe quoi sur des terrains privés

    À la mairie centrale de Tiarei, siège de l’administration de la commune de Hitia’a o te Ra, on reconnaît que la situation de la famille Cavagna n’est pas facile. “Mais les communes ne peuvent pas faire n’importe quoi en matière de travaux sur des terrains privés”, explique Jean-Claude Apuarii, secrétaire général de Hitia’a o te Ra. “Nous avons reçu des consignes strictes du tavana hau (l’administrateur des îles du Vent, NDLR)”, précise-t-il. “Nous ne pouvons pas intervenir à la place de sociétés privées. Nous pouvons proposer de la main d’œuvre en cas d’urgence ou louer des engins. Mais en ce moment, tout est mobilisé pour gérer les situations d’urgence. En ce qui concerne les falcata, c’est pareil, il faut qu’ils contactent des bûcherons privés. Mais si la situation devient dangereuse, en cas de gros vent, il faudra qu’ils se déplacent ou rejoignent un refuge collectif…”

     

    lebororo 2016-01-09 14:17:00
    Triste pour l'avenir...
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